A en juger par les actualités en 2018, l'année n'a pas été bonne pour l'économie mondiale. Le président Donald Trump a imposé des tarifs douaniers aux alliés des Etats-Unis et déclenché une guerre commerciale - oeil pour oeil, dent pour dent - contre la Chine. Tandis que la Réserve fédérale (Fed) relevait les taux d'intérêt, l'Argentine et la Turquie ont dû faire face à une crise économique ; d'autres marchés émergents dont la dette est libellée en dollar ont été secoués. Le resserrement des conditions monétaires a aplani la courbe des taux, l'écart entre le rendement des obligations à long terme et à court terme, qui devient si souvent négative avant les récessions. La croissance en Chine comme en Europe s'est ralentie. Le Royaume-Uni s'est préparé à un Brexit potentiellement dommageable. Les tensions géopolitiques et des conditions météo extrêmes ont contribué à faire grimper le cours du pétrole au-delà de 80 dollars le baril.
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A en juger par les actualités en 2018, l'année n'a pas été bonne pour l'économie mondiale. Le président Donald Trump a imposé des tarifs douaniers aux alliés des Etats-Unis et déclenché une guerre commerciale - oeil pour oeil, dent pour dent - contre la Chine. Tandis que la Réserve fédérale (Fed) relevait les taux d'intérêt, l'Argentine et la Turquie ont dû faire face à une crise économique ; d'autres marchés émergents dont la dette est libellée en dollar ont été secoués. Le resserrement des conditions monétaires a aplani la courbe des taux, l'écart entre le rendement des obligations à long terme et à court terme, qui devient si souvent négative avant les récessions. La croissance en Chine comme en Europe s'est ralentie. Le Royaume-Uni s'est préparé à un Brexit potentiellement dommageable. Les tensions géopolitiques et des conditions météo extrêmes ont contribué à faire grimper le cours du pétrole au-delà de 80 dollars le baril. Pourtant, l'économie mondiale a enregistré une certaine croissance (3,7 % en 2018, chiffre légèrement revu à la baisse en octobre). Pour cela, il faut remercier les Etats-Unis, où la demande a fait preuve d'une vigueur imperturbable. Les réductions d'impôts de Donald Trump au début de l'année, associées à un budget dispendieux, ont permis une relance se chiffrant à plus de 1 % du PIB. L'économie américaine a pu ainsi tourner à un rythme soutenu malgré le relèvement des taux par la Fed. Les consommateurs et les entreprises regorgent de liquidités et ne semblent pas s'inquiéter des multiples risques ambiants. Il n'y a pas si longtemps, l'économie mondiale connaissait une reprise synchrone. A présent, sa bonne santé dépend des largesses des Etats-Unis. Compte tenu du ralentissement de la croissance dans la zone euro, la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de renoncer progressivement à son programme d'assouplissement quantitatif (rachat de titres de dette) semble prématurée. En Italie, l'arrivée d'un gouvernement populiste fait renaître l'incertitude quant à la viabilité de sa dette. La Banque centrale du Japon s'est montrée moins agressive, et la croissance est en recul là-bas aussi. La Chine bataille pour trouver un juste équilibre permettant d'assurer la sécurité de son système financier, en s'efforçant d'atteindre ses objectifs économiques. Sa croissance en 2019 sera probablement plus proche de 6 % que des 7 % qu'on a eu l'habitude de constater ces dernières années. La croissance aux Etats-Unis va-t-elle continuer de donner à la conjoncture mondiale un aspect flatteur ? La bonne nouvelle, c'est que, pour l'instant, le pays gardera ouverts ses robinets budgétaires. Les réductions d'impôts produiront leur impact maximal en 2019. La Fed semble s'être engagée à ne relever les taux que progressivement - trop progressivement pour mettre un terme à la fête. Pourtant, de nombreux prévisionnistes annoncent une récession aux Etats-Unis d'ici à 2020. Malgré la progressivité de ses mesures, la Fed demeure une source de risque, car elle doit faire face à d'immenses incertitudes sur le moment où elle doit cesser de relever les taux. Si elle resserre les conditions monétaires par une inversion de la courbe des taux, comme elle l'a fait après la phase d'expansion de la fin des années 1990, des difficultés sont à prévoir. Il est aussi possible que des problèmes surviennent dans le secteur financier. Dans le contexte d'expansion actuelle, les actifs sont devenus excessivement coûteux. Il est donc difficile de repérer une niche où les excès sont manifestes, comme le furent les actions des entreprises du Net à la fin des années 1990 ou l'immobilier résidentiel à la fin des années 2000. Mais si les analystes ne devaient en citer qu'une, la plupart mentionneraient les entreprises exubérantes qui ont sans doute trop emprunté. Sur le marché obligataire, la qualité du crédit s'est détériorée. Le segment des obligations de sociétés de la catégorie investissement notées BBB - la note la plus basse de la catégorie investissement - s'est développé, passant de moins de 30 % en 2009 à près de 45 % actuellement, selon la banque Goldman Sachs. Ces émetteurs sont juste au-dessus d'une rétrogradation au statut d'obligations pourries, et du désengagement qui y est associé. Même des sociétés dont les titres d'emprunt sont notés A ont considérablement augmenté leur endettement net depuis 2014. Certains investisseurs s'inquiètent du marché des prêts à effet de levier, qui sont à taux variable. L'adoption par la Fed d'une politique de rigueur poserait des problèmes aux emprunteurs dont la dette est à taux variable. Une telle décision sera d'autant plus probable que la croissance des salaires, due à une baisse persistante du chômage, se poursuivra, comprimant les bénéfices par rapport aux sommets sans précédents observés actuellement. Toute secousse financière risque de provoquer une fuite vers la valeur refuge, le dollar, ce qui accentuerait sa vigueur. Depuis le début de 2018, le billet vert a déjà enregistré une hausse de près de 10 %, en valeur pondérée par les échanges. Au cours de cette ascension, les marchés émergents ont vu leur monnaie et leurs Bourses plonger. Heureusement, parmi les principaux marchés émergents, seules l'Argentine et la Turquie ont connu jusqu'à présent de graves difficultés, car l'inflation, de même que les déficits des paiements courants, est relativement maîtrisée ailleurs. Mais d'autres économies ne sont pas à l'abri de l'impact d'un dollar fort ; si le resserrement monétaire est particulièrement rigoureux, elles sentiront la douleur provoquée par leurs dettes libellées en dollars. Enfin, les différends commerciaux créent un risque permanent. La relance budgétaire orchestrée par Donald Trump a aussi masqué les problèmes qu'il génère pour les chaînes d'approvisionnement mondiales. Certes, l'économie des Etats-Unis est suffisamment grande pour ne pas trop dépendre des échanges commerciaux à court terme (un luxe qui doit faire des jaloux au Royaume-Uni, en plein Brexit). Cependant, les incertitudes et les perturbations que suscite la perspective de tarifs douaniers toujours plus élevés ne peuvent que nuire aux esprits animaux. Une baisse de confiance précipiterait les dégâts à long terme qu'infligerait une conflagration commerciale de plus grande envergure, même aux Etats-Unis. Alors à quoi faut-il s'attendre ? Comme toujours, il est extrêmement risqué de prévoir une crise imminente. Mais l'économie mondiale n'est plus dans une phase de reprise synchrone ; les conditions ont divergé. Et avec autant de risques à l'horizon, il n'est pas difficile de voir que la situation pourrait mal tourner. Par Henry Curr.