Cette situation se présente pourtant dans le cadre d'un budget qui prévoyait, comme tous les autres de la législature, des augmentations de dépenses et de recettes fiscales. Sur la législature, le gouvernement prévoyait lui-même 41 milliards d'euros d'impôts supplémentaires par rapport au belastingregering, le "gouvernement des impôts" qui l'a précédé. Le budget prévoyait déjà des dépenses publiques dépassant de loin la moitié du PIB, et des recettes en hausse, proches des 50 % du PIB.
...

Cette situation se présente pourtant dans le cadre d'un budget qui prévoyait, comme tous les autres de la législature, des augmentations de dépenses et de recettes fiscales. Sur la législature, le gouvernement prévoyait lui-même 41 milliards d'euros d'impôts supplémentaires par rapport au belastingregering, le "gouvernement des impôts" qui l'a précédé. Le budget prévoyait déjà des dépenses publiques dépassant de loin la moitié du PIB, et des recettes en hausse, proches des 50 % du PIB.Certes, il y a sans doute des erreurs d'évaluation de la part de l'administration des finances. Celle-ci utilise, comme toutes les administrations publiques prises en défaut, l'argument du "manque de moyens", alors qu'elle dispose d'une armée de fonctionnaires, quantitativement la plus nombreuse du monde par habitant.Mais bien sûr prévoir les effets d'une augmentation d'impôt est toujours difficile. Lorsqu' on augmente une taxe de 20 %, les recettes n'augmentent jamais de 20 % parce que les contribuables n'acceptent en général pas le rôle de moutons destinés à se laisser tondre passivement. Ils réagissent, soit en fraudant soit en s'abstenant, soit en utilisant des méthodes légales pour échapper à l'impôt.C'est ainsi que de nombreux Belges achètent aujourd'hui des alcools à l'étranger parce qu'on a augmenté la taxation de ceux vendus en Belgique, avec comme conséquence que l'augmentation de la taxe entraîne... une baisse des recettes. Il en est de même de la taxe sur la spéculation, qui ne rapporte presque rien, mais incite à acheter moins d'actions, ou à le faire sous d'autres cieux, ce qui réduit les recettes de l'Etat pour la taxe sur les opérations de Bourse.Plus fondamentalement, le trou budgétaire devait fatalement arriver à cause de la politique choisie par le gouvernement. Celui-ci a prétendu, par le tax shift, réduire l'imposition des revenus du travail, certes dans une mesure limitée, mais il ne diminue en rien ni les charges de l'Etat, ni le rôle de celui-ci. Quoi qu'on en dise, les dépenses publiques, dans leur ensemble, ne diminuent absolument pas. En d'autres termes, la politique du gouvernement n'est pas de faire en sorte qu'il y ait "moins d'Etat" et donc moins de dépenses. Il ne fait que continuer la politique de son prédécesseur, et, explicitement, se borne à gérer l'Etat-Providence, pour le sauver, au lieu de le remettre en cause.Le gouvernement renonce à d'importantes recettes non fiscales en s'abstenant de vendre des entreprises publiques qui n'ont plus aucune raison d'être contrôlées par l'Etat. Il ne vise pas un vrai équilibre financier mais le respect formel de règles européennes.En ne vendant ni sa participation dans Proximus, ni celle dans BNP Paribas, ni Belfius, ni sa part dans bpost, il se prive volontairement de recettes. Il en est de même des infrastructures régionales (autoroutes, tunnels, etc.) qui pourraient être concédées au secteur privé, être entretenues convenablement, au prix de leurs utilisateurs et non des contribuables.L'Etat pourrait également s'épargner des dépenses considérables en faisant payer les transports publics par ceux qui les utilisent, et en privatisant tout ce qui, dans la sécurité sociale, ne relève pas de l'aide aux personnes les plus vulnérables.Il pourrait aussi cesser de réagir systématiquement, devant une crise imprévue, par une augmentation de dépenses. Lutter contre le terrorisme n'implique pas nécessairement d'engager de nouveaux policiers, alors que la Belgique figure déjà parmi les Etats disposant du nombre de policiers le plus important par habitant. Rien n'empêcherait de les réaffecter, de harceler un peu moins la population avec des contrôles routiers ou de freiner une lutte contre l'usage de drogue, pour affecter davantage de forces de l'ordre pour la sécurité des citoyens.Les trous budgétaires ne sont une fatalité que parce que ce gouvernement ne diffère en rien des précédents quant à son idéologie fondamentale, consistant à gérer un Etat qui ne cesse d'étendre son rôle et ses dépenses, de contrôler de plus en plus la vie des citoyens et de prendre les décisions à leur place. Comme le disait Ayn Rand, "la différence entre un Etat providence et un Etat totalitaire est une question de temps".