Les communiqués triomphants, nous les voyons défiler depuis des mois maintenant : le chômage recule dans les trois Régions du pays. Et même assez nettement, Bruxelles affichant ainsi une baisse de 20 % en cinq ans. La tendance touche toutes les catégories de population, quels que soient le genre, l'âge ou le niveau de qualification. Nous avons toutefois relevé une exception dans les dernières statistiques concernant le mois de décembre : entre décembre 2018 et décembre 2019, on note une augmentation du nombre de demandeurs d'emploi ayant une courte durée d'inoccupation (moins d'un an et, plus encore, moins de six mois de chômage) à Bruxelles et en Wallonie. Etonnant car il s'agit, a priori, des personnes les plus employables, celles qui ne se sont pas enlisées dans un chômage de longue durée. Pourquoi, dès lors, sont-elles soudain les seules à voir leurs rangs grossir ?
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Les communiqués triomphants, nous les voyons défiler depuis des mois maintenant : le chômage recule dans les trois Régions du pays. Et même assez nettement, Bruxelles affichant ainsi une baisse de 20 % en cinq ans. La tendance touche toutes les catégories de population, quels que soient le genre, l'âge ou le niveau de qualification. Nous avons toutefois relevé une exception dans les dernières statistiques concernant le mois de décembre : entre décembre 2018 et décembre 2019, on note une augmentation du nombre de demandeurs d'emploi ayant une courte durée d'inoccupation (moins d'un an et, plus encore, moins de six mois de chômage) à Bruxelles et en Wallonie. Etonnant car il s'agit, a priori, des personnes les plus employables, celles qui ne se sont pas enlisées dans un chômage de longue durée. Pourquoi, dès lors, sont-elles soudain les seules à voir leurs rangs grossir ? Une lecture optimiste pourrait y voir l'amorce d'une évolution vers un chômage moins structurel, qui ressemblerait plus à un sas temporaire entre deux emplois. " Les jeunes diplômés quittent plus facilement un job qui ne leur plaît pas ou pas totalement, pointe l'économiste Jean Hindrikx (UCLouvain). C'est un phénomène nouveau dans les ressources humaines, il faudra en tenir compte mais je pense qu'il est trop tôt pour que cela se marque dans les statistiques. " Les organismes régionaux en matière d'emploi restent aussi très prudents quant à l'interprétation de ces données. La hausse du chômage de courte durée s'est surtout accentuée au cours du dernier trimestre et l'on manque donc de recul pour se prononcer sur sa durabilité. Actiris rappelle à ce propos que les fluctuations dans le chômage de très courte durée sont " fréquentes " et que celles constatées en 2019 demeurent " très en-deçà des hausses observées en 2008 ou en 2009 " lors de la crise financière. " Il est donc encore trop tôt pour parler d'une augmentation tendancielle du chômage de courte durée ", résume Actiris. On notera qu'en Flandre, on assiste au phénomène inverse : le chômage baisse de manière plus prononcée parmi les personnes inactives depuis moins d'un an que pour l'ensemble des demandeurs d'emploi. L'administratrice générale du Forem, Marie-Kristine Vanbockestal, ajoute à l'analyse un élément réglementaire : l'inscription obligatoire des bénéficiaires du revenu d'intégration sur les listes des demandeurs d'emploi inoccupés. " Cette mesure répond au besoin de simplification administrative et de meilleur suivi de ces personnes déjà fragilisées. De la sorte, elles restent dans nos radars, explique-t-elle. Mais elle a pour conséquence indirecte de gonfler le nombre de demandeurs d'emploi. " Ces inscriptions obligatoires via les CPAS ont augmenté de 17 % l'an dernier et elles représentent aujourd'hui les trois quarts des demandeurs d'emploi inoccupés depuis moins de six mois, précise Mme Vanbockestal. Elles constituent l'un des facteurs d'explication du ralentissement de la diminution du chômage en Wallonie, qui plafonnait à -2,6 % en 2019 contre près de 5 % les deux années précédentes. A l'autre bout de l'échelle, on