Non, Ayn Rand n'est pas très connue en Belgique, pas même au sein du MR " reconnaît Corentin de Salle, directeur scientifique du centre Jean Gol, proche du parti de Charles Michel. " Elle est admirée par les membres du parti libertarien, c'est-à-dire peu de monde. "
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Non, Ayn Rand n'est pas très connue en Belgique, pas même au sein du MR " reconnaît Corentin de Salle, directeur scientifique du centre Jean Gol, proche du parti de Charles Michel. " Elle est admirée par les membres du parti libertarien, c'est-à-dire peu de monde. " Ses idées sont assez proches du libéralisme. En mettant en avant l'importance de l'individu qui exerce sa liberté, de manière radicale, sans compromis, armé de sa seule raison. " Elle joue un rôle de poil à gratter " continue Corentin de Salle, qui n'adhère pas à toutes les idées d'Ayn Rand, mais la trouve intéressante à lire. " Je ne suis pas fondamentalement randien. Elle force à se poser des questions qu'on ne s'était pas posées. " La Belgique aurait-elle intéressé Ayn Rand ? " Pas sûr, car selon son approche, la Belgique relève de la social-démocratie, on y fait des compromis. " Pour Ayn Rand, les compromis sont des compromissions, des renoncements contraires à sa théorie de l'objectivisme, où l'homme se détermine par sa propre pensée, comme certains entrepreneurs puristes, comme Steve Jobs (Apple). Les romans d'Ayn Rand mettent en scène des individus qui se confrontent, ne font aucun compromis et qui défendent leurs idées. Et d'autres qui arrangent leurs idées pour mieux plaire. Dans The Fountainhead (La source vive), les héros sont des architectes. " L'un, très doué, Howard Roark, obtient un contrat pour construire un magnifique immeuble, mais la commission qui attribue le contrat demande des changements. Il refuse, perdra le contrat et préférera devenir ouvrier que de transiger sur son projet. " C'est l'archétype de l'homme libre, désigné par Ayn Rand comme de first hand, qui n'accepte pas de se laisser contraindre par quoi que ce soit, tandis que les hommes second hand sont des suiveurs. Comme cet autre architecte du roman Fountainhead, Peter Keating, moins créatif, mais très arriviste, qui fait une brillante carrière conformiste. Un fervent de la pensée d'Ayn Rand est l'avocat et fiscaliste Thierry Afschrift. " C'est l'auteur que je cite le plus " dit-il. Il adhère à une des affirmations d'Ayn Rand qui avance qu'aucun impôt ne devrait être contraint, mais versé volontairement (lire l'encadré "Pensées brutes" plus bas). " C'est ce que l'on disait au moment où avait été rédigée la Constitution américaine. Notez que le mot 'impôt', en soi, est clair : la taxe nous est imposée ", continue l'avocat. Thierry Afschrift a publié voici peu un ouvrage aux éditions Les Belles Lettres (le même éditeur que les ouvrages d'Ayn Rand en français), La tyrannie de la redistribution (1), où l'on retrouve des idées en résonance avec celles de la romancière et essayiste américaine. Il remet en cause les mécanismes de redistribution à l'oeuvre dans la société. " L'Etat s'approprie la moitié de la richesse que les individus et les entreprises ont créée et il en dépense un peu plus, écrit-il. Et la quasi-totalité de ces énormes recettes, l'Etat les obtient par la force : les impôts et les cotisations sociales sont perçus sous menace de sanction. " Comme Ayn Rand, Thierry Afchrift conteste le principe mis en avant pour organiser la redistribution, la solidarité au nom de l'intérêt général. Ce mécanisme peu contesté procède pour lui d'une idéologie, le solidarisme, qui va plus loin que l'idée de financer les situations d'urgence et de nécessité. " Il se fonde sur l'idée que l'individu ne s'appartient pas, qu'il fait partie d'un tout, écrit Thierry Afschrift. Un membre d'une association dont, dès sa naissance, il est débiteur, l'obligé... " Tout l'inverse de l'approche objectiviste d'Ayn Rand, qui postule que " l'homme - chaque homme - est une fin pour lui-même, non un moyen pour les autres ", a- t-elle écrit dans le Los Angeles Times en 1962, dans une chronique définissant l'objectivisme. Thierry Afschrift estime que la solidarisme est un abus, sans rejeter l'idée de solidarité en tant que telle. " Je crois à la solidarité individuelle, l'intérêt général est une vue de l'esprit ", explique-t-il. Y a-t-il, en Belgique, des politiques inspirés ou proches des idées d'Ayn Rand ? " Naguère, peut-être, Guy Verhofstadt, lorsqu'il était surnommé Baby Thatcher, dans les années 1980, avance Thierry Afschrift. Depuis lors, il a compris que pour obtenir des places, il fallait montrer d'autres idées. Aujourd'hui il est devenu étatiste, au niveau européen, ce qui est pire. " Le monde francophone est-il imperméable aux idées et aux livres d'Ayn Rand ? " Elle n'est pas connue chez nous, bien que ses livres se soient vendus à plus de 14 millions d'exemplaires, continue Thierry Afschrift. Il a fallu attendre 2013 pour la traduction de La Grève, publiée en 1957 aux Etats-Unis. " Est-ce en raison d'une pensée trop radicale, trop antiétatique, dans des pays où les pouvoirs publics sont très importants ? Pas sûr. " Ayn Rand admettait l'existence de l'Etat, même sous une forme minimaliste, alors que d'autres libertariens comme Murray Rothbard le supprimaient entièrement. " Que certains penseurs connus aux Etats-Unis soient ignorés chez nous ne surprend guère Thierry Afschrift. " C'est aussi le cas de l'économiste Frédéric Bastiat, qui est pourtant français ! Il a écrit La Loi, qui s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires aux Etats-Unis, il est inconnu en France et en Belgique " Frédéric Bastiat, économiste et politique du 19e siècle, favorable au libre-échange, avait écrit : " L'Etat, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde ". (1) Thierry Afschrift, "La tyrannie de la redistribution ", éditions Les Belles Lettres, 96 p., 9 euros.