C'est à nouveau la dispute entre les Régions bruxelloise et flamande concernant Zaventem. La ministre bruxelloise de l'Environnement Céline Fremault (cdH) désire abandonner les seuils de tolérance pour les nuisances sonores. Ceux-ci autorisent aux avions de produire plus de bruit que ce que le règlement bruxellois permet, 9 décibels de plus en journée et six décibels la nuit.
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C'est à nouveau la dispute entre les Régions bruxelloise et flamande concernant Zaventem. La ministre bruxelloise de l'Environnement Céline Fremault (cdH) désire abandonner les seuils de tolérance pour les nuisances sonores. Ceux-ci autorisent aux avions de produire plus de bruit que ce que le règlement bruxellois permet, 9 décibels de plus en journée et six décibels la nuit.Mais en juin, les sociétés aériennes ont été briefées: c'en est terminé. Fremault désire appliquer strictement la loi à partir de l'année prochaine. Selon son cabinet, les sociétés aériennes ont reçu largement le temps ces dernières années pour la transition vers des appareils plus silencieux. Mais Arnaud Feist, le CEO du gestionnaire de Brussels Airport Company, prévoit de ce fait une multiplication par cinq du nombre d'amendes. "Un vol sur trois recevra une amende." Notamment lors d'une émission Terzake sur la VRT, Feist continue à taper sur le même clou. "La législation est kafkaïenne. Un pilote suit les directives qu'il a reçues de Belgocontrol, mais il reçoit tout de même une amende de la Région. Si le pilote désire éviter l'amende et qu'il ne suit pas les instructions de Belgocontrol, il peut perdre sa licence de vol. Les compagnies aériennes étrangères à Zaventem doivent expliquer à leur siège central qu'elles reçoivent des amendes parce qu'elles suivent les règles."Le nombre d'amendes que Feist a mentionnées semble élevé. En 2015, Zaventem comptait 239.000 mouvements d'avion. Selon Le Vif-L'Express, la Région bruxelloise a infligé 720 amendes depuis 2000, pour un montant total de 15 millions d'euros, dont 2 millions d'euros ont effectivement été payés. La ministre Fremault promet un meilleur suivi des amendes. Les compagnies aériennes combattent en outre les amendes sur le plan juridique.Le ministre de la Mobilité flamand Ben Weyts (N-Va) invoque un conflit d'intérêts. La mesure de la Région bruxelloise - le resserrement des normes de nuisance sonore - est de la sorte déjà reportée de soixante jours. L'affaire est maintenant portée devant le comité de concertation des gouvernements fédéral et régionaux. Weyts déclare que la Flandre subirait une nuisance de 7.000 vols supplémentaires du fait du changement à Bruxelles. Dans l'accord gouvernemental fédéral, il est fait mention de l'arrivée d'une loi aérienne fédérale. Elle devrait mettre fin au conflit concernant les routes aériennes. Les autorités fédérales reprendraient le dossier en main et ne donneraient plus une totale liberté aux Régions. Le ministre fédéral de la Mobilité François Bellot (MR) affirme que son cabinet prépare cette nouvelle loi aérienne en toute discrétion. Mais selon des critiques dans l'opposition et la majorité, Bellot gagne du temps. Cela fait déjà longtemps qu'il aurait dû y avoir une proposition d'une nouvelle loi aérienne. Les manoeuvres bruyantes ne sont également pas indépendantes des plans d'élargissement de l'exploitant de l'aéroport. Ces dernières semaines, celui-ci a dévoilé un plan d'avenir jusqu'en 2040. Zaventem pourrait croître jusqu'à 40 millions de passagers (2015 a été une année record avec 23,5 millions de passagers), ce qui représente 60.000 nouveaux emplois directs et indirects (un doublement). Brussels Airport Company promet aussi de faire des investissements pour 1 milliard d'euros dans les prochaines années.La Région de Bruxelles-Capitale se montre particulièrement frileuse concernant la croissance de l'aéroport. Le ministre de l'Economie et de l'Emploi Didier Gosuin (Défi) a fait savoir (dans un Terzake) que Zaventem n'est important que pour la Flandre. Il qualifie le déménagement de l'aéroport d'"inévitable", car celui-ci se trouverait trop près du centre-ville de Bruxelles. Et encore: "A peine un dixième des employés de l'aéroport sont des Bruxellois."Didier Gosuin (64) fait déjà partie du circuit politique bruxellois depuis des décennies et il est également le bourgmestre faisant fonction d'Auderghem depuis 1995. Le parti Défi est le successeur du FDF. Derrière l'attaque au sujet de l'aéroport, un agenda francophone pourrait donc également se cacher.Une récente étude du Voka discrédite les chiffres de Gosuin et indiquent l'intérêt de l'aéroport, aussi et certainement pour les Bruxellois. L'aéroport génère 3.000 emplois directs aux Bruxellois et 2.400 aux Wallons. C'est plus que l'emploi dans les aéroports lourdement subventionnés de Charleroi et de Liège réunis. Les 3.000 emplois bruxellois signifient 15% de l'ensemble des emplois directs à zaventem. C'est 50% plus que ce que Gosuin prétend.Ensuite, il y a encore les emplois indirects: l'aéroport représente 20.000 emplois directs et 40.000 emplois indirects. "La stabilité juridique pour Brussels Airport signifie aussi la stabilité pour les milliers d'emplois pour des Bruxellois", souligne le Voka. Deux grandes compagnies aériennes ont disparu ou ont sérieusement maigri. Saudia Cargo représentait encore 80.000 tonnes de fret en 2008, mais cesse maintenant complètement cette activité. Singapore Airlines Cargo a diminué de 95.000 tonnes en 2008 (alors le plus important transporteur) à 16.000 tonnes cette année. De ce fait, 790 emplois directs sont passés à la trappe. L'association des employeurs souligne l'intérêt d'une loi aérienne claire. Le Voka appelle les Régions et les autorités fédérales à la collaboration.Un des investisseurs encore intéressé par Zaventem est DHL. Il investira 114 millions d'euros au printemps prochain dans la rénovation du hub à l'aéroport. Cela représente 400 emplois directs et indirects selon l'étude du Voka. "Du fait du resserrement de la législation bruxelloise, le nombre d'amendes va significativement augmenter", soupire Koen Gouweloose, directeur général des hubs de DHL au Benelux et en France, et président de l'association des compagnies aériennes à Zaventem, Belgian Air Transport Association (BATA). "Mais je n'ai pas connaissance de compagnie aérienne qui aurait, maintenant déjà, réduit ses activités suite à cette décision. Ou d'entreprises qui planifient de le faire si le resserrement de la législation bruxelloise entre en vigueur", dit Gouweloose.