On a frôlé la catastrophe. Une catastrophe audiovisuelle qui aurait signifié la disparition pure et simple de quelques télévisions locales dans le paysage francophone belge et donc la suppression de plusieurs dizaines d'emplois. Mais aujourd'hui, les choses rentrent tout doucement dans l'ordre et l'avenir de ces médias qui privilégient l'information de proximité semble beaucoup plus réjouissant : les 365 équivalents temps plein répertoriés aujourd'hui dans les 12 télévisions locales de la Fédération Wallonie-Bruxelles peuvent enfin souffler. Du moins pour l'instant.
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On a frôlé la catastrophe. Une catastrophe audiovisuelle qui aurait signifié la disparition pure et simple de quelques télévisions locales dans le paysage francophone belge et donc la suppression de plusieurs dizaines d'emplois. Mais aujourd'hui, les choses rentrent tout doucement dans l'ordre et l'avenir de ces médias qui privilégient l'information de proximité semble beaucoup plus réjouissant : les 365 équivalents temps plein répertoriés aujourd'hui dans les 12 télévisions locales de la Fédération Wallonie-Bruxelles peuvent enfin souffler. Du moins pour l'instant. Flash-back. Il y a trois ans à peine, la sonnette d'alarme retentissait sur le câble wallon. Coincées entre rigueur budgétaire et nouveaux défis technologiques liés au virage numérique, les télévisions locales étaient en danger. A l'époque, sept d'entre elles étaient déficitaires et plusieurs observateurs misaient alors sur leur mort à petit feu. Conscient du problème, le monde politique tentait de sensibiliser les forces en présence et lançait la piste d'une mutualisation des moyens et des services pour sauver les meubles, mais une véritable guerre des tranchées faisait rage entre plusieurs télévisions locales, laissant l'organe fédérateur de ces médias dans l'impuissance la plus totale. Au début de cette année, le bureau d'études du MR en remettait une couche avec un rapport intitulé Sauver les télévisions locales en Wallonie, dressant un état des lieux désastreux de leur situation financière, soulignant l'urgence d'un vaste plan de réformes et égratignant au passage le ministre wallon des Médias, le PS Jean-Claude Marcourt, pour son " inaction " (sic). Certes, le rapport du Centre Jean Gol mettait le doigt sur de sérieux problèmes structurels, mais le cabinet Marcourt n'avait pas attendu la charge du MR pour secouer le cocotier. Mise au pied du mur, la Fédération des télévisions locales était d'ailleurs priée, en janvier dernier, d'apporter rapidement des solutions concrètes pour assainir les finances et améliorer la gestion à long terme des 12 chaînes concernées, sous peine d'être soumise aux diktats du ministre wallon des Médias pour tenter de sauver la situation. " C'est précisément là que l'on a frôlé la catastrophe, confie ce directeur de télévision locale, car certaines chaînes auraient été contraintes de mettre la clé sous le paillasson si aucune initiative n'avait été prise par la Fédération. " Arrivé à la tête de la Fédération des télévisions locales il y a sept mois, Alain Mager est un peu le démineur de la situation. De toute évidence, l'homme est modeste et préfère souligner la volonté collective des 12 membres de s'en sortir, mais il n'empêche que c'est bien lui, l'ancien administrateur délégué de Télévesdre (une télé en bonne santé financière), qui a désamorcé la bombe et remis tout le monde autour de la table pour jeter les bases d'un Livre blanc sur l'avenir des télévisions locales en Fédération Wallonie-Bruxelles. Rédigé en quatre mois à peine, ce rapport de 55 pages a été remis cet été à Jean-Claude Marcourt et marque un réel tournant dans l'histoire de ces chaînes spécifiques qui doivent trouver leur place entre Snapchat et Netflix. Sous-titré De télévisions locales à médias locaux, le rapport souligne d'emblée la volonté d'inscrire - enfin - ces structures audiovisuelles dans le paysage 2.0. Le président Alain Mager a en effet épousé le virage numérique à Verviers bien avant ses pairs et veut désormais ancrer l'ensemble des télévisions locales dans une nouvelle ère médiatique et " dans une logique de mutualisation, tant sur le plan des ressources