Pour l'UE, c'est à Londres de conjurer un Brexit sans accord

16/01/19 à 14:40 - Mise à jour à 15:09

Source: Afp

Le rejet cinglant de l'accord de Brexit à Londres ne changera rien à la position de l'UE, convaincue que seul un changement radical des "lignes rouges" tracées par les Britanniques lors des négociations pourra désormais éviter le chaos d'un divorce sans accord, selon des experts.

Pour l'UE, c'est à Londres de conjurer un Brexit sans accord

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Les réactions n'ont pas tardé à tomber dès mardi soir côté européen après le vote de la Chambre des communes: l'UE ne touchera plus au "traité de retrait" de près de 600 pages qui a été scellé entre les deux parties. Et il appartient désormais à Londres de sortir de l'impasse.

"Le danger pour l'UE d'essayer de sortir Theresa May de son trou est qu'il y aurait des semaines de discussions qui n'iraient nulle part et qui nous rapprocheraient encore du 29 mars", la date prévue du Brexit, observe Peter Kellner, chercheur invité à Carnegie Europe.

"La chose la plus utile que puisse dire Bruxelles c'est: 'vous devez vous décider'", poursuit-il dans un entretien avec l'AFP. "Si vous voulez sortir sans accord, on s'en accommodera, si vous voulez reconsidérer cela, l'organisation d'un nouveau référendum permettrait d'envisager" un report, dit-il.

Les Européens "ne vont pas accepter de revenir sur l'accord de retrait", abonde Andrew Duff, membre de l'European Policy Center (EPC).

"Mais ils sont certainement prêts, heureux même de rouvrir la déclaration politique" jointe au traité, et qui dessine les contours de la future relation commerciale que l'UE et le Royaume-Uni souhaitent bâtir à l'avenir, dit-il à l'AFP.

Cela impliquerait que la Première ministre britannique Theresa May revienne sur les "lignes rouges" qu'elle avait elle-mêmes tracées, sous la pression des partisans d'un Brexit le plus net possible.

Elle avait notamment exclu de respecter à l'avenir les conditions d'accès au marché unique européen, qui incluent notamment la libre circulation des personnes, et elle avait exigé de retrouver une liberté commerciale totale.

Brexit soft?

"Tant que ces lignes rouges ne bougent pas, c'est difficile de renégocier puisqu'il faut savoir ce que veulent les Britanniques", souligne Eric Maurice, représentant de la Fondation Robert Schuman à Bruxelles. Selon lui, le Royaume-Uni pâtit d'un "malentendu au départ", "parce que le Brexit n'y a jamais été expliqué" et que "forcément tout le monde est déçu" aujourd'hui.

S'il renonce à ses "lignes rouges", le Royaume-Uni pourrait viser une relation future sur le modèle de celle de l'UE avec la Norvège. "C'est l'idée d'envisager quelque chose qui soit beaucoup plus un Brexit soft, et qui puisse aller davantage dans le sens de la base du Labour", observe Elvire Fabry, chercheuse senior à l'Institut Delors.

Mais elle souligne que l'actuelle déclaration politique, telle qu'elle a été négociée par Londres et Bruxelles, donne déjà "la latitude nécessaire" pour une relation de ce type, dont la négociation ne commencera formellement qu'après le Brexit.

Et la base du Labour "a surtout rejeté l'accord de Brexit pour pouvoir amener la possibilité d'un second référendum", poursuit l'analyste, pour qui "il n'y a une majorité pour rien au Parlement britannique".

"Les possibilités se resserrent entre le scénario du +no deal+, qui de fait s'impose, et l'hypothèse d'un second référendum sachant que la main a été tendue côté européen", estime Mme Fabry, faisant notamment référence à un tweet du président du Conseil européen, Donald Tusk, qui n'est pas passé inaperçu mardi soir.

"Si un accord est impossible, et que personne ne veut un non-accord, alors qui aura finalement le courage de dire quelle est la seule solution positive ?", s'interrogeait-il dans ce message, interprété comme une invitation à un second référendum au Royaume-Uni, voire à un renoncement pur et simple au Brexit.

Quoi qu'il en soit, l'UE "a un intérêt immédiat dans une extension" de l'article 50, c'est-à-dire dans un report de la date du Brexit, estime Guntram Wolff, directeur du centre de réflexion Bruegel.