L'économie belge est menacée. "Presque partout nous entendons: ça va plus mal que l'année passée", déclare Jan van Hove, économiste principal de la banque et assureur KBC. Ce dernier a été le premier à revoir les perspectives de croissance pour cette année de 1,9 à 1,6%. Il y a quelques mois, les institutions internationales comme le FMI étaient encore optimistes : ils s'attendaient à une solide croissance économique pour 2018, nous étions en route vers l'année la plus forte depuis 2010. Le FMI n'a pas publié de chiffres séparés sur la Belgique mais constate que dans la zone euro l'économie progresse de 2,2%. Passer en quelques mois de 2% de croissance à 1,6% est un monde de différence. Que se passe-t-il ?
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L'économie belge est menacée. "Presque partout nous entendons: ça va plus mal que l'année passée", déclare Jan van Hove, économiste principal de la banque et assureur KBC. Ce dernier a été le premier à revoir les perspectives de croissance pour cette année de 1,9 à 1,6%. Il y a quelques mois, les institutions internationales comme le FMI étaient encore optimistes : ils s'attendaient à une solide croissance économique pour 2018, nous étions en route vers l'année la plus forte depuis 2010. Le FMI n'a pas publié de chiffres séparés sur la Belgique mais constate que dans la zone euro l'économie progresse de 2,2%. Passer en quelques mois de 2% de croissance à 1,6% est un monde de différence. Que se passe-t-il ? Les économistes de KBC notent "un net refroidissement" de l'économie belge et il faut chercher les raisons au niveau international. Il y a depuis l'étranger moins de demande de produits et services belges. Comme nous sommes un petit pays qui vit surtout de l'export, c'est visible immédiatement. C'est sans doute dû au protectionnisme croissant - l'"America First" du président Donald Trump n'en est qu'un exemple. À cela s'ajoute la guerre commerciale dont les États-Unis menacent l'Europe. Même si notre pays n'est pas touché directement, nous en sentons indirectement les conséquences, car nos partenaires commerciaux principaux, l'Allemagne, la France, et les Pays-Bas, en souffrent aussi.Un autre élément qui joue en notre défaveur, c'est la hausse du prix du pétrole. Ce dernier oscille autour des 70 dollars le baril, le niveau le plus élevé en trois ans. Exprimé en euros, le prix du pétrole a doublé en un an. C'est en grande partie lié aux nouvelles sanctions américaines contre l'Iran et aux tensions dans cette région. Un prix du pétrole qui augmente n'est pas une bonne nouvelle pour notre économie, qui en subit davantage les conséquences que d'autres économies en Europe. Non seulement nous avons dans notre pays un grand secteur chimique, mais nous consommons aussi pas mal d'énergie, notamment parce que nous avons toujours beaucoup de vieilles maisons mal isolées. KBC note aussi que comme nous sommes une petite économie, nous avons peu d'emprise sur les causes de la croissance décevante : le protectionnisme grimpant, la guerre commerciale imminente et la hausse du prix du pétrole. En même temps, KBC indique que le rythme de croissance potentiel pour l'économie belge est très faible. D'après la Commission européenne, il est de 1,4% ce qui nous place nettement en dessous de l'Allemagne qui affiche 1,9% de croissance potentielle et les Pays-Bas 2%. Seule la France affiche un score encore pire que nous avec 1,2%, mais il est clair depuis longtemps que nos voisins du sud ne sont pas un modèle à suivre. En revanche, nous pouvons influencer ces chiffres de croissance potentiels. Ainsi, on a déjà écrit que les investissements publics médiocres, en infrastructure par exemple, réduisent notre croissance potentielle. Si notre croissance ralentit effectivement à 1,6%, les conséquences seront importantes. Comparé à la plupart de nos pays voisins, notre retard de croissance demeure, s'il ne grandit pas. Et c'est aussi une mauvaise nouvelle pour nos finances publiques. Edwin De Boeck, ancien économiste principal de KBC et aujourd'hui directeur du service d'études de la N-VA, chiffrait que ce retard de croissance signifie "une possible déconvenue budgétaire de plus de 500 millions". Ce n'est pas une bonne nouvelle pour le gouvernement Michel. Il est déjà certain qu'il n'atteindra pas les objectifs qui s'étaient imposés pour assainir nos finances publiques. Si le gouvernement se prend un peu au sérieux, il tiendra compte de chiffres plus bas pour le prochain contrôle budgétaire. Lorsque l'année dernière, les perspectives de croissance ont été revues à la hausse, il a en tout cas tenu compte de nouveaux chiffres. Une baisse drastique des perspectives de croissance un an avant les élections fédérales tombe très mal pour le gouvernement Michel, car les bons résultats économico-financiers qu'il aime exhiber sont surtout dus à la bonne conjoncture. Si celle-ci ralentit, cette histoire à succès perdra de son éclat.