En tant que 45è président des Etats-Unis, Trump n'a pas raté son entrée, mais bien ses débuts. Dans son premier bref discours en tant que président élu, Trump mettait encore le focus sur les investissements publics favorisant la croissance. Ensuite, les premières actions politiques ont été empreintes de protectionnisme plutôt effrayant. Le mur que Trump désire construire entre les Etats-Unis et le Mexique est symbolique de la vision mondiale étroite de Trump. Il retire les prises des traités de libre échange, notamment avec le Japon et l'Australie, désire renégocier l'ALÉNA (Accord de libre-échange nord-américain), fustige la Chine pour manipulation des cours de change, rêve de taxes supplémentaires sur les importations et introduit une interdiction de voyager à partir de sept pays islamiques. Ce n'est probablement qu'une étape intermédiaire.
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En tant que 45è président des Etats-Unis, Trump n'a pas raté son entrée, mais bien ses débuts. Dans son premier bref discours en tant que président élu, Trump mettait encore le focus sur les investissements publics favorisant la croissance. Ensuite, les premières actions politiques ont été empreintes de protectionnisme plutôt effrayant. Le mur que Trump désire construire entre les Etats-Unis et le Mexique est symbolique de la vision mondiale étroite de Trump. Il retire les prises des traités de libre échange, notamment avec le Japon et l'Australie, désire renégocier l'ALÉNA (Accord de libre-échange nord-américain), fustige la Chine pour manipulation des cours de change, rêve de taxes supplémentaires sur les importations et introduit une interdiction de voyager à partir de sept pays islamiques. Ce n'est probablement qu'une étape intermédiaire.De cette manière, la crise financière de 2008-2009 repointe dangeureusement le bout de son nez. Précisément comme dans les années trente, la crise financière a d'abord accouché d'une crise économique et ensuite d'une crise politique. Nous suivons encore toujours ce schéma, de manière heureusement beaucoup plus douce, et nous en sommes à la crise politique, avec la montée en puissance de politiciens populistes tant de gauche que de droite en réaction aux vastes insatisfactions sociales. Trump est un enfant de son temps et, avec une solide dose de protectionnisme, il mêle à ce cocktail politique un ingrédient qui a rendu possible la Grande Dépression dans les années trente. A un moment où le redressement économique offre au monde une issue à la Grande Récession et à ses longues années de misères, Trump risque de replonger le monde dans les ténèbres. L'économie mondiale risque de partager le destin de Don Corleone dans The Godfather. "Just when I thought I was out, they pull me back in."Peut-être n'est-ce pas si grave. Sur la table de nuit de pas mal d'hommes d'affaires se trouve The Art of the Deal, une autobiographie de Trump de 1987. Trump est connu pour viser haut en mettant sur la table des exigences élevées de manière pompeuse, ressasser ensuite les mêmes choses, pour finalement s'accommoder de moins. En bref, Trump va lui aussi finalement soutenir le commerce international par des accords rationnels. C'est du moins ce que le monde des affaires espère encore. Cependant, mener des deals avec des nations est bien sûr bien autre chose que les deals sur le marché immobilier. Trump se trompe en outre d'ennemi. La détérioration des emplois industriels est un phénomène international qui est surtout alimenté par le progrès technologique. La politique de Trump va plutôt procurer du travail à des robots aux Etats-Unis qu'à des personnes, alors que la guerre commerciale peut rapidement coûter 5 millions d'emplois au pays, selon une estimation du Peterson Institute for International Economics.Heureusement, il y a aussi un contre-pouvoir aux Etats-Unis. Vis-à-vis de la menace de Trump de prélever une taxe frontalière de 35% sur les produits des entreprises qui construisent des usines au Mexique plutôt qu'aux Etats-Unis, son propre ministre des Finances Stephen Mnuchin a répondu qu'il "ne pense pas que ce plan soit jamais mis en oeuvre". Une taxe frontalière serait aussi une violation des engagements pris par les Etats-Unis en tant que membre de l'Organisation mondiale du commerce. C'est une étape trop loin pour le Congrès américain, où pas mal de Républicains font clairement savoir qu'ils sont contre des tarifs commerciaux plus élevés. Le gouvernement travaille toutefois à un plan pour taxer les importations et subsidier les exportations, probablement via l'impôt des sociétés. Il n'existe de loin pas encore de consensus en la matière. Pour Wal-Mart, des importations plus chères signifierait une atteinte à la marge bénéficiaire, pour les exportateurs comme Boeing ce plan a un goût particulièrement agréable.Sur le marché boursier, pour l'heure, ils ne se font pas encore trop de soucis. Le dépassement du seuil des 20.000 points par le Dow Jones est perçu comme le pouce levé vers le haut pour Trump. La détermination que Trump montre devrait aussi soutenir les plans d'investissements publics et de stimuli fiscaux. Le grand patron de la Maison Blanche promet encore plus de récompenses pour les grands patrons de Wall Street, comme une diminution de l'impôt des sociétés de 35 à 20% et la suppression des réglementations et des charges administratives qui limitent la liberté de mouvement du monde des affaires. Le secteur bancaire par exemple, qui s'est adapté au carcan imposé après la crise financière, attend en se léchant déjà les babines. Ce n'est pas un hasard si la banque d'affaires Goldman Sachs se révèle l'un des grands gagnants en bourse depuis l'élection de Trump. Les économistes doutent désormais grandement des chances de réussite du nouveau miracle de croissance américain poursuivi par Trump. L'économie américaine bénéficie presque du plein emploi, ce qui conduit à ce qu'une politique fiscale expansive récolte plutôt de l'inflation que de la croissance économique. Pour cette raison, la chance est grande que Trump se cognera relativement vite la tête contre les murs qu'il est lui-même occupé de construire.