humaines que sur le plan des moyens techniques et numériques ", déclare-t-il en substance. Concrètement, le nouveau président prône les achats groupés et la concrétisation de synergies à l'occasion de départs et de recrutement du personnel pour réaliser des économies d'échelle. Car jusqu'il y a peu, aucun " tableau de bord " des télévisions locales (ressources humaines et moyens techniques) n'existait réellement et chacune d'entre elles achetait son matériel dans son coin, sans se concerter avec les autres membres de la fédération. " Nous nous sommes accordés sur desobjectifs partagésqui seront concrétisés par des actions mutualisées et planifiées dans le temps, selon les réalités locales et régionales, explique Alain Mager. Des initiatives ont déjà été prises par groupes de télévisions, de façon très concrète, avec déjà des premiers résultats engrangés. Les premiers marchés publics communs ont été ainsi lancés. TV Lux a par exemple fonctionné récemment comme une centrale de marchés, à laquelle RTC Liège, Télévesdre et TV Com se sont associés pour l'achat de nouvelles caméras. Cet achat groupé a permis, par exemple, de réaliser plus de 25.000 euros d'économies. " Ces quatre télévisions locales - dites du " Pôle Est " - ont également décidé de créer une cellule numérique commune, regroupant leurs compétences en matière de ressources humaines et de moyens techniques. Un audit numérique de ces chaînes a été réalisé en mars dernier et une stratégie numérique commune vient d'être définie, histoire de limiter les frais de ces quatre chaînes (40.000 euros d'économies réalisées) et de dynamiser leurs actions. De leur côté, BX1 et Télé MB se sont également associées afin de mutualiser leur back office financier, en créant un pôle de service assurant des tâches d'enregistrement comptable, de trésorerie et de contrôle de gestion. Au niveau de l'emploi, le nombre d'équivalents temps plein est également passé de 380 personnes dans les 12 télévisions locales au 1er janvier 2015 à 365 employés au 31 août 2016, sans aucun licenciement, simplement par une meilleure gestion des départs naturels et une meilleure répartition des forces en présence. Epinglés parmi d'autres, ces premiers exemples significatifs démontrent la volonté des télés locales de mieux collaborer ensemble et de confier désormais à la Fédération un vrai travail de coordination pour les marchés publics et les ressources humaines. " Il s'agit d'opérer la mutation d'un état d'esprit concurrentiel vers une affirmation de partenariat, poursuit Alain Mager. Le but est de dégager des moyens nouveaux affectés à des formations et à de nouvelles technologies, de relever le défi de la révolution numérique et de devenir des fournisseurs de référence de contenus locaux multi-plateformes dans le paysage audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles. " Dans cette logique, TéléMB organisera le 1er octobre, pour les 12 télévision locales, une journée de formation commune en " e-reporter " au centre de compétences Technocité à Mons, histoire d'accélérer le développement d'activités numériques conjointes au sein de la Fédération. " L'objectif prioritaire pour ces chaînes est d'être en mesure, tant humaine que technologique, de s'adapter continuellement aux nouveaux modes de consommation des citoyens, précise le Livre blanc, et de valoriser de manière optimale l'offre d'information des télévisions par une présence massive sur le Net et les réseaux sociaux avec, sur ces nouveaux canaux de diffusion, des techniques d'information qui leur sont liées : formats courts, partages d'informations, implication des internautes, moyens technologiques légers. " Le message est clair : comme le sous-titre du rapport le précise, les télévisions locales se mobilisent aujourd'hui pour accélérer leur mutation en des médias locaux souples, dynamiques et très réactifs, diffusant leurs contenus adaptés à toutes les plateformes. Pour mieux souligner encore le désir de travailler plus efficacement ensemble, la Fédération des télévisions locales planche également sur le concept d'une identité commune, du moins pour les 11 chaînes wallonnes (BX1 ayant une dimension plus régionale que locale). Certes, chaque télé gardera