Le leader du principal parti d'opposition, très à gauche, fait figure de véritable épouvantail pour les plus fortunés, Britanniques ou étrangers, qui sont en terrain conquis depuis des années, en particulier dans les quartiers chics de Londres.

Qualifié de socialiste par certains, repoussoir suprême pour ces milliardaires, M. Corbyn mène une campagne pour les élections législatives du 12 décembre prochain placée sous le sceau d'une plus juste redistribution. Dans un pays affaibli par une décennie d'austérité, la question des inégalités parfois criantes a joué un rôle majeur dans le vote pour le Brexit et devrait être au coeur d'une élection très polarisée entre M. Corbyn et le conservateur Boris Johnson, issu d'une famille très aisée.

Le Premier ministre sortant n'a d'ailleurs pas hésité mercredi en lançant sa campagne dans le quotidien conservateur Daily Telegraph à comparer M. Corbyn à Staline, accusant le leader travailliste de détester les riches.

Signe que le sujet est brûlant -- et que la lutte des classes a encore de beaux jours au Royaume-Uni -- le député travailliste de Brighton (sud de l'Angleterre), Lloyd Russell-Moyle, fidèle de Jeremy Corbyn, a déclaré récemment sur la BBC que "personne dans ce pays ne devrait être milliardaire".

- Fin des jets privés -

Les mesures évoquées par les travaillistes ont de quoi faire trembler les grandes fortunes qui redoutent des taxes supplémentaires qui pourraient atteindre 50% pour les revenus annuels de plus de 123.000 livres, ou encore sur l'héritage et sur les écoles privées.

Le Labour envisage même d'interdire les jets privés d'ici 2025 afin que les milliardaires arrêtent de "saccager le climat".

"Les clients, dans leur ensemble, semblent plus inquiets de Jeremy Corbyn que du Brexit", résume John Hill, un responsable du gérant de fortune londonien Sauderson House. Il va même jusqu'à conseiller à ces clients "de ne pas paniquer" et d'avancer si besoin leurs plans de succession.

Les riches bénéficient de l'absence d'impôt sur la fortune et payent peu de taxes sur l'immobilier. Ils peuvent même voire leurs revenus tirés de l'étranger échapper à l'impôt au Royaume-Uni s'ils obtiennent le statut de "non-résidents".

La mise en place d'impôts bien plus élevés serait de nature à pousser les très riches à déplacer tout ou partie de leur patrimoine sous des cieux moins menaçants comme Monaco ou la Suisse.

"Je pense que nous pouvons de manière réaliste nous à attendre à ce qu'un gouvernement Corbyn entraîne un exode des particuliers les plus riches du pays", prévient Nigel Green, directeur général du cabinet de conseil financier deVere.

- "Mauvais patron" -

Il explique que ces ultra-riches "sont mobiles à l'international". "Si ces individus devaient partir, et d'après nos constatations un grand nombre pourrait bien le faire, les finances du gouvernement souffriraient", selon M. Green.

Le Royaume-Uni compte 151 milliardaires et les 1.000 individus ou familles les plus riches détiennent un patrimoine de 771 milliards de livres, un record historique d'après la dernière enquête annuelle du Sunday Times sur la question.

Certains milliardaires ne cachent pas leur détestation de la politique de Corbyn. Ce dernier avait qualifié Mike Ashley, à la tête d'un empire du commerce, de "mauvais patron", ce à quoi l'homme d'affaires controversé a répliqué en accusant le leader travailliste d'être "non seulement un menteur mais un incapable".

La semaine dernière, M. Corbyn s'en est pris en outre directement au duc de Westminster, en tant que propriétaire terrien, à Jim Ratcliffe, patron du groupe de pétrochimie Ineos qui a placé sa fortune à Monaco, au magnat de la presse Rupert Murdoch ou encore à Crispin Odey, président d'un fonds spéculatif et soutien des conservateurs.

Rares sont les patrons ayant fait fortune à soutenir le leader travailliste, comme John Mills, fondateur de JML, chaîne de produits pour la maison.

"Beaucoup d'entre nous (dans les milieux d'affaires, ndlr) sont très inquiets des inégalités régionales. Jeremy en a conscience et a des idées pour aider les populations les plus défavorisées", a-t-il déclaré au Sunday Times.