LE PELOTON DE TÊTE

Il était évident que Stefan Van Ouytsel entreprendrait un jour une activité liée au vélo. En tant qu'amateur et collectionneur de bicyclettes, il a toujours eu une prédilection pour tout ce qui a trait au cyclisme. Annelies Geukens est, elle, passionnée de création - elle en avait déjà fait la preuve dans le domaine de la bagagerie.
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Il était évident que Stefan Van Ouytsel entreprendrait un jour une activité liée au vélo. En tant qu'amateur et collectionneur de bicyclettes, il a toujours eu une prédilection pour tout ce qui a trait au cyclisme. Annelies Geukens est, elle, passionnée de création - elle en avait déjà fait la preuve dans le domaine de la bagagerie. En fondant, en 2003, PinkOliv, un bureau de création développant, entre autres, des stratégies, des produits et des modèles de business pour des start-up, des PME et de plus grandes entreprises, le couple s'est découvert un réel talent pour le lancement de nouvelles collections et marques. Stefan Van Ouytsel: "Et nous nous sommes dit que nous pourrions très bien faire pour nous-mêmes ce que nous faisions pour d'autres entreprises." Et comme si le destin s'en était mêlé, ils ont croisé la route de Cycle Leather Corné, un restaurateur de selles néerlandais qui a sollicité les conseils de PinkOliv pour développer son entreprise. Stefan Van Ouytsel lui a expliqué l'approche qu'il aurait s'il s'agissait de la sienne. Lorsque, six mois tard, le Néerlandais a décidé de déposer le bilan, il a demandé au couple s'il serait désireux de reprendre l'entreprise. La réponse ne s'est pas fait attendre. Et très vite, ils ont découvert la valeur d'une selle de qualité. Stefan Van Ouytsel: "Inutile de posséder le plus beau et le plus coûteux des vélos s'il n'est pas équipé d'une selle confortable et de qualité". Le Néerlandais leur a tout appris du métier et des matériaux, et c'est ainsi que Kontour a vu le jour. "Une référence au Tour de France mais aussi au sens littéral du mot "contour". Chaque fessier, chaque contour, est différent, ce qui rend chaque selle de vélo différente." Il n'est plus possible, aujourd'hui, d'imaginer la société sans la présence de vélos. Et de cyclistes. Ceux-ci sont très souvent attachés à un seul type de selle. Laquelle n'est peut-être plus en production au moment de devoir être remplacée. Et c'est là qu'intervient Kontour, qui a pour activité principale de remplacer d'anciennes selles, de sorte qu'il n'est pas besoin de s'adapter à un nouveau modèle. Mais les collectionneurs de vélos rétro font également appel à Kontour. Annelies Geukens: "Ils restaurent de vieilles bicyclettes dans leur état d'origine, ce qui suppose d'inclure également l'ancienne selle". Les vrais passionnés se montrent peu avares lorsqu'il s'agit de l'objet de leur passion - un vélo dont le prix équivaut à celui d'une voiture est loin d'être une rareté. Mais, selon Stefan Van Ouytsel, l'offre en garnitures est assez limitée. "Il y a souvent peu de choix en matière de selles. D'où notre implication dans ce marché." Annelies Geukens: "Il est inenvisageable d'installer une selle de mauvaise qualité sur un vélo de 10.000 euros. Le vélo est une expérience totale. Une selle personnalisée fait d'un vélo de catalogue un objet unique, qui n'appartient qu'à soi". Et si l'on désire le personnaliser davantage encore, il est possible de commander chez Kontour des rubans de guidon assortis. Comment fonctionne une telle restauration? Et combien de temps dure-t-elle? "Nous comptons une douzaine de semaines mais cela dépend, bien sûr, des desiderata du client. Nous commençons par ôter l'ancien cuir de la selle puis nous vérifions l'état de la mousse et nous la retouchons si nécessaire. Après quoi, nous recouvrons la selle de nouveau cuir." Cette restauration standard coûte environ 80 euros. Pour une selle customisée - avec perforations, gravure au laser, relief en 3D... -, entièrement sur mesure, il faut compter autour de 250 euros. Mais il y a plus cher encore. Stefan Van Ouytsel: "Nous n'allons pas au-delà de 500 euros. La selle présente alors toutes les options possibles". Le travail de Stefan Van Ouytsel et d'Annelies Geukens a été récompensé ce printemps d'un Henry van de Velde Award. Ce prix met en lumière des designers et des entreprises maniant le design avec intelligence. Il confirme en quelque sorte, que leurs produits et services ont un impact positif sur la société, l'environnement et l'économie. "Nous sommes conscients de la qualité que nous fournissons mais un tel prix nous conforte dans notre activité, et cela signifie beaucoup pour nous." Le couple a constaté qu'après son obtention, il avait gagné en followers. "Beaucoup ne connaissaient pas Kontour et ignoraient même que la restauration de selles fût possible. Nous accueillons donc un nouveau public, ce qui nous ouvre des portes." Rester immobile, c'est reculer, certainement dans le monde du cyclisme. Le prochain objectif du couple est de créer des séries à destination des équipes cyclistes notamment. Stefan Van Ouytsel: "Mon ambition première est d'intégrer des techniques modernes - gravure au laser, impression en 3D, impression en couleur - en conservant le respect du métier. Si l'on réalise une série de selles entièrement à la main, elles s'avéreront extrêmement chères". Annelies Geukens: "Mais nous voulons rester unique. Le coeur du label Kontour demeure le travail à petite échelle et la personnalisation, c'est ce qui le distingue des autres". Actuellement, ils s'intéressent au cuir vegan. "Il s'avère encore trop rigide pour pouvoir recouvrir une selle. Le cuir est un élément très important dans la perception de la qualité. Instinctivement, on prend davantage soin d'un produit auquel on attache de la valeur, ce qui permet d'en avoir un usage plus long et de le rendre durable." Les concepts d'écologie et de durabilité figurent en bonne place sur la liste des valeurs du couple, désireux d'éviter tout gaspillage dans son entreprise. En d'autres termes: tous les morceaux de cuir restants après le recouvrement d'une selle sont conservés. Annelies Geukens: "Nous ne leur avons pas encore trouvé de fonction mais il est hors de question de les jeter". Stefan Van Ouytsel: "Il est dans nos ambitions de les utiliser plus tard. Notre philosophie est et reste de ne rien fabriquer qui soit inutile".