Grandeur et chute de René Benko, milliardaire autrichien et magnat l’immobilier

Rene Benko

Des propriétés de luxe aux grands magasins, le milliardaire autrichien René Benko a bâti en deux décennies l’un des plus prestigieux empires immobiliers d’Europe, accrochant Selfridges ou le Chrysler Building à son tableau de chasse. Jusqu’à la récente déroute.

Devant les difficultés financières de sa holding Signa, fondée en 2000, le charismatique homme d’affaires de 46 ans s’est mis en retrait la semaine dernière, laissant les rênes à un expert des opérations de restructuration. Une feuille de route doit être présentée aux actionnaires d’ici fin novembre.

Déjà, plusieurs projets emblématiques ont été suspendus, notamment en Allemagne où le groupe est très présent. A Hambourg, le chantier de l’Elbtower est à l’arrêt depuis fin octobre: autour de la charpente inachevée, se dressent d’immobiles grues rouges.

Censé devenir en 2025 l’un des plus grands immeubles du pays, avec 245 mètres de hauteur, il en reste 145 à construire, selon la presse. Et Karen Pein, sénatrice chargée du développement urbain à la mairie, a menacé de démolir la structure si Signa n’était pas en mesure de terminer dans les temps.

Autre projet à l’avenir incertain, la rénovation de l’Alte Akademie à Munich, un ancien collège jésuite classé que Signa voulait transformer en complexe de bureaux et d’habitations.

Si facile de « devenir riche »

Au gré d’une spectaculaire expansion, la holding au fonctionnement opaque a accumulé des actifs immobiliers d’une valeur de 27 milliards d’euros, tout en se diversifiant dans le commerce ou les médias.

« Signa symbolise l’essor immobilier de ces dernières années, marqué par l’ère de l’argent coulant à flot », commente le quotidien autrichien Die Presse. « L’environnement idéal pour Benko, qui a contracté sans vergogne des prêts d’un montant vertigineux sans se soucier de la durabilité de ses placements ».

Un état d’esprit résumé par un slogan des années 2000: « Il n’a jamais été aussi ennuyeux de devenir riche », écrivait alors la compagnie sur son site internet, faisant miroiter aux investisseurs une fortune amassée sans efforts.

Mais entretemps, la donne a changé: les taux d’intérêt ont fortement augmenté et les crises successives (pandémie, guerre en Ukraine) ont fait s’envoler les coûts des matériaux de construction.

Si le montant des dettes du groupe n’est pas connu, les signaux inquiétants se multiplient.

La filiale Signa Development, spécialisée dans les grands programmes urbains, risque la faillite, a averti l’agence de notation Fitch.

En eaux troubles également, Signa Sports United: ce leader du commerce en ligne, qui vend vélos et raquettes de tennis, a fait état de procédures d’insolvabilité pour plusieurs de ses entités et va quitter la Bourse de New York.

Démêlés judiciaires

Même tableau sombre pour les grands magasins acquis par la holding, victimes du contexte économique et de la désaffection des clients.

Galeria Karstadt Kaufhof, première chaîne en Allemagne, a déposé le bilan en 2020, avant le fleuron de l’ameublement autrichien Kika/Leiner, cédé en juin dernier.

Signa s’est par ailleurs désengagée cette semaine de l’historique enseigne britannique Selfridges, passée sous contrôle du thaïlandais Central Group.

Pour René Benko, qui reste actionnaire majoritaire, la chute est brutale.

Né en 1977 dans une famille de la classe moyenne à Innsbruck au Tyrol, il commence par retaper des greniers à l’adolescence. Il a trouvé sa vocation. Il laisse tomber l’école pour créer son entreprise et bâtit vite un réseau solide.

« Le succès attire, et si vous donnez l’image d’un homme de parole, vous gagnez la confiance et élargissez votre cercle d’amis », expliquait en 2008 dans la presse l’entrepreneur, dont la fortune est estimée par le magazine Forbes à plus de 5 milliards d’euros.

Avant la pandémie, René Benko avait coutume de convier en novembre le gratin autrichien dans son hôtel du Park Hyatt pour le « Törggelen » – une tradition tyrolienne célébrant l’automne avec des dégustations de châtaignes et bon vin.

Mais sa proximité avec le monde politique lui a aussi valu des ennuis.

En 2020, il a dû témoigner devant une commission parlementaire enquêtant sur ses liens avec de hauts responsables conservateurs et d’extrême droite dans le cadre d’un vaste scandale de corruption. Aucune poursuite n’a été engagée pour l’heure à son encontre.

Dans un autre dossier, il a été condamné en 2012 à un an de prison avec sursis pour avoir versé des pots-de-vin à l’ex-Premier ministre croate Ivo Sanader dans une affaire de fraude fiscale.

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