Présentant les perspectives économiques de l'OCDE voici quelques jours, la cheffe économique de l'institution, Laurence Boone, estimait que "de nombreuses leçons n'ont pas été tirées des expériences récentes". "Penser à court terme ne suffit plus, a-t-elle déclaré. Nous dépensons des milliards pour soutenir nos économies, mais nous ne parvenons pas à vacciner le monde entier. Nous ne saisissons toujours pas pleinement l'occasion de mettre en oeuvre des changements en matière d'éducation, de santé, de climat et d'utilisation de l'argent public." Et elle concluait: "Le monde ne s'améliore pas vraiment".
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Présentant les perspectives économiques de l'OCDE voici quelques jours, la cheffe économique de l'institution, Laurence Boone, estimait que "de nombreuses leçons n'ont pas été tirées des expériences récentes". "Penser à court terme ne suffit plus, a-t-elle déclaré. Nous dépensons des milliards pour soutenir nos économies, mais nous ne parvenons pas à vacciner le monde entier. Nous ne saisissons toujours pas pleinement l'occasion de mettre en oeuvre des changements en matière d'éducation, de santé, de climat et d'utilisation de l'argent public." Et elle concluait: "Le monde ne s'améliore pas vraiment". Chaque crise suscite son lot d'espoirs. Celle-ci comme les précédentes. Souvenez-vous de la grande crise financière de 2008. Que de fois, alors, n'avons-nous pas entendu: "plus jamais ça". Pourtant, après les premières intentions fortes exprimées lors du G8 et du G20, on a vu s'étioler les volontés de réformes et gonfler à nouveau les bulles financières. De même aujourd'hui, que de fois n'avons-nous pas entendu que "le monde d'avant" avait vécu. Qu'il fallait bâtir le "monde d'après". Et pourtant, Laurence Boone a raison: nous continuons à agir comme avant. Chez nous (on ne va pas parler du dernier Codeco pour ne pas s'énerver...), à chaque poussée du virus, nous prenons des demi-mesures qui n'apportent que des quarts de résultat. Le problème n'est pas circonscrit à la petite Belgique. Nous savons que tant que la planète ne sera pas vaccinée - et cela coûterait 50 milliards de dollars, ce qui n'est qu'une fraction de ce qui a été dépensé pour soutenir nos économies ces deux dernières années -, les variants proliféreront. Qu'attendons-nous pour envoyer des centaines de millions de doses en Afrique et en Amérique latine? Après tout, si la rougeole, la variole, le tétanos, la polio ont été éradiqués (ou presque: la rougeole provoque encore 200.000 décès par an), c'est parce que l'on a rendu le vaccin quasiment obligatoire dans de très nombreux pays. Nous savons que le grand défi des générations futures est la formation. Qu'attendons-nous pour mettre le paquet dans ce domaine? Nous savons que notre système de soins de santé est trop fragile. Qu'attendons-nous pour remettre à plat ce que nous payons, les salaires des infirmières, les charges de travail des médecins, les efforts de prévention... Nous savons que le changement climatique nécessite une profonde transformation et l'injection de milliers de milliards de dollars (3.000 milliards par an d'ici 2030 au niveau mondial), et que les pouvoirs publics doivent donner l'impulsion en bâtissant de nouvelles infrastructures qui vont donner confiance aux investisseurs privés. Laurence Boone a donc raison de s'inquiéter et de rappeler que "penser à court terme ne suffit plus". Mais on sera pourtant un peu plus optimiste qu'elle. Oui, le monde s'améliore doucement, et de difficiles mesures de long terme peuvent être prises. Vous ne le croyez pas? Regardez l'union bancaire: vous savez, ce projet lancé en 2012 pour éviter qu'une crise ne mette le système financier européen par terre. La crise de l'euro en 2010-2012 avait montré que sans un système réellement européen de garantie des dépôts, l'argent des épargnants allait naturellement se réfugier en cas de crise dans les banques des pays les plus sûrs. L'épargnant grec a mis ses avoirs dans les banques allemandes, accentuant encore la crise de son pays. Pendant plus de 10 ans, l'Allemagne a refusé l'idée de créer un fonds réellement européen de garantie des dépôts. Elle vient finalement d'accepter d'en discuter. Vous voyez, le monde s'améliore. Mais lentement, tellement lentement.