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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

02/05/16 à 15:10 - Mise à jour à 15:10

'Comment Mario Draghi transforme les fourmis en cigales'

La Bourse n'a plus rien à voir avec la rationalité. Un seul exemple: les résultats des grandes sociétés américaines cotées en Bourse ne sont pas terribles en ce moment, et pourtant la Bourse fait semblant de ne le pas les voir et continue à grimper...

'Comment Mario Draghi transforme les fourmis en cigales'

Janet et Mario Draghi, par Max Tilgenkamp. © Max Tilgenkamp

C'est ce qu'on appelle un déni de réalité puisque le cours de Bourse est censé refléter la bonne santé économique d'une entreprise. Ceux qui suivent la Bourse au jour le jour diront que ce n'est pas tout à fait juste. Et ils citeront, par exemple, le cas de la société Apple qui après une baisse historique de son chiffre d'affaire - la première baisse depuis 13 ans - a perdu 8% en Bourse en quelques minutes, soit tout de même l'équivalent de... 50 milliards de dollars !

Mais Apple n'est pas la seule firme américaine à décevoir par ses chiffres. D'autres sociétés cotées actives dans la banque, la distribution ou l'énergie ont affiché des résultats moins bons que prévus. Pourtant, n'importe quel expert vous le confirmera, les indices boursiers sont quasi au plus haut en ce moment. Pourquoi ? Parce que les investisseurs sont moins intéressés par les résultats et les bilans des entreprises que par ce que va dire ou ne pas dire Janet Yellen, la présidente de la Banque centrale américaine (Fed). C'est sans doute malsain, mais aujourd'hui, en Europe et aux Etats-Unis, la parole des banquiers centraux compte plus que les chiffres !

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Mario Draghi veut sauver nos économies en nous transformant tous en cigales. Et les fourmis n'ont plus qu'à se taire et dire Amen au taux de 0% !

En clair, les investisseurs se disent que tant que ces banquiers centraux maintiennent artificiellement les taux d'intérêt très bas, la Bourse restera la seule alternative pour gagner un peu d'argent, vu que les obligations des Etats les plus sûrs ne rapportent plus rien et que les livrets d'épargne sont quasi à 0%. Les oracles d'aujourd'hui sont donc des banquiers centraux qui ont décrété que les taux d'intérêt devaient rester à 0 % ou presque pendant quelque temps encore, histoire de nous sauver du marasme économique. Les pensionnés allemands ou d'autres pays européens n'apprécient pas, mais alors pas du tout. Ils ont compris que les banquiers centraux veulent sauver nos économies, mais en euthanasiant au passage et à petit feux l'épargnant.

Au fond, imposer artificiellement des taux d'intérêt à 0 %, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la Banque centrale européenne a décrété que le temps ne vaut plus rien, nada, car il n'est plus rémunéré. Ça veut dire aussi que le risque n'est plus rémunéré, vu que les taux sont à 0% pour des obligations d'Etats... peu sûrs. Et ça veut dire aussi que l'épargne qui était de tous temps considérée comme une vertu ne l'est plus aujourd'hui.

Donc pour les épargnants, c'est aujourd'hui un choc: nos banquiers centraux ont réussi l'exploit de leur faire comprendre qu'ils étaient des imbéciles. Et c'est ce qu'a dit, en termes aussi crus, le ministre allemand de l'Economie à Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne. Mais comme ce dernier veut sauver nos économies en nous transformant tous en cigales, les fourmis n'ont plus qu'à se taire et dire Amen au taux de 0% ! C'est ce bon vieux Jean de La Fontaine qui doit se retourner dans sa tombe.

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