En 2011, les Nations unies décident de geler les avoirs libyens, soit environ 15 milliards d'euros dans notre pays, dont la grande partie se trouve chez Euroclear, la " banque des banques ".
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En 2011, les Nations unies décident de geler les avoirs libyens, soit environ 15 milliards d'euros dans notre pays, dont la grande partie se trouve chez Euroclear, la " banque des banques ". Quelques années plus tard, le prince Laurent, dont l'ASBL chargée de la reforestation en Libye cherche à recouvrer une créance de 48 millions d'euros, veut saisir ces avoirs. On s'aperçoit alors qu'une partie de ceux-ci se sont envolés. Plus spécialement, les revenus générés par ces avoirs gelés ont été débloqués avec l'assentiment des autorités belges et versés sur des comptes à Bahreïn, au Luxembourg et au Royaume-Uni. On parle quand même de dividendes et d'intérêts totalisant 300 millions par an depuis 2012... En août 2017, le député Ecolo Georges Gilkinet demande des explications au ministre des Finances Johan Van Overtveldt. Son cabinet répond qu'" une interprétation européenne (...) a spécifié à ce sujet que les intérêts des comptes gelés à la date du 16 septembre 2011 (...) peuvent être libérés ". Cette interprétation n'est cependant pas du tout celle des experts de l'Onu qui, en septembre dernier, indiquent clairement que la Belgique a commis une faute : " Le fait de mettre les intérêts et autres rémunérations à la libre dispo- sition de la Libyan Investment Authority ( le fonds souverain libyen, Ndlr) va à l'encontre du régime des sanctions ", soulignent-ils, s'inquiétant au passage de l'usage de cet argent. Car on soupçonne ces centaines de millions d'avoir alimenté la guerre civile dans le pays, ainsi que certaines activités criminelles. Les parlementaires ont donc demandé voici quelques jours à Marc Monbaliu, qui était alors l'administrateur général de la Trésorerie et qui a autorisé en octobre 2012 Euroclear à débloquer ces versements, de s'expliquer par écrit. Si ses réponses ne sont pas satisfaisantes, il devra s'exprimer devant la Commission des Finances de la Chambre. Les députés se réservent aussi le droit d'interroger ceux qui étaient alors ministre des Finances (Steven Vanackere) et des Affaires étrangères (Didier Reynders). Car, détail troublant, Laurent Arnauts, le conseil du prince Laurent, affirme que le chef de cabinet de Didier Reynders aurait fait pression en 2013 auprès de son bâtonnier pour que le Prince arrête de poursuivre l'Etat libyen. Cela afin d'aider les entreprises belges, elles aussi créditrices de la Libye, dans leur tentative de recouvrer l'argent de factures impayées. Et puis, certains s'interrogent aussi sur le comportement d'Euroclear. Le versement des intérêts des fonds gelés n'aurait-il pas dû, comme le stipulent les textes anti-blanchiment, être notifié à la CTIF (la cellule anti-blanchiment) ? A suivre, donc.