toujours son nom et sa spécificité, mais l'idée est d'adopter, très prochainement, une identité transversale qui complétera et renforcera chaque marque locale dans le but de rendre l'ensemble plus puissant. Ainsi, les logos des 11 télés seront redessinés dans l'esprit d'une même charte graphique et ils présenteront tous une référence ou un slogan soulignant leur appartenance au collectif des chaînes wallonnes. On pourrait voir bientôt, par exemple, les nouveaux logos de Notélé, Canal Zoom et TV Lux avec la même baseline " Média de Wallonie " en guise de signature, le but étant de faire cohabiter la marque locale et une nouvelle marque transversale afin de rendre l'ensemble plus cohérent non seulement aux yeux des citoyens mais aussi aux yeux d'autres acteurs du secteur. " Je veux que les télévisions locales deviennent indispensables auprès des grands annonceurs, confie le président Alain Mager. Je pense que cela pourrait représenter une nouvelle source de revenus conséquente, mais pour cela, il faut que les 11 chaînes wallonnes prouvent qu'elles peuvent travailler ensemble et qu'elles affichent surtout une identité commune. Cela renforcera leur visibilité et leur image de marque auprès des annonceurs et d'autres institutions ." Convaincue de ce potentiel de croissance économique, la Fédération des télévisions locales a d'ailleurs lancé un appel d'offres pour une mission de régie publicitaire " nationale ", mission qui correspond à la physionomie de ce marché sous-exploité. Si la régie qui remporte le marché wallon - Transfer et RTVM sont sous le coup - opérera sans doute à la fin de cette année, elle ne devrait cependant pas porter ombrage aux régies de chaque chaîne qui garderont la mission de continuer à séduire les annonceurs locaux. Enfin, pour renforcer cette notion d'identité transversale que le président Alain Mager veut insuffler au sein de sa Fédération, les 12 télévisions locales mèneront également une action citoyenne commune à l'instar de ce que font respectivement la RTBF et RTL-TVi avec Cap 48 et le Télévie. Axée sur le don d'organes, une grande soirée Télédon - à l'origine initiée par la Tournaisienne Notélé - verra ainsi le jour au début de l'année prochaine avec un seul programme diffusé sur les 12 chaînes, mais truffée d'implants locaux au cours de l'émission. Si la mutualisation des moyens et la perspective de nouveaux revenus publicitaires permettront aux télévisions locales d'améliorer considérablement leur situation financière, il leur faudra toutefois bénéficier d'un nouvel investissement pour accélérer leur développement numérique. Ce 28 septembre, le président de la Fédération rencontrera à nouveau le ministre Jean-Claude Marcourt, non seulement pour dresser l'état des lieux des télés locales après le dépôt de ce fameux Livre blanc en juin dernier, mais aussi pour solliciter une nouvelle aide à celui qui est à la fois ministre des médias en Fédération Wallonie-Bruxelles et ministre wallon du Numérique. Alain Mager en profitera également pour demander l'adaptation du cadre décrétal, histoire de pouvoir mener à bien certaines propositions plus techniques qui sont actuellement confrontées à des contraintes législatives qui empêchent leur réalisation immédiate. " La première préoccupation du Livre blanc est d'assurer la paix économique au niveau des 12 télévisions locales, conclut le président de la Fédération. Cela semble désormais acquis et il n'y aura donc pas de répercussion sur le plan social. Mais il faudra toutefois continuer à se retrousser les manches pour assurer l'avenir et donc se fixer un calendrier pour tous les projets énoncés. " Il n'est pas impossible non plus que le paysage des télévisions locales se redessine à moyen terme. Des rapprochements sont d'ailleurs évoqués et il est fort probable que certaines chaînes fusionnent comme, par exemple, Canal C (Namur) et Canal Zoom (Gembloux), géographiquement très proches, ou encore deux des quatre télévisions locales que compte la seule province du Hainaut, à savoir la Montoise TéléMB et la Louviéroise Antenne Centre (Notélé à Tournai et Télésambre à Charleroi garderaient quant à elles leur autonomie). Tout cela sans perte d'emplois, chuchote-t-on encore et toujours.