"La Belgique recule dans la lutte contre la criminalité financière"

21/09/16 à 11:09 - Mise à jour à 11:08

Source: Belga

"Permettez-moi de m'étonner de votre étonnement", a ironisé le juge d'instruction Michel Claise, spécialisé dans la lutte contre la criminalité en cols blancs, à l'occasion de son audition, mardi après-midi, par la commission spéciale de la Chambre consacrée aux Panama Papers.

"La Belgique recule dans la lutte contre la criminalité financière"

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"Bon sang de bonsoir, il y a des années que nous dénonçons les problèmes qui sont aujourd'hui au coeur de cette commission. Pourquoi rien n'a-t-il été fait ? Pire, la Belgique recule dans la lutte contre la criminalité financière", a dénoncé le juge d'instruction Michel Claise.

Selon Michel Claise, 7% du PIB brut mondial est lié à la corruption et rien qu'en Belgique, l'évasion fiscale représente quelque 30 milliards d'euros par an. "Les gouvernements n'ont pas pris conscience de l'ampleur de cette criminalité, de ce tourbillon qui emporte le monde depuis la chute du mur de Berlin", a poursuivi le juge d'instruction.

La Belgique s'est pourtant dotée d'un arsenal législatif permettant de lutter contre tous les aspects de la criminalité financière, allant de la fraude fiscale simple aux carrousels TVA en passant par le trafic de stupéfiants et la cyber-criminalité, a ajouté le juge d'instruction. "Mais le gouvernement actuel est en train de démanteler tout ce qui a été fait", et notamment le secrétariat d'état à la lutte contre la fraude sociale et fiscale qu'occupait lors de la législature précédente le socialiste flamand John Crombez.

"Nous sommes confrontés à un manque de moyens criant. Nous n'avons plus de policiers qui peuvent travailler pour nous car ils sont tous affectés à la lutte contre le terrorisme et le parquet classe sans suite de nombreux dossiers, faute d'effectifs. Or, il faut savoir ce que l'on veut", a encore déploré Michel Claise en appelant à un "refinancement de la Justice". "Ce qu'il se passe pour l'instant, c'est indécent. Nous ne sommes pas un service public. Nous sommes un pouvoir", a-t-il affirmé.

Et le juge d'instruction de plaider dans la foulée pour une spécialisation des magistrats, pour une simplification fiscale visant à davantage de transparence ou encore pour l'élaboration d'une nouvelle liste des Etats voyoux. "Vous trouvez normal qu'à Monaco, il n'y ait personne dans les rues mais que tous les appartements soient éclairés à 02h00 du matin", grâce à des concierges payés pour allumer les lumières, donnant ainsi l'illusion d'une présence.

"Le problème, c'est aussi la détection des infractions", a poursuivi le juge d'instruction, interrogé par plusieurs parlementaires sur le rôle des lanceurs d'alerte. "Il faut légiférer pour les protéger, avec pourquoi pas la mise en place d'un fonds d'indemnisation", a-t-il proposé en estimant par ailleurs que les transactions pénales constituent "un mal nécessaire tout en étant basée sur une inégalité sociale".

"Lutter contre la criminalité financière en Belgique, c'est un peu comme poursuivre une Porsche avec une 2 Chevaux. Il vaut mieux essayer de créer un embouteillage plutôt que de faire la course", a conclu Michel Claise, faisant sourire plusieurs parlementaires même si certains, dont Vincent Scourneau (MR), ont gentiment reproché au juge de sombrer dans la "caricature".

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