La carrière de Gwen Declerck prend un tournant totalement inédit début 2018. Quittant le journalisme au terme de quasi vingt ans de bons et loyaux services, elle se reconvertit en responsable RH chez BOSS Paints. " Ma première mission a été de négocier une C.C.T. ", raconte-t-elle. " Un sacré baptême du feu ! J'ai appris à quel point le fait de débarquer comme un ovni en territoire inconnu vous donne de l'énergie. "

Gwen Declerck ne craint pas de quitter les sentiers battus. Comme lorsqu'elle a modifié le système d'évaluation par points et recruté un nouveau directeur financier à 4/5e temps. " Nous avons hésité entre ce candidat et un autre qui était intéressé par un 2/5e temps ", explique-t-elle, " nous avons finalement choisi le premier ". Avec une perte de salaire dans le cas présent, même si Gwen Declerck se veut également ouverte et nuancée sur les expériences en matière de réduction hebdomadaire du temps de travail avec maintien du salaire.

Ne pas généraliser

L'organisation féministe Femma a fait le test. Cette A.S.B.L. a signé l'an dernier une C.C.T. qui prévoit en 2019 des semaines de 30 heures avec maintien du salaire pour les collaborateurs. " C'est une formule qui peut fonctionner selon les contextes ", précise Gwen Declerck. " Je pense par exemple aux jobs créatifs où les gens ne sont pas des hamsters qui tournent des heures durant dans leur roue. Dans ce domaine, la détente est un formidable stimulant pour la créativité. Réduire les heures de travail et augmenter les plages de repos peuvent donc avoir un effet positif. Mais il ne faut pas généraliser. Si vous travaillez dans un département de production ou un service d'accueil, le contexte est tout autre. "

Il est surtout indispensable de ne pas se donner un faux sentiment de liberté. Or, si nous traînons partout notre smartphone comme un chien en laisse, ce risque existe.

Fausse liberté

Le débat sur la réduction hebdomadaire des heures de travail ne doit pas se focaliser exclusivement sur le maintien du salaire. Gwen Declerck souligne aussi son impact sur le sentiment de liberté. " La liberté est une valeur essentielle à mes yeux ", explique-t-elle. " Je serais ravie de voir disparaître les systèmes comme les pointeuses dont, intuitivement, je ne suis pas une fervente adepte. Nous en avons pourtant chez BOSS Paints et je constate que pour certains, ça fonctionne. La pointeuse peut être une façon de " se déconnecter " avant de rentrer chez soi pour certains travailleurs. Il est surtout indispensable de ne pas se donner un faux sentiment de liberté. Et le fait de rester accessible via son smartphone, y compris les jours de congé, peut justement donner un faux sentiment de liberté. "

Pas seulement les femmes

Peut-on également garantir cette liberté dans les fonctions de haut niveau ? Gwen Declerck a personnellement engagé un directeur qui ne travaille que 4 jours par semaine. C'est une question d'organisation, estime-t-elle. " Il n'est écrit nulle part qu'un membre de la direction ne peut pas travailler à 4/5e temps. Pourquoi pas ? Par ailleurs, il peut être enrichissant de cumuler un 3/5e temps dans une entreprise et un 2/5e dans une autre. "

Ce qui nous amène à une autre nuance. Le travail à temps partiel n'est pas qu'une question de maintien de salaire et de liberté ; il faut également tenir compte de ses répercussions sur le reste de votre carrière. Comme l'observe Gwen Declerck, le temps partiel peut avoir une incidence négative sur les opportunités de carrière - chez les femmes en particulier. À ses yeux pourtant, le travail à temps plein n'est pas l'unique solution permettant d'éviter ce scénario. " Il faut surtout que les hommes soient plus nombreux à choisir un temps partiel. On éliminerait ainsi la question du désavantage concurrentiel. En ce sens, c'est une bonne chose que l'Europe ait instauré l'égalité hommes-femmes pour le congé parental. Mais entre le concept et la réalité, la route est encore longue. Pensez au temps qu'il a fallu à la société pour s'habituer, au début, aux congés payés ! "