Une jeune génération de militants se mobilise contre un Brexit "injuste"

08/02/19 à 10:48 - Mise à jour à 10:48

Source: Afp

Étudiante à l'université de Cambridge, Lara Spirit a choisi d'interrompre sa licence de sciences politique pour tenter d'empêcher un Brexit qu'elle juge "injuste" et imposé par l'"ancienne génération".

Une jeune génération de militants se mobilise contre un Brexit "injuste"

© ISOPIX

"Ceux qui s'opposent le plus au Brexit sont ceux qui devront le plus en subir les conséquences", déplore la jeune femme de 22 ans.

Une étude réalisée par le cabinet Ipsos Mori après le référendum de juin 2016 a montré que 75% des Britanniques âgés de 18 à 24 ans ont voté contre le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne.

A l'inverse, 66% des 65-74 ans ont voté en faveur du divorce. Au final, le Brexit a été approuvé par 52% des électeurs. Une décision qui, selon plusieurs analystes, risque d'aggraver la désaffection des jeunes générations pour la politique.

Alors qu'aucun accord de divorce n'a encore été conclu à moins de deux mois de la date fatidique, le 29 mars, Lara Spirit milite au sein de l'organisation "Our Future Our Choice" (Notre futur, notre choix - OFOC) pour que son pays fasse marche arrière.

Lara revendique de pouvoir vivre et travailler librement dans les 27 autres pays de l'UE. "Être privé de ces droits alors que nos parents et nos grands-parents en ont bénéficié est injuste", confie-t-elle à l'AFP.

Surtout, elle craint les répercussions économiques pour "une génération qui entre sur le marché du travail", alors que certaines multinationales ont déjà réduit leurs investissements au Royaume-Uni.

- "Fausses raisons" -

Mais parmi les militants du groupe Our Future Our Choice, tous ne se sont pas exprimés contre le Brexit.

"C'était la première fois que je votais", se souvient Will Dry, âgé de 20 ans, étudiant en politique, économie et philosophie à Oxford. Et il a choisi de soutenir la sortie de l'UE, comme la plupart des membres de sa famille, en pensant que cela permettrait de "développer le commerce" ou de "récupérer le contrôle des lois".

Son débit, très rapide, se fait plus lent lorsqu'il tente d'expliquer pourquoi il a changé d'avis. "Beaucoup de ces raisons sont fausses", estime-t-il désormais. "Par exemple, je ne savais pas que nous avions autant d'échanges commerciaux avec l'UE, et qu'en réalité, le meilleur moyen de commercer avec des pays en dehors de l'Europe, c'est de le faire en passant par l'UE".

Avec Lara et d'autres militants, il participe à des actions de mobilisation, comme tenir un magasin éphémère à Londres qui proposait entre autres un "steak de boeuf aux meilleures hormones", ou un "poulet frais au chlore", pour dénoncer les dangers potentiels que pose l'abandon des normes sanitaires et alimentaires européennes.

- "Question de valeurs" -

Pour Femi Oluwole,le fondateur du groupe Our Future Our Choice, âgé de 28 ans, l'opposition au Brexit est également une "question de valeurs".

"Nous ne voyons pas les frontières comme les générations précédentes, nous aimons l'idée de proximité", avance-t-il.

Après des études de droit et de français à Nottingham, ce jeune homme costaud a effectué plusieurs stages au sein des institutions européennes à Bruxelles. Il assure se sentir "citoyen britannique et européen", et refuse l'idée de voir cette double identité lui être "retirée".

Revenu au Royaume-Uni en 2016, peu avant le référendum, il avait lancé sa campagne grâce à une première collecte de fonds qui avait réuni 12.000 livres (13.700 euros) en deux mois.

Ayant finalement obtenu plus de 70.000 livres de dons (80.000 euros), et le soutien financier de plusieurs organisation pro-européennes, le groupe fait désormais campagne dans tout le pays à bord d'un bus bleu.

"C'est la première fois depuis longtemps que les jeunes ont l'opportunité d'influencer la direction que prend ce pays", veut-il croire.

"Notre génération veut s'attaquer au changement climatique, à la crise des réfugiés, aux entreprises qui ne paient pas leur juste part d'impôts. Comment allons-nous le faire si nous ne pouvons pas participer à l'UE, qui est l'instance à même de combattre ces problèmes ?".

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