Pendant son troisième mandat présidentiel, entre 2012 et 2018, Poutine est entré au panthéon russe. Avec l'annexion de la Crimée en 2014, il a cessé d'être un président terrestre pour devenir un symbole du retour de la Russie sur la scène mondiale. Sa cote de popularité a dépassé les 80 % et s'est maintenue à ce niveau, malgré une forte récession. Fin 2016, un sondeur du Kremlin a déclaré à The Economist que le président russe était devenu " un leader prométhéen : un demi-dieu, un titan qui a donné le feu au peuple ".
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Pendant son troisième mandat présidentiel, entre 2012 et 2018, Poutine est entré au panthéon russe. Avec l'annexion de la Crimée en 2014, il a cessé d'être un président terrestre pour devenir un symbole du retour de la Russie sur la scène mondiale. Sa cote de popularité a dépassé les 80 % et s'est maintenue à ce niveau, malgré une forte récession. Fin 2016, un sondeur du Kremlin a déclaré à The Economist que le président russe était devenu " un leader prométhéen : un demi-dieu, un titan qui a donné le feu au peuple ". En 2019, alors que son quatrième mandat sera déjà bien entamé, Poutine va revenir parmi les mortels. La grandeur de la stratégie géopolitique va laisser place aux dures réalités du quotidien : économie en berne et problèmes sociaux grandissants. La métamorphose inverse a commencé. Même si la cote de popularité ne mesure qu'imparfaitement le véritable soutien dont bénéficie Poutine, compte tenu de sa mainmise sur les médias nationaux et son élimination de toute opposition politique, l'évolution de la courbe n'en est pas moins révélatrice. Il caracolait à 82 % juste après sa réélection en mars 2018, puis est tombé à 67 % en septembre, son plus faible score depuis l'annexion de la Crimée. Sa cote de confiance a également baissé cette année, passant de 60 % au début de 2018 à 39 % en septembre. La cause immédiate de ce recul est la proposition du gouvernement de relever l'âge de la retraite - de 60 à 65 ans pour les hommes et de 55 à 63 ans pour les femmes. Espérant éviter le mécontentement de la population, le Kremlin a tenté de tenir Poutine à l'écart de la décision et le président est même intervenu pour décréter que les retraites des femmes devraient démarrer à 60 ans, mais sans grand résultat. La grogne s'est exprimée par des manifestations, puis dans les urnes à l'automne 2018 : dans quatre régions, les candidats du parti au pouvoir, soutenus par le Kremlin, ont perdu les élections aux postes de gouverneurs au profit d'opposants. Un raté sans précédent pour la " démocratie dirigée " de la Russie. En 2019, avec la mise en place progressive de la réforme, le malaise va s'aggraver. L'économie russe va stagner, le taux de croissance du PIB étant inférieur à 2 %. Les retombées de l'empoisonnement de Sergueï Skripal en Grande-Bretagne vont encore se faire sentir, tandis que l'enquête de Robert Mueller sur l'ingérence russe dans les élections américaines de 2016 va progresser. Dans le même temps, les sanctions occidentales accrues contre la Russie vont exercer une pression à la baisse sur le rouble et gêner les investissements. Par le passé, pratiquer l'aventurisme hors des frontières et brandir le spectre des ennemis à l'étranger a permis à Vladimir Poutine de raffermir le soutien de la population. L'euphorie née de l'annexion de la Crimée est retombée. Les Russes en ont assez d'entendre parler de la guerre en Syrie. La plupart des gens veulent que leurs dirigeants se concentrent sur les problèmes intérieurs. Le Kremlin pourrait au lieu de cela être tenté de lancer des campagnes contre la " cinquième colonne " dans le pays. La répression contre de jeunes militants et les utilisateurs de réseaux sociaux, qui a pris de l'ampleur en 2018, pourrait s'intensifier encore davantage. Parallèlement, le Kremlin va commencer à préparer l'après-Poutine. En 2024, le président russe va devoir décider s'il veut modifier la Constitution afin de rester aux commandes, et dans le cas contraire désigner son successeur. Par Noah Sneider.