Circuit de Spa-Francorchamps: le Grand Prix de Belgique 2022 sera-t-il le dernier?

Spa-Francorchamps, circuit mythique. L'édition 2022 affiche "sold-out" pour la première fois de son histoire. © Getty Images

Ce week-end se déroule le Grand Prix de Belgique sur fonds de négociation entre Spa Grand Prix et Liberty Media afin d’assurer l’avenir de la F1 sur le circuit de Spa-Francorchamps en 2023 et au-delà.

Après deux éditions particulièrement éprouvantes, le Grand Prix de Belgique effectue son grand retour. En 2020, en pleine crise sanitaire, la course s’était déroulée à huis clos. Et l’année dernière, faut-il le rappeler, suite à une météo encore plus capricieuse qu’à l’accoutumée, les spectateurs avaient assisté à un non-Grand Prix, long de deux petits tours de formation… Cerise sur le gâteau, nombre d’entre eux s’étaient retrouvés embourbés dans des parkings rendus impraticables suite aux fortes pluies. Cette année, enrichie de cette expérience malheureuse, Spa Grand Prix, organisatrice de l’événement depuis 2007, a mis les petits plats dans les grands et veillé à prévenir tout aléa climatique en augmentant notamment la surface des parkings en dur et en repensant, en collaboration avec la police fédérale et les communes de Stavelot et Malmedy, la mobilité. Il est vrai que ce Grand Prix, important pour la compétition proprement dite, le sera encore plus pour le circuit de Spa-Francorchamps qui court le risque de passer à la trappe dès la saison prochaine.

Rien n’est joué

Thierry de Bournonville, bourgmestre de Stavelot, se veut résolument optimiste quant à l’avenir de la F1 sur notre territoire. Et particulièrement celui de sa commune, sur laquelle le circuit de compte 5 km de piste (pour 2 km sur Malmedy): « Comme tout le monde, j’entends des bruits qui courent mais je demeure confiant. D’importants investissements ont été réalisés ces dernières années afin de moderniser les infrastructures et améliorer l’accueil des spectateurs. Par ailleurs, Spa-Francorchamps recueille l’aval d’un grand nombre de pilotes de Formule 1. C’est une belle épreuve et j’ai bon espoir pour les années qui viennent ». Début juillet, lorsque des rumeurs plus insistantes se sont fait l’écho de la possible disparition du Grand Prix Belgique du calendrier de la F1 en 2023, nombre de pilotes se sont en effet manifestés pour apporter leur soutien. C’est notamment le cas de l’ancien champion du monde britannique, Jenson Button, qui a récemment rappelé combien Spa « est l’un des meilleurs circuits au monde. Les courses y sont toujours incroyables, et les pilotes et les équipes l’adorent. Nous devons veiller à ce que les courses restent passionnantes et nous rendre sur des circuits qui le permettent. Sinon, les pilotes et les fans ne vont pas être contents. Nous ne pouvons pas aller visiter tous les centres-villes de la planète juste parce qu’ils sont plus lucratifs que les circuits historiques. A mon sens, il faut trouver le juste compromis ».

Spa-Francorchamps est non seulement un circuit historique et mythique mais également un circuit d’avenir. » – VANESSA MAES, DIRECTRICE GÉNÉRALE DE SPA GRAND PRIX

Depuis la reprise des droits commerciaux de la Formule 1 en 2017 par le groupe américain Liberty Media, la course automobile a acquis une nouvelle dimension et de nouvelles couleurs dont celle du billet vert n’est pas la moindre. Certes, son ancien patron Bernie Ecclestone avait déjà fait passer la F1 de l’amateurisme au professionnalisme durant son règne, et il n’était pas surnommé « le grand argentier de la F1 » par hasard. Mais avec ses nouveaux propriétaires, la F1 a résolument pris un accent américain, celui où le show le dispute à la compétition proprement dite et où le choix des lieux des Grands Prix n’hésite pas à faire fi de l’histoire de ce sport. Pour Spa-Francorchamps, il y a donc de quoi s’inquiéter… Même si « rien n’est joué, précise Vanessa Maes, directrice générale de Spa Grand Prix. Théoriquement, 25 Grands Prix sont prévus pour la saison prochaine, mais on devrait probablement tourner autour de 23 ou 24. Liberty Media a décidé d’étendre la compétition sur la carte du monde avec notamment trois Grands Prix aux Etats-Unis, quatre au Moyen-Orient, un en Chine et un en Afrique. Mais Spa-Francorchamps fait partie de l’histoire de ce sport et de l’ADN de la Formule 1. A l’heure actuelle, nous sommes toujours en discussion avec Liberty Media. Et nous ne serons définitivement fixés que d’ici quelques semaines lorsque le calendrier officiel sera communiqué ».

