Christophe De Caevel

La Vivaldi doit se souvenir que l’emploi est un sport d’équipe

Christophe De Caevel Journaliste Trends-Tendances

Une équipe aussi peu soudée que la Vivaldi ne pourra, hélas, jamais amener le taux d’emploi vers les 80%.

Un gouvernement, ce devrait être une équipe. Une équipe dans laquelle attaquants et défenseurs se congratulent quand elle marque un but. Une équipe qui gagne ou perd ensemble. Mais la Vivaldi est tout sauf une équipe, et la démonstration en a une nouvelle fois été faite avec l’annonce des derniers chiffres sur le marché du travail. A priori, ces chiffres sont plutôt réjouissants puisque la Belgique a atteint le taux d’emploi record de 72,3% au quatrième trimestre 2022, avec la création de 90.000 jobs supplémentaires.

Nous n’avons toutefois pas vu des coéquipiers se congratuler. Au contraire. Le ministre de l’Emploi Pierre-Yves Dermagne (PS) fut le premier à saluer une performance si encourageante que, précisait-il, l’objectif d’un taux d’emploi de 80% en 2030 était désormais “à portée de main”. Voilà qui relève plus de la fanfaronnade que de la saine ambition. Ce n’est pas l’opposition qui le lui a rappelé mais bien son collègue David Clarinval (MR), ministre des Classes moyennes. “C’est de l’autosatisfaction, une extrapolation sans base concrète”, a-t-il déclaré, ajoutant qu’à ses yeux “il y a plutôt lieu de s’inquiéter”.

Le véritable enjeu n’est pas l’emploi mais l’emploi des plus de 55 ans.

Les libéraux ont poursuivi, par la voix de leur président Georges-Louis Bouchez, en pointant le fait que le taux d’emploi belge demeurait très en dessous de la moyenne européenne (74,9%) et, surtout, que la progression depuis le début de la législature était inférieure à la progression moyenne européenne. Réplique du secrétaire d’Etat à la Relance, Thomas Dermine (PS): le décrochage par rapport à cette moyenne européenne fut bien plus important sous le gouvernement de Charles Michel (sans socialistes ni écologistes donc).

Une équipe aussi peu soudée peut marquer un but de temps à autre, un peu par hasard. Mais, hélas pour les Belges, elle ne pourra jamais gagner de match. Elle ne pourra jamais amener le taux d’emploi vers les 80%, ce qui semble pourtant la voie la plus directe pour garantir la soutenabilité financière de notre système social. Le Bureau du Plan et le comité de monitoring nous annoncent en effet des créations d’emploi qui plafonneront à 30-40.000 jobs par an, un niveau insuffisant pour atteindre un taux d’emploi de 80%.

On peut même redouter que la mécanique ne s’inverse en raison des difficultés de recrutement, qui plombent de plus en plus la croissance des entreprises et pourraient en contraindre certaines à réduire ou délocaliser leurs activités. Le taux d’emplois vacants de la Belgique (4,5% du nombre total d’emplois) est le deuxième d’Europe, juste derrière l’Autriche (4,6).

Le véritable enjeu n’est pas l’emploi mais l’emploi des plus de 55 ans. L’économiste Stijn Baert (UGent), spécialiste des politiques de l’emploi, a décortiqué les dernières statistiques européennes. Sur la tranche 25-54 ans, le taux d’emploi belge dépasse les 80% et colle à la moyenne européenne. Il s’effondre en revanche chez les 55-64 ans. C’est là que l’accent doit être mis afin que les entreprises – qui ont aussi leur responsabilité dans ce défi des fins de carrière – continuent à employer et même à embaucher des travailleurs âgés.

Cela implique sans doute des mesures relatives au marché du travail mais surtout des interactions avec les politiques de pension, de fiscalité et de formation, tant pour armer les travailleurs concernés à l’évolution de leur métier que pour assurer la transmission de leur savoir-faire aux générations suivantes.

De tels défis, des joueurs esseulés ne pourront pas les relever. Seule une équipe unie au-delà des portefeuilles ministériels des uns et des autres, au- delà des niveaux de pouvoir de la Belgique institutionnelle, pourra y répondre efficacement.

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