C'est un repositionnement stratégique qui s'est opéré, cette semaine, dans le monde des médias avec deux acteurs belges qui se sont livrés à un échange de parts, agrémenté d'une somme rondelette de quelque 200 millions d'euros. Premier ténor à la table des négociations : le groupe Roularta (476 millions de chiffre d'affaires en 2016), éditeur de plusieurs magazines (Le Vif, Knack, Trends-Tendances, Télépro, etc.) et, jusqu'il y a peu, propriétaire à 50 % de l'entreprise audiovisuelle Medialaan (qui possède notamment les chaînes de télévision et de radio flamandes VTM, Vitaya, Joe, Q Music, etc.). Face à lui, De Persgroep (1,4 milliard de chiffre d'affaires), éditeur de plusieurs titres de presse flamands et néerlandais (Het Laatste Nieuws, De Morgen, De Volkskrant, Humo, Story, etc.) et également propriétaire à 50 % de la même entreprise audiovisuell...

C'est un repositionnement stratégique qui s'est opéré, cette semaine, dans le monde des médias avec deux acteurs belges qui se sont livrés à un échange de parts, agrémenté d'une somme rondelette de quelque 200 millions d'euros. Premier ténor à la table des négociations : le groupe Roularta (476 millions de chiffre d'affaires en 2016), éditeur de plusieurs magazines (Le Vif, Knack, Trends-Tendances, Télépro, etc.) et, jusqu'il y a peu, propriétaire à 50 % de l'entreprise audiovisuelle Medialaan (qui possède notamment les chaînes de télévision et de radio flamandes VTM, Vitaya, Joe, Q Music, etc.). Face à lui, De Persgroep (1,4 milliard de chiffre d'affaires), éditeur de plusieurs titres de presse flamands et néerlandais (Het Laatste Nieuws, De Morgen, De Volkskrant, Humo, Story, etc.) et également propriétaire à 50 % de la même entreprise audiovisuelle Medialaan. C'est précisément la gestion commune de cette activité audiovisuelle qui a été au centre de toutes les tractations. Concrètement, Roularta a décidé de céder ses parts dans Medialaan à De Persgroep, offrant ainsi à son partenaire historique l'opportunité de devenir le seul maître à bord de l'aventure " VTM et consorts ", tandis que De Persgroep a donné, en échange, ses participations dans l'entreprise de presse Mediafin avec, en sus, un chèque de 217,5 millions d'euros. Société éditrice des quotidiens De Tijd et L'Echo, Mediafin (56 millions de chiffre d'affaires) est détenue à 50 % par le groupe Rossel (qui possède plusieurs titres belges et français comme Le Soir, Sudpressse, La Voix du Nord, etc.) et, désormais, à 50 % également par le groupe Roularta qui devient, par cette acquisition, l'acteur de référence dans le monde de la presse économique et financière en Belgique. Si ces transactions doivent encore obtenir le feu vert de l'Autorité belge de la concurrence pour être effectives, elles n'en demeurent pas moins révélatrices des chemins différents que veulent prendre De Persgroep et Roularta dans le paysage médiatique actuel. Comme l'a d'ailleurs souligné son CEO Christian Van Thillo le jour de l'acquisition totale de Medialaan, " De Persgroep a principalement déployé en Belgique des médias qui s'adressent à un public large ". En se séparant de ses titres de prestige comme L'Echo et De Tijd et en focalisant aujourd'hui sa cible commerciale sur des journaux, des magazines, des chaînes de télévision et de radio dites " grand public ", Christian Van Thillo opte pour un choix stratégique qui, dit-il, va " renforcer notre position sur le marché digital de manière significative afin de pouvoir rivaliser avec les géants technologiques qui dominent le marché ". A l'inverse, en cédant ses parts dans " VTM & Co ", Roularta se coupe d'une cible audiovisuelle mainstream pour revenir à ses fondamentaux dans un monde qui s'est digitalisé. " Il y a deux choses qui sont essentielles dans l'ADN de notre groupe, explique Xavier Bouckaert, CEO de Roularta. Il y a d'une part notre expérience sur le marché des médias locaux et, d'autre part, notre savoir-faire dans le domaine des magazines de qualité. Il nous manquait une pièce au puzzle et notre entrée au capital de Mediafin répond parfaitement à ce positionnement. Nous avons aujourd'hui la chance de pouvoir intégrer L'Echo et De Tijd à notre portefeuille et le parcours digital de ces quotidiens pourra certainement nous inspirer dans notre stratégie de médias intégrés. " Avec des titres de presse qui visent une clientèle davantage haut de gamme très prisée des annonceurs et désormais délesté des chaînes grand public de Medialaan, le groupe Roularta opte donc pour une certaine différenciation sur le marché, fort d'" une audience plus qualitative que quantitative ", dixit Xavier Bouckaert qui empoche au passage près de 220 millions d'euros. " Ces moyens considérables nous permettront de développer notre stratégie digitale et multicanale ", conclut le CEO qui tient aussi à démentir les Cassandre annonçant un rapprochement inéluctable des titres dans cette acquisition, avec pertes d'emploi au programme : " L'Echo et De Tijd, tout comme Trends et Trends-Tendances sont des marques très fortes aux activités très rentables, conclut le patron de Roularta. Une intégration serait synonyme de destruction. Il n'y a donc aucune raison de s'en faire ! "