Marc De Vos
Marc De Vos
Doyen de la faculté de droit à la Macquarie University de Sydney
Opinion

23/10/18 à 15:18 - Mise à jour à 17:27

Pourquoi nos hôpitaux restent vulnérables

Nous nous enlisons dans un modèle de soins du 20e siècle, alors que le 21e siècle est tiré par le consommateur de la santé, d'après Marc De Vos, doyen à l'université Macquarie à Sydney et professeur invité auprès de la cellule de réflexion Itinera.

Pourquoi nos hôpitaux restent vulnérables

© Belga

Les soins de santé sont l'iceberg de la sécurité sociale : la majeure partie se trouve sous le niveau de l'eau de l'intérêt public. Je pense qu'au cours des prochaines législatures, les radars vont détecter une partie de plus en plus importante de l'iceberg, espérons-le sans collision et sans dommage.

Si vous pensez que les pensions constituent le défi majeur, détrompez-vous. Le principe des pensions est simple : nous allons travailler plus longtemps pour bénéficier d'une pension similaire ou réduite, le reste relevant de la fiscalité. Très simple en termes de gestion, mais très compliqué sur le plan politique à cause des groupements d'intérêts. Les soins de santé sont quant à eux extrêmement complexes dans les deux domaines.

Il y a une dizaine de jours, entre le buzz des élections et les scandales du football, Belfius a tiré la sonnette d'alarme concernant la situation financière des hôpitaux belges. On dénombre quatre hôpitaux généraux sur dix, privés et publics confondus, déficitaires. Les autres réalisent une marge limitée sur leur chiffre d'affaires. S'ils ne sont pas nouveaux, ces mauvais résultats s'aggravent.

Une vulnérabilité sur le plan structurel

Les hôpitaux ne sont pas des entreprises qui doivent maximiser leurs bénéfices. Mais sans marge saine, ils ne peuvent pas répondre aux changements et aux progrès que requièrent les soins de santé. À l'heure où les réformes et les avancées techniques s'accélèrent, nos hôpitaux restent vulnérables sur le plan structurel.

Le vieillissement démographique modifie les besoins. Les maladies chroniques sont de plus en plus fréquentes. Idéalement, les hôpitaux devraient devenir les maillons d'une chaîne de soins dans laquelle la prévention, le dépistage et le suivi jouent un rôle plus important. Entre-temps, les innovations technologiques et pharmaceutiques prennent de l'ampleur. Elles permettent de personnaliser de plus en plus les traitements médicaux. Pour les hôpitaux, cela signifie une augmentation des coûts et des infrastructures par traitement.

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À l'heure où les avancées techniques s'accélèrent, nos hôpitaux restent vulnérables sur le plan structurel

Avec de l'eau jusqu'au cou, il est impossible pour les hôpitaux d'investir efficacement dans ces vagues successives de qualité et d'espérance de vie. Les fonds publics sont limités et ils doivent supporter les coûts croissants des pensions. Il reste les ressources privées, via les patients, les assurances privées ou les revenus des médecins. Or, aucune d'entre elles n'est inépuisable.

Sous la direction de la ministre de la Santé publique Maggie De Block (Open Vld), l'ensemble du paysage hospitalier est entré dans une ère de rationalisation et de centralisation, qui doit augmenter la marge budgétaire. Mais on ne peut pas se contenter de regrouper des sites hospitaliers. La conversion de structures entières de médecins, spécialisations, cabinets et modèles de rémunération est à la fois extrêmement difficile, chronophage et - oui - coûteuse.

La prévention peut alors permettre d'éviter les hospitalisations. Il y a là un potentiel. De nombreuses maladies chroniques sont liées aux comportements et modes de vie personnels. Les applications médicales sont déjà en vogue. La Belgique veut en reconnaître trois pour que celles-ci soient remboursées. Trois parmi les 160.000 applications mobiles existantes pour évaluer le sommeil, l'alimentation, la santé mentale, l'exercice physique, etc. Sans parler des téléphones portables, des montres numériques et autres technologies qui assurent le suivi de toute notre vie et de notre corps.

Des technologies de consommation

Les recettes fiscales ne permettront jamais de tout rembourser. L'innovation évolue si rapidement que nous parlons de technologies de consommation, alors qu'il s'agit de nouveaux soins de santé. Ces technologies ne connaissent ni limites ni règles. Si l'avenir de la santé est en effet technologique et personnalisé, il sera privé ou ne sera pas.

Notre économie est une économie de consommation. Et la consommation de la santé va prendre de plus en plus d'ampleur parce que nous sommes déjà bien servis pour le reste et que les besoins sanitaires sont inépuisables. Nous assistons à un véritable retournement de la tendance dans les soins de santé qui nous oblige à considérer les choix publics et les responsabilités personnelles sous un angle fondamentalement différent. Les médecins et les hôpitaux peuvent jouer un rôle important. Mais qui travaille quand il n'y a pas d'argent et que toute l'énergie doit aller aux structures, aux budgets et à la distribution des ressources ? Nous nous enlisons dans un modèle de soins du 20e siècle, alors que le 21e siècle est tiré par le consommateur de la santé.

Traduction : virginie·dupont·sprl

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