L'opposition l'a souvent martelé et notre enquête le confirme : le gouvernement Michel avait les faveurs du patronat. Les chefs d'entreprise regrettent amèrement la démission à quelques mois de l'échéance. Un constat identique dans les deux grandes communautés du pays, ce qui n'est pourtant pas systématique dans le milieu entrepreneurial, nous le verrons. " Ce sondage conforte ma conviction que l'action de ce gouvernement était vraiment positive pour toutes celles et tous ceux qui créent de la valeur en Belgique, commente David Clarinval, chef de groupe MR à la Chambre. A peine 15% se réjouissent de la chute du gouvernement. Si on avait posé la même question à l'ensemble de la population francophone, on n'aurait pas le même résultat ! " " Je constate une assez grande homogénéité du monde patronal quand on parle de coût du travail, de compétitivité, d'énergie, etc., embraie la cheffe de groupe cdH, Catherine Fonck. Ils demandent du sérieux, de la responsabilité et pas de la politicaille. C'est pour cela que la plupart regrettent la chute du gouvernement. "
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L'opposition l'a souvent martelé et notre enquête le confirme : le gouvernement Michel avait les faveurs du patronat. Les chefs d'entreprise regrettent amèrement la démission à quelques mois de l'échéance. Un constat identique dans les deux grandes communautés du pays, ce qui n'est pourtant pas systématique dans le milieu entrepreneurial, nous le verrons. " Ce sondage conforte ma conviction que l'action de ce gouvernement était vraiment positive pour toutes celles et tous ceux qui créent de la valeur en Belgique, commente David Clarinval, chef de groupe MR à la Chambre. A peine 15% se réjouissent de la chute du gouvernement. Si on avait posé la même question à l'ensemble de la population francophone, on n'aurait pas le même résultat ! " " Je constate une assez grande homogénéité du monde patronal quand on parle de coût du travail, de compétitivité, d'énergie, etc., embraie la cheffe de groupe cdH, Catherine Fonck. Ils demandent du sérieux, de la responsabilité et pas de la politicaille. C'est pour cela que la plupart regrettent la chute du gouvernement. " Cette chute reste en travers de la gorge d'environ 20% des dirigeants d'entreprise, qui se disent prêts à modifier leur vote à cause de cette démission ou qui reportent, voire annulent, des investissements ou des embauches à cause des affaires courantes. " Cela me rassure. En réalité, je m'attendais à ce que les entrepreneurs montrent plus d'inquiétude, si pas de la colère, face à ces affaires courantes, poursuit David Clarinval. Il ne faudrait toutefois pas négliger les 15-20% qui reportent des décisions, surtout si la situation devait se prolonger au-delà des élections. " Le député Ecolo Gilles Vanden Burre s'attendait aussi à un plus gros impact sur le moral des entrepreneurs. " Le monde économique n'aime pas les périodes d'instabilité, et c'est un peu ce que nous vivons, dit-il. Il est vrai toutefois que, pour l'heure, la seule vraie différence pour le monde économique, c'est qu'il n'y a plus de budget de l'Etat, que nous travaillons avec des douzièmes provisoires. C'est cela qui est le plus perturbant pour l'économie. Mais bon, ça ne crée pas un sentiment de panique non plus. " S'il n'y a pas panique à bord, c'est notamment parce que, après un temps d'hésitation, le réalisme politique a repris le dessus. Les dispositions fiscales liées au jobs deal pour les métiers en pénurie ont été adoptées, des mesures pour la pension devraient l'être, des avancées sur le statut social des indépendants pourraient même être votées à l'unanimité... " Nous vivons un moment intéressant, constate le président de la commission de l'Economie, Jean-Marc Delizée (PS). Nous ne sommes plus tout à fait dans un schéma de discipline de vote majorité contre opposition. Cela ouvre un espace de négociation et je peux vous assurer que le travail en coulisses est intense pendant les affaires courantes. " Et