soulignera aussi le fait que les demandeurs d'emploi âgés doivent désormais rester disponibles, et donc inscrits, jusqu'à 65 ans. De quoi alimenter mécaniquement les statistiques, même si - bonne nouvelle - le chômage de très longue durée et des personnes de plus de 50 ans continue de reculer. En Wallonie du moins. En Flandre et à Bruxelles, on constate en revanche une hausse du nombre de 50+ en recherche d'emploi. Cette hausse provient en réalité des personnes de plus de 60 ans (+18 % à Bruxelles et +25 % en Flandre, la Wallonie ne publie pas de chiffres spécifiques pour les 60+) en raison, bien entendu, de la fin de la dispense d'inscription. Le ralentissement de la baisse du chômage provient aussi de la conjoncture, avec une croissance qui se tasse en 2019. " Quand l'économie repart, les entreprises commencent par recourir aux heures supplémentaires, puis à l'intérim avant de vraiment embaucher en CDD d'abord et, si tout va bien, en CDI, rappelle Philippe Defeyt (Institut pour un développement durable). Quand l'économie ralentit, c'est l'inverse. C'est peut-être cela que nous voyons déjà dans les dernières statistiques de demandes d'emploi. " Les chiffres n'en affichent pas moins une tendance à la baisse du chômage dans notre pays : 93.000 demandeurs d'emploi en moins entre décembre 2015 et 2019 (14.000 de moins au cours de l'année dernière). Avec ce paradoxe qui veut que plus de la moitié de ce volume provienne de la Flandre, Région qui affichait pourtant déjà de loin le taux d'emploi le plus élevé. Sur la période 2015-2019, les diminutions se sont élevées à 31.000 unités en Wallonie et à 12.000 à Bruxelles (qui passe sous la barre des 90.000 demandeurs d'emploi pour la première fois depuis 2003). Dans la capitale, on se réjouit surtout de l'évolution du chômage des jeunes qui a été quasiment réduit de moitié en deux législatures. D'où cette singularité : les moins de 25 ans représentent désormais 10 % des demandeurs d'emploi bruxellois, soit la moitié de la proportion affichée en Wallonie et en Flandre. Le patron d'Actiris, Grégor Chapelle, y voit le fruit des " politiques ciblées " mises en oeuvre par la Région . " Avec la garantie jeunes, nous offrons une solution à près de 90 % des jeunes chercheurs d'emploi concernés par cette mesure, dit-il. Notre souhait le plus cher pour 2020 serait de pouvoir offrir encore plus de solutions à toutes les catégories de chercheurs d'emploi. Je pense notamment aux chercheurs d'emploi pour qui le chômage de longue durée et/ou l'origine étrangère reste malheureusement un frein dans leur recherche d'emploi. " En Wallonie, l'évolution démographique doit a priori réduire le volume de jeunes demandeurs d'emploi (39.000 ont moins de 25 ans). Le défi est, ici, l'adéquation entre le profil des nouveaux arrivés sur le marché et les attentes des entreprises. La proportion d'offres d'emploi non satisfaites a bondi de 5 à 13 % entre 2017 et 2018, tandis que le nombre de fonctions considérées comme " critiques " ou " en pénurie " grimpait de 83 à 100. Ce phénomène, très souvent soulevé par l'Union wallonne des entreprises, relève à la fois de déficits de formation et de manque d'attractivité de certains métiers, notamment techniques. " Les métiers en pénurie sont la conséquence économique d'un problème culturel et éducatif, résume Marie-Kristine Vanbockestal. C'est très complexe à résoudre. Faudrait-il être plus directif dans l'orientation des jeunes ? La réponse est presque d'ordre philosophique : avons-nous envie ou pas d'une société où le jeune n'a plus le choix de sa voie professionnelle ? " Entre la liberté totale et l'apprentissage obligé, il existe heureusement des voies médianes avec l'accompagnement, les incitants du programme " coup de poing " (une prime de 350 euros) ou l'information sur les conditions de travail réelles. " La pénibilité perçue de certains métiers est parfois dépassée, conclut la patronne du Forem. Dans la construction, par exemple, les appareils de levage rendent les manipulations de matériaux moins pénibles qu'auparavant. "