Ce jour-là, il n'y avait ni grève, ni manifestation, ni vote de confiance, ni motion de méfiance. Tout était calme à l'Elysette, en bord de Meuse. Et le ministre-président pouvait prendre le temps de décortiquer avec nous l'évolution de l'état de la Wallonie et les perspectives électorales pour l'an prochain.
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Ce jour-là, il n'y avait ni grève, ni manifestation, ni vote de confiance, ni motion de méfiance. Tout était calme à l'Elysette, en bord de Meuse. Et le ministre-président pouvait prendre le temps de décortiquer avec nous l'évolution de l'état de la Wallonie et les perspectives électorales pour l'an prochain. TRENDS-TENDANCES. La Wallonie affiche un équilibre budgétaire en 2019. Sera-t-elle prête pour la diminution progressive du mécanisme de transition qui lui apporte 600 millions par an ?WILLY BORSUS. Oui parce que des signaux très positifs s'allument en Wallonie et ils se traduisent par ce retour à l'équilibre en 2019, soit avec un an d'avance sur le calendrier prévu. 2018 sera une année record pour les investissements étrangers - 878 millions, sans comptabiliser Alibaba et Thunder Power - et pour nos exportations qui devraient dépasser les 45 milliards d'euros. Et bien entendu, les chiffres du chômage diminuent depuis 40 mois d'affilée. Entre octobre 2017 et 2018, la baisse fut de 9,4%. Cette baisse du chômage se traduit-elle dans le taux d'emploi ou les personnes sont-elles aiguillées vers d'autres aides sociales ?Le taux d'emploi s'améliore mais il reste trop faible. Nous étions à 63,2% à la fin 2017, alors que notre objectif européen est de 73,2% en 2020. La Flandre est, elle, déjà à 73%. C'est l'un des chiffres qui nuancent un peu mon tableau positif. Ces indicateurs sont des moyennes régionales. Mais il y a aussi des poches de pauvreté, avec des taux de chômage qui restent très élevés... Effectivement, dans certains endroits, jusqu'à 30, voire 35%, des habitants sont ou risquent d'être confrontés à la précarité, selon les statistiques de l'Iweps. Certaines catégories sociales -les jeunes, les familles monoparentales - ont aussi un indicateur de pauvreté supérieur à la moyenne régionale (26%). Un autre chiffre m'interpelle : 8% des Wallons sont confrontés à une déprivation matérielle sévère. Ce sont des gens qui ne peuvent pas, par exemple, se payer un repas normal chaque jour. Cela me préoccupe fortement. Comme l'inadéquation entre la formation et les besoins économiques et, plus largement, de la société. Il n'y a pas assez de gens, à tous les niveaux, qui épousent des carrières techniques, scientifiques, numériques... Ce constat, on le fait depuis des années. Pourquoi cela ne change-t-il pas ?Nous sommes passés du constat à l'action : une prime de 350 euros pour le demandeur d'emploi qui se forme à ces métiers, les opérations " coup de poing " - dans le sens positif du terme - pour des formations directement en entreprise , etc. Nous devons basculer plus fortement vers des formations duales ( en alternance, Ndlr), comme cela existe en Allemagne et en Suisse, y compris pour des formations de haut niveau de type ingénieur. Et il faut aussi avancer vers une plus grande cohérence dans notre offre de formation technique, professionnelle, qualifiante et duale, actuellement répartie entre la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Région et qui devrait être exercée pleinement par la Wallonie. Ce sera l'une de nos priorités pour la prochaine législature. Et elle devra se coupler avec une diminution progressive de l'offre d'enseignement dans des filières qui ne débouchent pas sur des perspectives d'emploi. Chaque étudiant doit pouvoir connaître précisément les perspectives des filières qu'il choisit. J'ai une grande confiance en la jeunesse, en sa capacité à créer, à innover. Offrons-lui le cadre qui lui permettra de déployer ses ailes. Aucune Région n'a encore touché aux additionnels à l'impôt des personnes physiques. Souhaitez-vous agir sur ce plan lors de la prochaine législature ?Oui, absolument. Dans les quatre ou cinq ans, le redressement wallon se marquera plus nettement encore dans les chiffres et dans les mentalités. Cela dégagera des marges pour une