c'est ainsi que des propositions de loi visant à rectifier des dispositions du tarif social de l'énergie qui lésaient les personnes handicapées ou à renforcer le statut fiscal des pompiers (6.000 euros exonérés) ont été votées à l'unanimité. " Je ne suis pas certain que cela aurait été le cas en d'autres circonstances, commente David Clarinval. Le régime fiscal des pompiers, qui représente un coût budgétaire, aurait même sans doute été bloqué par le gouvernement. Les affaires courantes peuvent donc rendre de bons services. " Une issue similaire est attendue pour la proposition de Gilles Vanden Burre visant à accorder un congé de paternité aux travailleurs indépendants, remaniée ces derniers jours pour faciliter un consensus. " On sent aujourd'hui que les lignes bougent, j'espère vraiment que la proposition pourra être adoptée en commission le 12 février ", dit-il. Dans le même domaine, il y a aussi sur la table une proposition de loi visant à supprimer les jours de carence pour les travailleurs indépendants. En cas de maladie, ils ne devraient plus attendre 14 jours avant de pouvoir être indemnisés. Là, il y a peut-être un petit problème. " Je vois bien que le fait que cette proposition vienne du PS irrite le ministre des Classes moyennes Denis Ducarme (MR), confie l'auteur de ce texte, le député Jean-Marc Delizée. La mesure coûterait 11 millions d'euros, c'est tout à fait supportable pour l'Inasti qui dégage un boni structurel de 200 à 250 millions d'euros. " La proposition sera à l'ordre du jour de la commission de l'Economie le 12 février et, en cas de rejet, il y a toujours la possibilité de soumettre le texte au vote en plénière, histoire de lui donner plus de retentissement et d'obliger chaque député à se positionner (celui qui vote " contre " l'entendra régulièrement durant la campagne...). " Ce serait dommage de ne pas arriver à conclure sur de tels sujets, pour des raisons de calculs politiciens, analyse Gilles Vanden Burre. Le gros million d'indépendants de notre pays mérite mieux que cela ! " Les libéraux ont compris le message et devraient, a priori, soutenir au moins un texte de compromis. " Je peux comprendre la frustration d'un ministre qui a travaillé longtemps sur un texte ( un projet de loi était en préparation à ce propos, Ndlr) et qui ne peut conclure à cause de la chute du gouvernement, explique David Clarinval. Mais le groupe MR se veut pragmatique : ce qui compte, c'est que le texte passe pour améliorer le sort des travailleurs indépendants. Peu importe la couleur politique du signataire de la proposition de loi. " Si le pragmatisme devait effectivement guider la vie parlementaire dans les prochaines semaines, alors l'obligation scolaire devrait être ramenée de six à cinq ans. Libéraux, socialistes, écologistes ainsi que le cdH et DéFI ont en effet déposé des propositions de loi à ce propos. Ensemble, ils représentent une large majorité (93 sur 150) mais, jusqu'ici, ils se heurtaient aux réticences du CD&V, qui invoque le coût pour les Communautés. Maintenant qu'il n'y a plus de " loyauté gouvernementale " au niveau fédéral, les partis ne devraient plus avancer que sur la seule base de leurs convictions et donc dégager une majorité arithmétique sur cette question. " C'est un enjeu majeur car toutes les études nous montrent que les enfants qui sont scolarisés en maternelle ont moins de risque de redoublement par la suite, répond Catherine Fonck, cheffe de groupe cdH. J'ai été la première à déposer un texte à ce propos durant cette législature. Normalement, on devrait donc travailler à partir de cela. Mais si pour éviter le syndrome de 'la plume au chapeau', il faut l'ouvrir à la co-signature ou réécrire un nouveau texte, je n'ai aucun problème avec cela. L'enjeu est d'avancer, pas de faire de la politique politicienne. " Réponse dans quelques jours en commission de l'Economie, réceptacle de ce qui doit être la dernière compétence fédérale en matière d'enseignement. Là, nous pourrions avoir une vraie majorité alternative, sans