Dans la Belgique administrative, les mutuelles jouent un rôle d'organisme de paiement entre l'Inami (la branche " soins de santé " de la sécurité sociale) et les citoyens. Elles reçoivent, pour ce faire, une intervention de l'Etat dans leurs frais de gestion. Celle-ci s'élevait l'an dernier à 1,053 milliard d'euros. Ce montant chatouille un peu la ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD). Elle avait déjà légèrement raboté l'enveloppe, s'inscrivant en cela dans la droite ligne de ses prédécesseurs : depuis 2002, ces frais administratifs ont déjà été réduits de 260 millions par rapport à une évolution à politique inchangée, estime la Cour des comptes dans un rapport publié l'an dernier.

La ministre veut maintenant revoir la répartition du montant entre les mutuelles. Aujourd'hui, on tient compte du nombre d'affiliés et de prestations, avec un correctif selon le profil des affiliés. Compter des retraités, des demandeurs d'emploi ou des invalides parmi ses affiliés implique-t-il vraiment une surcharge de travail ? Maggie De Block ne le pense pas et elle préférerait un autre critère - " plus fiable ", dit-elle - à savoir le nombre d'affiliés qui atteignent le " maximum à facturer ", un montant qui varie selon les revenus et au-delà duquel les soins de santé sont intégralement remboursés. L'étude de la Cour des comptes avait montré que les critères de répartition antérieurs faisaient gagner 24 millions à Solidaris et 12 aux mutualités libérales, quand elles en faisaient perdre 24 aux mutualités chrétiennes et 23 aux mutualités libres. Devinez qui s'oppose et qui ne s'oppose pas au projet de réforme...

Dans ce milliard de frais administratifs, la ministre isole 25 millions : ils ne seront pas répartis selon le nombre et le profil des affiliés, mais selon les efforts des mutualités pour le retour à l'emploi des malades de longue durée. Le nombre d'invalides a considérablement augmenté ces dernières années, au point que l'Etat dépense désormais plus en indemnités de maladie qu'en allocations de chômage. D'où la politique de retour à l'emploi, le cas échéant avec des horaires et conditions adapté. Une politique dans laquelle, dit la ministre, " les mutualités ont un rôle à jouer ". Mais les mutuelles jouent déjà ce rôle, clame l'opposition qui s'indigne de voir Maggie De Block insinuer qu'elles gagnent de l'argent sur le dos des malades en prolongeant leur durée d'invalidité. A gauche, on préférerait que le gouvernement s'attaque aux causes de cette invalidité croissante (burn-out, stress, flexibilité, précarité des contrats, etc.).

Les 25 millions seront répartis comme suit : 25 % selon le nombre de trajets de réinsertion entamés, 50 % selon le nombre de reprises du travail et 25 % selon le nombre d'examens cliniques effectués par le médecin conseil. " Cela ressemble au système imposé aux agents du fisc et de l'Afsca, déplore la député Ecolo Muriel Gerkens. Exigence d'un nombre de dossiers et de résultats en dehors de tout critère de qualité. Conclusion : ce sont les plus fragiles qui sont pénalisés. "