En décembre 2015, les dirigeants du monde entier se sont engagés à Paris à limiter le réchauffement de la planète à 2 °C grand maximum par rapport à l'époque préindustrielle, pour éviter de funestes dérèglements climatiques. Tout le monde a convenu que les détails seraient réglés plus tard. En 2018, ce travail ingrat - traduire la noble rhétorique parisienne en mesures pratiques - incombera aux délégués réunis à Katowice, une ville du sud de la Pologne qui accueillera le sommet annuel des Nations unies sur le climat. Il n'y a pas de quoi être optimiste, et ce pour deux raisons.
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En décembre 2015, les dirigeants du monde entier se sont engagés à Paris à limiter le réchauffement de la planète à 2 °C grand maximum par rapport à l'époque préindustrielle, pour éviter de funestes dérèglements climatiques. Tout le monde a convenu que les détails seraient réglés plus tard. En 2018, ce travail ingrat - traduire la noble rhétorique parisienne en mesures pratiques - incombera aux délégués réunis à Katowice, une ville du sud de la Pologne qui accueillera le sommet annuel des Nations unies sur le climat. Il n'y a pas de quoi être optimiste, et ce pour deux raisons. Tout d'abord, si l'on se penche sur la nature de l'accord de Paris, on constate que ce traité a délibérément entretenu le flou concernant plusieurs éléments clés. Il ne définit pas précisément la teneur des engagements nationaux, ni celle des comptes rendus qui doivent en découler, ni les personnes chargées de les examiner. C'était indispensable pour obtenir la signature de tout le monde. Sinon, les pays en développement auraient refusé de respecter les normes des pays riches ; et les pays développés auraient protesté contre toutes les mesures suffisamment laxistes pour dédouaner de grands pollueurs comme la Chine et l'Inde au motif qu'ils sont pauvres. Le flou stratégique s'est avéré un merveilleux stratagème de négociation : 195 pays ont signé cet accord. Seuls deux, le Nicaragua et la Syrie, s'y sont refusés, pour ensuite se rallier. Mais cela signifie que les 160 " contributions nationales " remises jusqu'à présent composent un méli-mélo inexploitable. L'Union européenne a promis une réduction absolue des émissions de gaz à effet de serre : 40 % en deçà des niveaux de 1990 avant 2030. La Chine a également proposé de réduire ses émissions (de 60 à 65 % par rapport à 2005 d'ici à 2030), mais seulement en fonction de son PIB - tout en ajoutant des objectifs en matière d'énergies renouvelables et de reforestation. Le projet ambitieux de la Nouvelle-Zélande tient en trois pages ; celui du Pakistan en fait 31 et prévoit une baisse des émissions à condition de recevoir environ 40 milliards de dollars d'aide étrangère. Le plafond des 2 °C devant s'appliquer à l'ensemble de la planète, on ne peut mesurer les avancées qu'en les additionnant, et non en fonction des engagements particuliers. Une diplomatie habile sera indispensable pour négocier les normes communes nécessaires, à la manière de ce qui avait été mis en oeuvre pour amadouer les délégués à Paris. La décision de Donald Trump en juin 2017 de se retirer de l'accord montre qu'il faudra exercer des pressions directes des plus adroites fin 2018, ne serait-ce que pour éviter d'autres désistements. Malheureusement, et c'est la seconde raison d'être pessimiste, la Pologne n'est peut-être pas à la hauteur de cette mission diplomatique. En théorie, le pays a tous les atouts pour accueillir le dialogue sur le climat. Ce sera la troisième fois qu'il organisera la Conférence des parties, abrégée en COP (la quatrième si l'on compte la COP5 en 1999, qui s'est tenue en Allemagne, mais qu'il présidait). Les contributions nationales ont été évoquées pour la première fois à la COP19, qui s'est déroulée à Varsovie en 2013. Le pays peut aussi vanter sa transition écologique, favorisant aujourd'hui les industries moins polluantes. Katowice incarne d'ailleurs la modernisation de ces régions minières après la chute du communisme. Malheureusement, les mérites de la Pologne sont contrebalancés par les polémiques que suscite son gouvernement populiste. Le parti au pouvoir, Droit et justice (PiS), dont le discours prône " la Pologne d'abord ", est mal placé pour défendre l'ordre multipolaire dont dépend le consensus climatique. Jan Szyszko, le ministre de l'Environnement qui présidera les pourparlers, doute que le changement climatique soit lié aux activités humaines. La passion avouée du PiS pour le charbon n'est pas non plus compatible avec les objectifs du traité de Paris. Les optimistes espèrent que de véritables avancées pourront être négociées malgré les défauts des hôtes polonais, peut-être même avant le sommet. Une série d'assemblées sur le climat aura lieu d'ici à la fin 2018. Le rendez-vous le plus intéressant sera sans doute celui prévu en septembre 2018 par Jerry Brown, le gouverneur résolument écologiste de Californie : il s'adresse d'abord aux Etats américains, mais les villes, les entreprises et les étrangers qui sont sur la même longueur d'onde y sont aussi conviés. Toutefois, ceux qui espèrent endiguer le réchauffement seront probablement déçus. Les festivités onusiennes concerneront surtout les aides financières à accorder aux pays pauvres les plus touchés par le changement climatique, plutôt que la réduction des températures mondiales. L'initiative de Jerry Brown, bien que louable, est une forme de dialogue qui n'a jamais été testée. Quoi qu'il en soit, les grandes décisions politiques sont toujours prises quelques heures avant la clôture des grands rassemblements des Nations unies. Tous ces éléments laissent augurer des retards dans le calendrier prévu à Paris en 2015, qui envisageait des normes communes pour 2018, des " contributions nationales " plus ambitieuses en 2020 et un bilan tous les cinq ans à partir de 2023 pour évaluer les avancées. Dans l'état actuel des choses, le premier objectif sera mis de côté durant au moins un an, retardant d'autant les deux points suivants. La Terre, pendant ce temps, continue de se réchauffer.Par Jan Piotrowski.