"Demain chacun de vous aura plus de pouvoir que tous les ministres de l'Ecologie réunis. Demain chacun de vous sera libre de voter contre la ratification du Ceta et exiger ainsi la réouverture des négociations", a écrit Nicolas Hulot dans une lettre ouverte publiée lundi, à la veille du vote à l'Assemblée nationale.

Après avoir mis en cause récemment le libre-échange comme facteur du dérèglement climatique, le militant écologiste s'inquiète des normes et de la remise en cause du principe de précaution dans le cadre de cet accord controversé, qui a déjà donné lieu à de vifs débats entre députés.

Perturbateurs endocriniens, pesticides et autres substances cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques pourraient faire leur entrée en Europe via cet accord commercial qui doit supprimer les droits de douanes sur 98% des produits échangés entre les deux zones.

"Le gouvernement a dû finalement reconnaître que les normes qui s'appliquent sur le sol européen et celles qui s'appliquent à l'importation ne sont pas les mêmes en matière sanitaire et phytosanitaire", souligne l'ancien ministre, qui avait quitté le gouvernement l'an dernier pour protester contre son manque d'implication dans la défense de l'Environnement.

"Pour permettre l'accès au marché intérieur européen à des produits canadiens, la Commission européenne (qui a négocié l'accord au nom de l'UE) a commencé à relever nos limites maximales de résidus autorisées pour certaines substances et produits", souligne-t-il, voyant dans cet accord une porte ouverte aux lobbys.

"Quand nous interdisons des substances dangereuses en France (...), nous portons plus largement atteinte aux intérêts de BASF, Bayer-Monsanto, Syngenta, Dow Chemicals etc. (...). Ce sont ces firmes qui font pression pour que l'Europe abandonne son approche unique au monde, qui considère que les substances les plus toxiques doivent être interdites sans autres considérations que leur danger intrinsèque", écrit-il.

"L'Union européenne doit aujourd'hui faire évoluer sa doctrine de tolérance à l'importation pour aller vers une logique de tolérance zéro résidu pour les substances les plus dangereuses", conclut M. Hulot.