En mai 2018, les Etats-Unis ont annoncé leur retrait de l'accord international sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions sur les exportations de brut.

Mais pour éviter de voir les cours du pétrole flamber et entraîner avec eux les prix à la pompe, le président américain Donald Trump comptait sur le soutien des pays du Golfe, rivaux de l'Iran et alliés des Etats-Unis.

"L'année dernière, les Saoudiens ont été pris de court, les pays au coeur de l'Opep comme l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont augmenté leur production pour compenser les pertes iraniennes, mais des exemptions ont été accordées par la Maison Blanche" au dernier moment, a rappelé Riccardo Fabiani, analyste chez Energy Aspects.

Résultat, les cours du pétrole ont plongé au quatrième trimestre, et l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) ainsi que ses partenaires, dont la Russie, ont dû rendre plus strict leur accord de limitation de la production en décembre.

Comme les décisions de l'Opep doivent être unanimes, il a été difficile d'obtenir l'aval de l'Iran, qui avait peu apprécié l'alliance entre Saudiens et Américains pour rétablir les sanctions.

"Si l'Arabie saoudite aide les Etats-Unis, c'est comme s'ils attaquaient indirectement l'Iran", a souligné Bjarne Schieldrop, analyste chez SEB.

- Nouveau tour de vis -

Depuis, les Etats-Unis ont décidé fin avril de resserrer encore la vis sur l'Iran en annulant les exemptions qui permettaient à quelques pays de poursuivre leurs échanges de pétrole brut avec Téhéran.

Résultat, les tensions devraient à nouveau être vives lors de la prochaine réunion de l'Opep, fin juin à Vienne.

"Cela pourrait être la fin de l'Opep comme on l'a connu, qui sait ?", se demande M. Shieldrop, soulignant "le changement dramatique" que représente la croissance de la production de pétrole aux Etats-Unis, qui a rendu le pays "indépendant des importations de brut".

"Cela implique que les Etats-Unis peuvent plus ou moins faire ce qu'ils veulent au Moyen-Orient", ajoute l'analyste.

Reste à savoir si l'Arabie saoudite arrivera à préserver l'unité de l'Opep tout en mettant la pression sur l'Iran.

"Idéalement, l'Arabie saoudite voudrait voir la Russie, l'Opep et leurs partenaires faire front commun, cela donne l'impression que le groupe est plus fort" même si seule une poignée de pays fait réellement un effort pour limiter sa production, a estimé M. Shieldrop.

"Une des solutions possibles serait simplement que les Saoudiens arrêtent de baisser leur production encore plus qu'ils ne l'avaient promis à l'Opep", a commenté M. Fabiani.

Pour redresser les cours après leur plongeon de fin 2018, le royaume a en effet fait du zèle, produisant en mars 9,82 millions de barils par jour (mbj), contre un objectif de 10,31 mbj.

- Saoudiens 'humiliés' -

Mais pour l'instant, les Saoudiens semblent rester prudents.

"Ils ont été humiliés" par les exemptions accordées au dernier moment par les Américains, explique M. Fabiani, qui estime que "cette fois, les Saoudiens et les Emiratis vont attendre de voir les effets concrets de la fin des exemptions sur le marché avant d'augmenter leur production".

Toutes ces incertitudes expliquent que, pour l'instant, les prix ont peu réagi. Après avoir bondi à 75 dollars le baril de Brent après l'annonce de la fin des exemptions, ils sont redescendu et évoluent autour de 70 dollars, au même niveau qu'en avril 2018, quand Donald Trump avait commencé de menacer de rétablir les sanctions.

Cependant, les analystes n'excluent pas un bond des cours. Si certains producteurs doivent compenser les exportations iraniennes, cela laisse un niveau de capacités d'extraction non utilisées "à des niveaux extrêmement bas, ce qui rend le marché vulnérable en cas de nouvelles perturbations" dans d'autres pays, a prévenu dans une note Helge André Martinsen, analyste chez DNB Markets.