Au petit jeu de qui dégainera l'artillerie le plus vite et le plus fort, la palme revient à la N-VA de Bart De Wever. Elle a opéré en deux temps. D'abord en ramenant le débat communautaire au coeur de la campagne, avec un nouvel appel à une évolution vers une Belgique confédérale. Ensuite, en annonçant que Bart De Wever briguerait la présidence du gouvernement flamand et Jan Jambon le poste de Premier ministre.
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Au petit jeu de qui dégainera l'artillerie le plus vite et le plus fort, la palme revient à la N-VA de Bart De Wever. Elle a opéré en deux temps. D'abord en ramenant le débat communautaire au coeur de la campagne, avec un nouvel appel à une évolution vers une Belgique confédérale. Ensuite, en annonçant que Bart De Wever briguerait la présidence du gouvernement flamand et Jan Jambon le poste de Premier ministre. L'essentiel dans cette séquence, c'est ce dernier point. Pour la première fois, le parti nationaliste marque un intérêt pour le " 16 ", ce prestigieux gouvernail de la politique fédérale. Pourquoi diable lorgner aujourd'hui un poste qu'on avait habilement laissé à Charles Michel il y a quatre ans ? Parce que, entretemps, la N-VA a fait chuter la coalition suédoise. Ce faisant, elle a entaillé douloureusement ses relations avec son unique allié francophone, ce qui laisse planer un doute quant à sa capacité à transformer un succès électoral en une fructueuse négociation gouvernementale (au niveau fédéral s'entend). Hier, la N-VA pouvait se profiler comme " la force du changement " ; demain, elle risque d'être perçue comme " le parti du chaos ", celui dont le succès électoral plongerait le pays dans d'interminables affaires courantes. De quoi faire douter certains électeurs, en particulier au sein du monde entrepreneurial flamand, très demandeur de nouvelles réformes socio-économiques et qui avait massivement voté N-VA en 2014. Alors, les nationalistes sortent la carte Jan Jambon, leur mandataire le plus fréquentable aux yeux des francophones (il a, dit-on, tissé de réels liens d'amitié avec Charles Michel et d'autres ministres). Avec lui comme figure de proue, ils se disent prêts à " prendre leurs responsabilités " et à tenter de réunir une majorité. La ficelle fonctionnera-t-elle ? Cela dépendra notamment de la vigueur avec laquelle ses adversaires s'y attaqueront, ce qu'ils n'avaient pas osé faire en 2014. Cette fois, le CD&V semble prêt à en découdre, son président Wouter Beke évoquant par exemple le spectre d'un " shutdown belge à la Trump " en cas de victoire nationaliste. La bataille s'annonce rude, la N-VA abat dès lors deux autres atouts. Le premier, c'est la candidature de Bart De Wever à la présidence du gouvernement flamand. Un geste fort, destiné à marquer un ordre de priorités, un peu comme Guy Spitaels rejoignant l'Elysette en 1992 (la comparaison ne réjouira pas tout le monde). Bart De Wever prend le risque de renier son engagement de rester bourgmestre d'Anvers afin de se rendre incontournable à la Région. Car il sait que le moindre tassement peut être fatal à la N-VA, qui pourrait être contournée par une coalition jamaïcaine (libéraux, sociaux-chrétiens et écologistes), souvent évoquée au nord du pays. Le second atout, c'est l'arsenal communautaire, toujours utile pour flatter une frange de l'électorat flamand. Bart De Wever a donc ressorti l'objectif du confédéralisme, mis en berne durant les quatre années du gouvernement Michel. Officiellement, tous les autres partis rejettent le débat confédéral. Avec parfois d'étonnants arguments : quand Elio Di Rupo confie que la Wallonie a absolument besoin des 5 milliards de transferts de la sécurité sociale fédérale, il sert au moins autant la cause de Bart De Wever que la sienne. Dans les prochaines semaines, nous allons donc reparler de confédéralisme. Mais aussi de la réforme fiscale ressortie du placard par le MR ou de la gratuité des services (en l'occurrence des visites chez le médecin et le dentiste) ressortie par le PS. En gros, chacun ressort les mêmes thèmes qu'en 2014. Comme si le monde n'avait pas évolué depuis.