C'est un peu plus subtil... Pas question, évidemment, d'abandonner l'euro. En revanche, les Wallons envisagent d'utiliser des instruments de paiement complémentaires pour soutenir un secteur grand pourvoyeur d'emplois peu qualifiés.
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C'est un peu plus subtil... Pas question, évidemment, d'abandonner l'euro. En revanche, les Wallons envisagent d'utiliser des instruments de paiement complémentaires pour soutenir un secteur grand pourvoyeur d'emplois peu qualifiés. Qu'il y ait un grave problème dans la construction, ce n'est pas neuf. Il y a d'abord l'importance des travailleurs détachés. Sur 366.000 personnes qui travaillent dans le secteur, près de 100.000 sont des étrangers, bien souvent détachés temporairement. C'est compréhensible car notre pays est un de ceux où l'écart salarial entre un travailleur détaché et un travailleur belge est le plus important, en raison de la hauteur des charges sociales. A côté de ces travailleurs détachés en toute légalité, il y a ceux qui sont chez nous en fraude. L'an dernier, sur les grands chantiers publics, on a relevé 487 chantiers en infraction et sur ceux-ci, sept travailleurs sur dix n'étaient pas en règle.... Or, la Région wallonne, pour respecter ses engagements en matière d'émission de CO2, doit rénover une bonne partie de son parc de logements. L'investissement nécessaire est estimé à 63 milliards d'euros d'ici à 2050, soit 50.000 à 60.000 euros par logements, souligne Jean-Pierre Liebaert, économiste en chef de la Confédération wallonne de la construction. Un troisième élément complète l'équation : le pauvre effet multiplicateur de l'économie wallonne. Les investissements n'y font pas suffisamment de petits locaux. Ainsi, 100 euros dépensés en Wallonie vont générer en moyenne 36 euros supplémentaires en Flandre et 24 euros à Bruxelles. En revanche, 100 euros dépensés en Flandre n'apportent que 9 euros additionnels en Wallonie. La Flandre sait conserver chez elle la chaîne de valeurs. Inciter à dépenser local n'est donc pas bête. Le projet, porté par le ministre du Budget régional Christophe Lacroix, n'en est encore qu'à l'état d'ébauche. Mais il consisterait à créer un instrument de paiement complémentaire. Certains évoquent la création d'une monnaie parallèle, comme le Valeureux à Liège. Certes, ces monnaies prennent leur essor et ont l'avantage de favoriser les circuits courts, mais leur emploi poserait des problèmes techniques et ce ne serait sans doute pas le meilleur moyen d'éviter le travail au noir... Plus efficace pourrait être, en revanche, un instrument hybride - mi-chèque, mi-titre service - qui inciterait les Wallons à acheter des produits près de chez eux, à déclarer leurs travaux et avoir recours à des entreprises locales. Après tout, c'est la même idée, souligne Bruno Colmant, professeur et responsable de la recherche économique chez Degroof Petercam, que celle derrière les éco-chèques, qui soutiennent déjà la consommation de produits verts, les chèques-repas, qui donnent du pouvoir d'achat aux ménages, ou encore les titres-services qui ont permis de régulariser une grande partie du travail domestique qui était effectué au noir. Ouvrir le marché européen alors que l'harmonisation sociale n'est pas encore réalisée peut s'avérer très déstabilisateur. Ce n'est pas un hasard si à Berlin, le nouveau président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont annoncé, dans leurs premiers projets communs, la réforme du statut des travailleurs détachés. En attendant, chaque pays essaie de trouver une solution. La France, avec sa clause Molière, veut obliger chaque travailleur à parler français ou, à défaut, à disposer d'un interprète. L'Autriche a un projet de loi qui abaisse les charges pour les entreprises qui emploient des travailleurs locaux. La Région wallonne a sans doute trouvé une voie plus subtile pour encourager ses entreprises...