le CD&V et la N-VA. Mais, convenons-en, c'est un cas bien isolé. Les affaires courantes, en gros, c'est soit l'unanimité, soit la résurrection de l'ancienne coalition suédoise. Celle-ci convoque même toujours des réunions qualifiées de " réunions de majorité ", note avec ironie Jean-Marc Delizée. Cela correspond, d'une part, au souhait des ex-partenaires de voir atterrir des dossiers sur lesquels ils planchaient depuis longtemps et, d'autre part, à une réelle proximité idéologique, en dépit des affrontements sur le thème migratoire. " Sur les questions socio-économiques, nous sommes beaucoup plus proches de la N-VA que du PS. C'est donc plus logique pour nous de tenter de reprendre les projets de l'ancienne majorité et de les faire aboutir, confirme David Clarinval. Nous n'excluons évidemment pas des accords avec la gauche dans d'autres domaines. Mais pour conclure un accord, il faut mettre de l'eau dans son vin. Et là, avec l'échéance électorale, les partis sont plutôt dans une phase de musculation. " Le rafistolage de l'ex-majorité semble plus compliqué à propos de l'imposante réforme du code des sociétés (un millier de pages ! ), dont la N-VA n'est pas totalement satisfaite. Elle songe à déposer des amendements, au risque de déséquilibrer l'accord sur l'ensemble. Cela pourrait notamment concerner le double vote pour les actionnaires qui détiennent des parts depuis plus de six mois. Le ministre de la Justice Koen Geens a retenu cette piste afin de favoriser les investisseurs à long terme, mais les nationalistes flamands préfèrent en rester strictement au principe " une action, une voix ". " Nous espérons que, vu l'enjeu, la N-VA ne viendra pas avec des modifications trop fondamentales, confie le chef de groupe MR David Clarinval. Sur 1.000 pages, il y a forcément des passages qui plaisent moins mais de là à prendre le risque de reporter un tel texte, de balayer les heures de travail des députés et des nombreux experts sollicités, de recaler une réforme réclamée par les fédérations patronales... " Il y aurait en outre un côté paradoxal à constater que la N-VA parvient à faire valider par ses ex-partenaires des amendements qu'ils rejetaient quand elle faisait partie du gouvernement. A l'heure de boucler ces lignes, la N-VA n'avait toujours pas arrêté sa position définitive sur ce sujet. Koen Geens pourrait-il chercher des alliés à gauche ? Les écologistes s'étaient abstenus en commission. Ils pourraient soutenir le texte, moyennant une meilleure prise en compte des sociétés coopératives, que l'ex-majorité voulait cantonner à la seule économie sociale. Pour l'heure, un geste dans cette direction ne semble pas envisageable. Il serait de toute façon insuffisant pour dégager une majorité, le groupe socialiste ayant confirmé son opposition à une réforme qui permet, selon elle, de distinguer trop facilement le siège social des sièges d'activité. Catherine Fonck est déçue que le gouvernement n'ait pas, en dépit d'un discours d'ouverture, recherché plus activement la confection de majorités " à la carte " durant cette période singulière. " Après la chute du gouvernement, nous avons tendu la main au Premier ministre dans l'espoir de pouvoir travailler autrement, confie-t-elle. C'est un flop. On n'essaie pas vraiment de tirer le positif de cette situation inédite. Sans doute parce que de nombreux mandataires ont le regard vissé sur la prochaine échéance électorale et qu'ils empêchent les autres d'agir. Ces jeux politiques sont désolants. Nous sommes en fait passés d'un gouvernement à quatre partis à une majorité parlementaire avec ces mêmes quatre partis. La N-VA tente par tous les moyens d'obtenir des concessions supplémentaires pour voter les textes. " La cheffe de groupe cdH espère un sursaut à propos du pacte d'investissements, " un dossier qui sort de la logique court-termiste et qui apporte des réponses aux enjeux climatiques ". " Ce serait vraiment désolant qu'il soit bloqué à cause des affaires courantes ", conclut Catherine Fonck.