Et ce manque flagrant de diligence se présente dans un domaine symbolique. Lorsqu'on tente de justifier l'existence des impôts, on recourt habituellement à ce cliché qu'il faut bien que l'Etat dispose de fonds pour entretenir les routes. Nous voyons aujourd'hui qu'il existe un pays, la Belgique, et une région, Bruxelles, qui figurent parmi les lieux les plus taxés au monde et où des infrastructures routières essentielles sont inutilisables.
...

Et ce manque flagrant de diligence se présente dans un domaine symbolique. Lorsqu'on tente de justifier l'existence des impôts, on recourt habituellement à ce cliché qu'il faut bien que l'Etat dispose de fonds pour entretenir les routes. Nous voyons aujourd'hui qu'il existe un pays, la Belgique, et une région, Bruxelles, qui figurent parmi les lieux les plus taxés au monde et où des infrastructures routières essentielles sont inutilisables. Lorsque des services dits publics ne fonctionnent pas correctement, leurs dirigeants tentent systématiquement de justifier leurs carences en invoquant le "manque de moyens". L'argument manque toujours de crédibilité dans un pays où l'Etat et ses subdivisions dépensent plus de la moitié de tout ce que les citoyens gagnent. Mais, s'il est un domaine où l'on ne peut vraiment jamais parler de budgets insuffisants, c'est bien celui des routes. Selon une étude de 2013 menée par la Febiac et PwC, les recettes publiques liées à la mobilité représentent 12 milliards par an, et elles proviennent essentiellement des automobilistes : taxe de circulation, de mise en circulation, accises sur les carburants, TVA sur les voitures, les carburants, les réparations et pièces, taxes sur les assurances, amendes de roulage, etc. Or, de ces 12 milliards, 6 milliards ne sont pas réaffectés à la mobilité, et sur les 6 milliards restants, 5 profitent aux transports en commun, qui représentent 10 % de la mobilité et un seul milliard aux routes, qui représentent 90 % des distances parcourues. Si la circulation dans la capitale de l'Europe est devenue chaotique, avec toutes les conséquences humaines et économiques que cela implique, ce n'est pas parce que les fonds disponibles pour entretenir un réseau convenable manquaient, c'est parce que des gouvernements ont choisi de les affecter à d'autres choses.C'est leur rôle en tant qu'autorités publiques de faire ces choix, avalisés par des majorités parlementaires qui votent les budgets. Mais il faut aussi en assumer la responsabilité et cesser de cacher que ce sont leurs choix politiques qui ont entraîné le désastre d'aujourd'hui. Les grandes envolées au sujet du prétendu "développement durable", la priorité donnée à un RER qui n'est nulle part, les subsides et dépenses diverses sont sans doute plus rentables sur le plan électoral que des travaux d'entretien, qui ne donnent à personne l'impression qu'il reçoit quelque chose du gouvernement et qu'il n'est, à la différence d'édifices publics nouveaux, même pas possible d'inaugurer avec fracas. Il est intéressant d'entendre qu'à présent certains ministres inertes pendant des années prônent le recours aux péages. Il y a assurément une certaine logique à faire payer les services, y compris les tunnels, par ceux qui les utilisent, plutôt que par les contribuables. C'est l'occasion de rappeler qu'aucun service public n'est jamais gratuit : ils ont un coût et celui-ci, s'il n'est pas supporté par les utilisateurs, l'est par ceux qui paient les impôts. On peut défendre l'idée qu'il serait plus équitable de faire payer en recourant aux péages l'utilisation des tunnels par tous ceux qui les empruntent, y compris ceux qui n'habitent pas la Région, et n'y paient donc pas la taxe de circulation. L'idée pourrait d'ailleurs être étendue à de nombreux autres services, et contribuerait à réduire le rôle de l'Etat. Elle présenterait en outre l'avantage que la gestion des tunnels, voire d'autres ouvrages routiers, pourrait être assurée par une entreprise privée, qui ne gérerait jamais le réseau routier aussi mal que l'a fait la Région. Aujourd'hui les automobilistes paient au moins 10 fois plus que le return qu'ils reçoivent des différents pouvoirs. Transformer des taxes en péages serait une bonne opération pour eux. Ne rêvons pas. Dans l'esprit de ceux qui proposent à présent un péage urbain, il ne s'agit bien sûr pas de substituer celui-ci aux taxes existantes, mais de l'y ajouter, c'est-à-dire d'encore et toujours augmenter les recettes publiques.