Max Verstappen - A Spa, près de la moitié des spectateurs viendront des Pays-Bas afin de soutenir l'actuel leader du championnat du monde.
Max Verstappen – A Spa, près de la moitié des spectateurs viendront des Pays-Bas afin de soutenir l’actuel leader du championnat du monde.© BelgaImage

Spa passe à l’orange

Avec la série documentaire sur les coulisses de la F1, Drive to Survive, diffusée sur Netflix, la popularité de la Formule 1 s’est considérablement accrue notamment auprès des jeunes et des femmes, surtout aux Etats-Unis, qui apprécient sa dimension « spectacle ». Reproche a donc été formulé à Spa mais également à d’autres circuits européens de justement ne pas assez mettre l’accent sur ce volet. Cette année pourtant, Spa Grand Prix n’a pas lésiné sur les moyens afin d’assurer l’animation à destination des visiteurs. Pour cette édition, pas moins de 35 DJ assureront l’ambiance durant les trois jours d’un Grand Prix qui s’affiche sold-out pour la première fois de son histoire. Durant le week-end, défileront ainsi chaque jour 100.000 spectateurs, soit la jauge maximale, auxquels il convient d’ajouter 20.000 travailleurs, membres des teams, etc. Au total, pas moins de 360.000 personnes seront présents durant ces trois jours. Spa Grand Prix promet aux fans une ambiance digne des grands festivals. Par ailleurs, dès ce jeudi, l’organisateur a également prévu un événement compensatoire pour les spectateurs malheureux de 2021 avec diverses animations dans la Fan Zone ainsi que sur la piste où sont attendues un peu moins de 10.000 personnes. Dont sans doute beaucoup de Néerlandais. Ce week-end, le circuit spadois prendra en effet les couleurs orange puisque près de la moitié des spectateurs présents viendront des Pays-Bas afin de soutenir l’actuel leader du championnat du monde et champion en titre Max Verstappen. « Les Néerlandais représentent 47% du public, confirme Vanessa Maes. On compte également 10% de Belges ainsi que 10% d’Allemands qui reviennent plus nombreux cette année. Suivent ensuite les Britanniques et les Français. » Avec une offre de divertissement considérablement élargie en comparaison des éditions précédentes, Spa Grand Prix entend mettre le maximum de cartes dans son jeu pour séduire les Américains. « C’est un élément qui joue, acquiesce Vanessa Maes, mais il ne faut pas réduire le Grand Prix à cette dimension. Cependant, avec cette multitude d’événements que nous proposons, nous entendons montrer que Spa-Francorchamps est non seulement un circuit historique et mythique mais également un circuit d’avenir. »

Impact économique

A l’occasion du centenaire du circuit automobile né en 1921, Le Circuit de Spa-Francorchamps, société anonyme issue en 2011 de la fusion entre l’Association intercommunale pour l’exploitation du circuit de Spa-Francorchamps (chargée de l’infrastructure) et la S.A. Circuit de Spa-Francorchamps (exploitation) avait dressé un bilan des années écoulées et évoqué les perspectives de développement. Au-delà de l’événement phare que représente le Grand Prix F1, le circuit spadois est le théâtre d’une multitude de courses et d’événements durant l’année. Difficile, donc, d’évaluer avec précision les retombées économiques de la Formule 1 sur la région et au-delà, mais on peut toutefois souligner le travail réalisé ces dernières années par Le Circuit de Spa-Francorchamps. Ainsi entre 2016 et 2020, ce ne sont pas moins de 6 millions d’euros qui ont été investis chaque année dans le circuit. En outre, un plan décennal d’investissements de 80 millions d’euros est prévu afin de soutenir la stratégie de diversification des activités du Circuit et la modernisation de ses infrastructures se répartissant en crédit bancaire (29,5 millions), crédit Sogepa (29,5 millions) et en fonds propres (20,5).

Localement l’impact économique est indéniable et peut se mesurer dans les deux communes qui accueillent le circuit: Stavelot et Malmedy. Comme le pointe Jean-Paul Bastin, bourgmestre de Malmedy: « Les taxes sur les spectacles liées au Grand Prix rapportent à chacune des deux communes 200.000 euros. C’est un montant plafonné. Mais au-delà, il y a énormément de retombées lors de l’événement mais également tout au long de la saison qui se déroule du 15 mars au 15 novembre. Le circuit organise de nombreuses courses et événements et draine tout au long de l’année de nombreux spectateurs. Cela profite directement à l’économie locale. » Au final, si le Grand Prix est sans conteste l’événement le plus important de la saison spadoise, les investissements consentis depuis 10 ans dans l’amélioration des infrastructures et le développement de nouvelles activités ont permis de valoriser ce formidable outil qu’est le circuit de Spa- Francorchamps et contribueront, sans nul doute, à l’avenir à pérenniser son aura auprès des fans et au-delà.

80 millions

En euros, le montant de l’investissement prévu afin de soutenir la stratégie de diversification des activités du circuit et la modernisation de ses infrastructures.

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