En matière de conjoncture, on observe assez naturellement un lien très fort entre la dynamique de l'activité et celle de l'emploi. Cette dernière évolue néanmoins avec un certain retard. Cela s'explique notamment par le fait que les entreprises n'ajustent pas directement leurs capacités aux fluctuations de l'activité. Dans un premier temps, elles considèrent celles-ci comme temporaires, ne nécessitant pas un tel ajustement. Mais si le choc s'avère durable, l'ajustement devient inévitable car les entreprises comprennent qu'elles ne rattraperont pas directement la perte d'activité. Dès lors, on peut déduire assez facilement, à partir d'un scénario sur la croissance économique, ce que sera l'évolution de l'emploi au cours des prochains trimestres. Sans oublier, bien entendu, que l'évolution de l'emploi a elle-même une influence sur l'activité économique : de lourdes pertes d'emplois entraînent une diminution du revenu ...

En matière de conjoncture, on observe assez naturellement un lien très fort entre la dynamique de l'activité et celle de l'emploi. Cette dernière évolue néanmoins avec un certain retard. Cela s'explique notamment par le fait que les entreprises n'ajustent pas directement leurs capacités aux fluctuations de l'activité. Dans un premier temps, elles considèrent celles-ci comme temporaires, ne nécessitant pas un tel ajustement. Mais si le choc s'avère durable, l'ajustement devient inévitable car les entreprises comprennent qu'elles ne rattraperont pas directement la perte d'activité. Dès lors, on peut déduire assez facilement, à partir d'un scénario sur la croissance économique, ce que sera l'évolution de l'emploi au cours des prochains trimestres. Sans oublier, bien entendu, que l'évolution de l'emploi a elle-même une influence sur l'activité économique : de lourdes pertes d'emplois entraînent une diminution du revenu des ménages et donc... de leur consommation, principale source d'activité. Si l'on suit ce raisonnement, partant d'un scénario d'une croissance affreuse au deuxième trimestre suivie d'une reprise lente de l'activité, les prévisions d'emplois sont forcément sombres. Tous les ingrédients sont en effet réunis pour une catastrophe sur le marché du travail : d'une part, un choc négatif énorme sur l'activité, et d'autre part, comme la pente risque d'être difficile à remonter, un manque d'activité au caractère permanent. On peut dès lors estimer qu'en suivant ce scénario et la relation " classique " entre activité et emploi, les pertes d'emplois pourraient dépasser les 120.000 unités, voire même 150.000 unités, pour l'économie belge. A titre de comparaison, durant la crise financière, 36.000 emplois avaient été perdus en l'espace de trois trimestres, et cela paraissait déjà énorme. On est ici en train de parler d'au moins trois fois ce nombre... Pour être complet, il faut ajouter aux pertes d'emplois les nouveaux entrants sur le marché du travail, ce qui fera fortement progresser le taux de chômage. A ce titre, on a déjà observé, dès le mois de mars, une forte augmentation du nombre de demandeurs d'emploi. En mai, ils étaient 8,5% de plus sur un an à l'échelle du pays. Un dernier espoir ? Dans le cas présent, la relation activité-emploi est peut-être, espérons-le, un peu plus complexe, compte tenu de la nature du choc. La question principale est de savoir quel sera l'effet sur l'emploi du choc temporaire, mais gigantesque, qu'a été le confinement lui-même. Il y aura évidemment des pertes d'emplois car des entreprises ne survivront pas à un tel choc, mais par définition, les entreprises savent qu'un confinement ne durera pas. Il serait donc étrange d'ajuster de manière permanente les capacités de production, et en particulier la main-d'oeuvre, à cette situation forcément exceptionnelle. Cela a encore moins de sens compte tenu de l'existence du chômage temporaire spécial Covid. En supposant qu'une deuxième vague de la pandémie ne contraint pas l'économie à de nouvelles mesures de confinement, on devrait dès lors voir, après l'été, le véritable visage de la crise et la perte permanente d'activité à laquelle les entreprises doivent s'attendre. Et au-delà des entreprises qui n'auront pas survécu, c'est probablement au regard de cette perte d'activité que les entreprises ajusteront leurs capacités. Imaginons, par exemple, qu'en deuxième partie d'année, le niveau d'activité soit encore 5% inférieur à ce qu'il était un an plus tôt. Ne serait-il dès lors pas logique de voir une évolution de l'emploi davantage similaire à ce qui avait été vécu à l'époque de la crise financière (puisque dans ce cas, la perte d'activité avait été de 4% environ) ? C'est évidemment un scénario plus optimiste pour l'emploi, qui montre aussi à quel point il est nécessaire d'aider les entreprises en difficulté en raison du confinement mais qui seraient capables de passer le cap malgré tout. C'est d'autant plus important que la dynamique d'emploi est très importante pour l'évolution de l'activité économique en 2021 et 2022. Il faudra donc être particulièrement attentif à celle-ci dans les prochains mois. Quels seront les dégâts directs du confinement ? Ces dégâts viendront s'ajouter aux inévitables pertes d'emplois engendrées par une économie durablement ralentie. Mais s'ils sont limités, la catastrophe annoncée sur le marché du travail pourrait être un peu moins grave qu'anticipé (elle sera grave malgré tout...). C'est tout ce que l'on peut espérer !