En quelques semaines, l'OCDE, le club des pays riches, a pratiquement divisé par deux ses prédictions pour cette année. L'organisation ne table plus que sur 1% de croissance dans la zone euro cette année, contre 1,8% précédemment. Dans la foulée, la Banque centrale européenne (BCE) a aussi revu ses chiffres, annonçant une croissance réduite à 1,1%, contre 1,7%. Et encore, il semble qu'au sein même de l'institution, certains trouvent ces chiffres trop optimistes !
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En quelques semaines, l'OCDE, le club des pays riches, a pratiquement divisé par deux ses prédictions pour cette année. L'organisation ne table plus que sur 1% de croissance dans la zone euro cette année, contre 1,8% précédemment. Dans la foulée, la Banque centrale européenne (BCE) a aussi revu ses chiffres, annonçant une croissance réduite à 1,1%, contre 1,7%. Et encore, il semble qu'au sein même de l'institution, certains trouvent ces chiffres trop optimistes ! La question peut paraître naïve, mais comment ces prévisions de croissance peuvent-elles être aussi fragiles ? D'autant que de tels errements statistiques ne sont pas rares. Avant la semaine dernière, la BCE avait déjà brutalement abaissé ses prévisions de croissance en décembre 2008, mars 2009 et juin 2009, en décembre 2012 et décembre 2014... Zsolt Darvas, économiste au think tank Bruegel, a eu la curiosité de passer en revue toute les prévisions d'inflation et de chômage de la BCE depuis 2013. Et le résultat n'est pas brillant. Systématiquement, la BCE a surestimé jusqu'ici l'évolution de l'inflation de base, laissant penser chaque fois que l'économie européenne allait se réchauffer et atteindre le niveau d'inflation souhaité par la BCE (proche de 2%). Systématiquement, les prévisions n'étaient pas atteintes, ce qui n'empêchait pas la BCE de, systématiquement, réémettre des prédictions optimistes quelques mois plus tard... C'est plutôt gênant pour une institution qui a pour seul objectif officiel de contrôler justement l'inflation. Comme le souligne Warren Buffett : " Dans le monde des affaires, le rétroviseur est hélas toujours plus clair que le pare-brise". Les économistes de la BCE ne sont pas les seuls à se mettre régulièrement le doigt dans l'oeil. C'est plutôt une pratique générale, tant dans les institutions officielles que dans les sociétés privées. Prakash Loungani, un expert du Fonds monétaire international, s'est fait une spécialité dans l'analyse des prévisions de ses petits camarades. Il est assez désabusé : " En économie, dit-il, les moments de récession ne sont pas rares. Ils représentent 10 à 15 % de la vie économique. Ce qui est rare, en revanche, ce sont les récessions annoncées à l'avance. " Entre 1992 et 2014, il a recensé 153 récessions dans 63 pays. Cinq seulement ont été annoncées quelques mois à l'avance. Il y a plusieurs explications à ces échecs. La première serait que le monde est décidément trop complexe pour être réduit à un modèle et pouvoir être prédit. " Les économistes qui prédisent la croissance mondiale dans un an à la décimale près montrent simplement qu'ils possèdent un grand sens de l'humour ", affirme un grand gestionnaire de fortune suisse. Les économistes ne sont pas non plus incités à prédire des récessions car ils risquent trop gros : s'ils ont raison, leur réputation n'est que légèrement rehaussée mais s'ils se t@rompent, leur crédit est fortement entamé. Et puis, les économistes savent que leurs prévisions ne sont pas neutres et peuvent être des prophéties auto-réalisatrices : si la BCE estime que l'Europe pourrait entrer en récession, ce simple énoncé favorise effectivement le ralentissement de l'économie. Pourtant, tout le monde (gouvernements, ménages, entreprises) a besoin d'avoir une idée, même sommaire, de l'état de santé de l'économie afin de poser des choix. Mais en ces temps que l'on sent troublés, il faut bien se rappeler à quoi servent les prévisions, comment on peut les utiliser et, surtout, quelles sont leurs limites. Le professeur à la London School of Economics Paul De Grauwe estime d'ailleurs que les économistes devraient se contenter de prédictions limitées, du genre : " voici comment réagirait l'économie en cas de hausse de l'impôt sur le revenu, toute chose restant égale par ailleurs ". C'est évidemment moins sexy. Mais plus honnête.