"La France ne fait des réformes qu'à l'occasion des révolutions", a un jour dit le président Charles de Gaulle. Selon l'économiste Nicolas Baverez, les élections à la présidentielle du 23 avril et du 7 mai ont offert "la dernière occasion de réformer notre pays de manière pacifique et démocratique. Sans révolution." Baverez juge la présidence du socialiste François Hollande "équivalente à cinq années perdues. Le déclin de la France s'est même accéléré." Il n'exagère pas. La base de l'économie française n'a pas l'air très bien, Elle souffre de quatre maladies visiblement difficiles à guérir.
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"La France ne fait des réformes qu'à l'occasion des révolutions", a un jour dit le président Charles de Gaulle. Selon l'économiste Nicolas Baverez, les élections à la présidentielle du 23 avril et du 7 mai ont offert "la dernière occasion de réformer notre pays de manière pacifique et démocratique. Sans révolution." Baverez juge la présidence du socialiste François Hollande "équivalente à cinq années perdues. Le déclin de la France s'est même accéléré." Il n'exagère pas. La base de l'économie française n'a pas l'air très bien, Elle souffre de quatre maladies visiblement difficiles à guérir.L'an dernier, l'économie française a progressé de 1,1%, alors que la zone euro présentait un chiffre de 1,8%. En 2015, la croissance économique française, avec 1,2%, n'était également pas impressionnante. En 2017, l'économie française progresserait de 1,5% et serait à cet égard au même niveau que la moyenne des pays de la zone euro.Les économistes n'en sont néanmoins pas persuadés. L'économie continue à piétiner du fait de la pression fiscale élevée, qui est en partie la conséquence des hausses d'impôt au cours de la présidence de François Hollande. L'impôt de 75% sur les revenus supérieurs à un million d'euros n'a pas été mis en oeuvre, mais la pression fiscale a tout de même augmenté dans l'impôt des personnes physiques. Les cotisations sociales ont également été augmentées, de même que certains taux de TVA. Celui de 7% a été relevé à 10% et le taux de 19,6 est devenu 20%. Seul le taux de 5,5% a diminué à 5%. Une manière pour Hollande d'essayer d'éliminer le déficit budgétaire (voir également le point 2).Les hausses d'impôt conduisent à la prudence dans les entreprises. Elles investissent et engagent moins. Le pouvoir d'achat des ménages a également été affecté. Une commission du Sénat français a calculé que rien que l'augmentation des taxes indirectes a déjà coûté annuellement 184 euros à chaque famille. La pression fiscale sur les ménages a augmenté de 44 milliards d'euros au cours des cinq dernières années. Le nouveau président français fera-t-il diminuer la pression fiscale ? Emmanuel Macron (En Marche) a promis des charges inférieures sur le travail (23 milliards d'euros), une diminution de l'impôt des sociétés (11 milliards d'euros), une diminution de l'impôt immobilier pour les ménages (8 milliards d'euros) et l'atténuation des charges sur le patrimoine.La prudence des candidats à la présidence dans les promesses de diminutions d'impôt étaient pleinement liée à cette deuxième maladie française: le déraillement des finances publiques. Depuis 1974, nos voisins du sud n'ont plus eu un budget en équilibre. L'actuel déficit budgétaire continue à flirter avec les -3%. Une diminution substantielle des impôts ferait encore dérailler davantage ce déficit.A moins d'une sérieuse coupe dans les dépenses. La France n'est précisément pas un champion européen, avec des dépenses publiques de 57% du produit intérieur brut (PIB). Il n'y a qu'en Finlande qu'elles sont plus élevées. Le déficit budgétaire et le déraillement des dépenses publiques font grimper la dette publique de la France jusqu'à presque 100% du PIB.Dans un rapport, Michel Pébereau, l'ancien CEO de BNP Paribas, plaide pour une diminution des dépenses publiques de 7 à 8% du PIB. La France se rapprocherait de la sorte de la moyenne de l'eurozone (48% du PIB). En même temps, il serait possible de faire baisser la pression fiscale de 5 à 6 %.Le prochain occupant de l'Élysée empruntera-t-il cette voie ? Emmanuel Macron a promis 60 milliards d'euros d'économies, mais selon le think tank Institut Montaigne, ce chiffre est trop optimiste. Macron ne parviendra d'autre part pas à assainir durablement les finances publiques du fait de dépenses supplémentaires en soins de santé et en défense. Le déficit budgétaire déraperait de 4,9% l'an prochain, pour seulement à nouveau plonger sous les 3% en 2022.Les constructeurs automobiles français Renault et PSA (Peugeot-Citroën) ont de bons résultats et l'industrie militaire est florissante du fait de la vente de sous-marins et de l'avion de chasse Rafale. La France n'est pourtant plus, depuis bien longtemps, un champion des exportations. L'an dernier, le déficit commercial français s'élevait à 48,1 milliards d'euros. C'est une légère augmentation par rapport à 2015 (-45,7 milliards), alors que le déficit commercial s'était progressivement réduit les quatre années antérieures. Il contraste avec le surplus commercial de l'eurozone: 250 milliards d'euros.Les coûts du travail restent trop élevés: 34,60 euros en salaire horaire, contre 31,4 en Allemagne et 28,3 en Italie. Les diminutions de charges de 40 milliards d'euros pour les entreprises étaient plus qu'insuffisantes pour rétablir la compétitivité française.Un autre problème structurel est le vieillissement de l'appareil industriel français. Les sociétés ne sont par conséquent pas capables de concurrence suffisante sur les marchés internationaux, avec des produits innovants. Selon Philippe Varin, administrateur chez le géant nucléaire Areva, l'âge moyen de l'appareil de production français est de 19 ans, alors qu'en Allemagne il est de 9 ans.Nos voisins du sud ont aussi raté le train de la robotisation, nous apprend une note du think tank La Fabrique de l'industrie: il y a 125 robots pour 10.000 employés, contre 282 en Allemagne et 437 en Corée du Sud. Max Blanchet, senior partner chez Roland Berger, observe que "la rentabilité des sociétés industrielles françaises a diminué de 70% entre 2000 et 2014. Cela a un impact négatif sur les investissements des entreprises et compromet les opportunités d'exportation."Le gouvernement français a utilisé toutes sortes de trucs ces dernières années pour minimiser le nombre de chômeurs, comme le non-comptage des chômeurs qui suivent une formation. Mais la réalité est que la France compte 6,6 millions de chômeurs, 1 million de plus qu'il y a cinq ans. Le taux de chômage français se situe, avec 10%, à un niveau légèrement supérieur à la moyenne de l'eurozone (9,6%). Mais la deuxième économie d'Europe est très en retard par rapport à l'Allemagne, qui a 4% de chômeurs.La semaine des 35 heures, qui a affaibli la position concurrentielle, est une des causes du chômage élevé. Mais la législation du travail rigide et chère joue également un rôle.Ces cinq dernières années, aucune réforme substantielle du marché du travail n'a été réalisée. Le seul pas en direction de la flexibilisation est une légère adaptation du droit de licenciement et la possibilité de prolonger les contrats à durée déterminée trois fois au lieu de deux.Emmanuel Macron s'est montré prudent sur la question. Il désire maintenir la semaine des 35 heures. Tout au plus, des adaptations peuvent être conclues au niveau sectoriel ou au niveau de l'entreprise.