réforme fiscale. Elle devrait comporter plusieurs axes. D'abord, la disparition d'une série de petites taxes inopportunes sur une série d'activités, dont l'horeca. Ensuite, le soutien à l'investissement immobilier, surtout pour la première acquisition. Nous avons relevé la base exonérée des droits d'enregistrement et supprimé les droits de succession pour le conjoint survivant. Il faudrait aller plus loin pour aider les gens à acheter leur maison, à bien l'isoler etc. Enfin, nous pourrions travailler sur la part de l'IPP qui revient aux Régions, pour avoir un allègement des prélèvements régionaux. Mon souhait est que le prochain gouvernement fédéral travaille aussi dans la même direction pour rendre du pouvoir d'achat, comme le tax shift l'a fait. Pour mener cette politique, votre souhait, si la mathématique électorale le permet, est-il de reconduire l'alliance avec le cdH ?Depuis la création de la Région wallonne, nous avons connu un pilotage quasi continu du Parti socialiste. En juin 2017, et j'en remercie Benoît Lutgen, nous avons connu un basculement des fondamentaux, avec la mise en place d'une équipe de rupture et de réformes. Ce basculement, je souhaite pouvoir le poursuivre. Ma préférence forte va donc à la reconduction de l'équipe actuelle. Mais il est évident que nous entendrons les éventuels signaux de l'électeur et que d'autres combinaisons sont envisageables. Faut-il, selon vous, veiller à une cohérence la plus grande possible entre les coalitions aux différents niveaux de pouvoir ?C'est plus facile quand c'est symétrique. J'ai vécu en tant que ministre fédéral des PME les comités de concertation entre 2014 et 2017. Ce n'était plus de la concertation mais le deuxième lieu d'expression d'une opposition au gouvernement fédéral. Ce n'est pas le sens du fédéralisme et certainement pas du fédéralisme d'optimisme que je revendique, celui qui mobilise tous les niveaux de pouvoir pour faire avancer le pays. Revenons-en aux termes de base : un comité, c'est-à-dire un ensemble restreint, plus dynamique. Aujourd'hui, nous sommes facilement 25 autour de la table, chacun ayant toujours bien un bout de compétences pour justifier sa présence. Ce n'est pas l'idéal pour négocier et mettre de l'huile dans les rouages. Le MR n'a pas réalisé, aux communales, le score espéré. Est-ce dû, selon vous, à son alliance fédérale avec la N-VA ?J'en doute fortement, les résultats découlent de considérations locales et sont par ailleurs contrastés à travers l'ensemble du territoire. Ce qui est vrai, c'est que nous devrons plus encore expliquer l'impact des mesures prises par le gouvernement fédéral pour soutenir l'emploi et le pouvoir d'achat des Belges. Plus de 230.000 emplois ont été créés sous cette législature, c'est tout sauf anodin. On ne gagne pas une élection sur un bilan, dit un vieux dicton de la politique belge... Mais on peut la perdre sur un bilan de piètre qualité. Cela étant, nous devons entendre le double message de la population. D'une part, malgré les réformes, le quotidien reste difficile pour beaucoup et il faudra y apporter des réponses fortes. D'autre part, les citoyens qui ont marché à Bruxelles et le monde scientifique unanime nous pressent d'agir en faveur du climat. La préoccupation climat-environnement doit être centrale dans les programmes de tous les partis et de tous les gouvernements. C'est un enjeu sociétal dans la façon de vivre, de se déplacer, d'organiser l'activité économique, etc. C'est bien dans cette optique que la Wallonie a émis l'idée d'organiser la Cop 26 en 2020. Regrettez-vous que votre parti se soit allié avec la N-VA au niveau fédéral ?J'ai été partisan de cette alliance. La séquence que nous venons de vivre laissera évidemment des traces mais elle ne doit pas non plus masquer tout le travail accompli depuis quatre ans et demi avec les créations d'emploi, l'amélioration du pouvoir d'achat, comme l'a confirmé une étude de la KULeuven, ou les actions en matière de sécurité. Notre priorité pour la prochaine législature sera la poursuite de ces réformes. Avec qui ? Il est trop tôt pour définir le cadre politique mais, en dehors des extrêmes de droite comme de gauche, je suis opposé aux exclusives préalables.