A qui profite le tax shift ? Aux entreprises, avait répondu la Banque nationale dans une analyse des exportations parue en décembre. Les économistes y relevaient le fait que les baisses du coût du travail n'avaient pas été intégralement traduites en baisses des prix à l'exportation et qu'une partie avait gonflé les marges bénéficiaires des entreprises, pour se retrouver in fine dans la poche des actionnaires.
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A qui profite le tax shift ? Aux entreprises, avait répondu la Banque nationale dans une analyse des exportations parue en décembre. Les économistes y relevaient le fait que les baisses du coût du travail n'avaient pas été intégralement traduites en baisses des prix à l'exportation et qu'une partie avait gonflé les marges bénéficiaires des entreprises, pour se retrouver in fine dans la poche des actionnaires. L'analyse a fait bondir le service d'études de la FEB. La fédération patronale tire des conclusions diamétralement opposées des mêmes données. Sur la période 2015-2018, " la baisse relative des prix a été plus forte que la baisse relative des coûts salariaux horaires par unité produite (environ 2 %) ", écrit la FEB, qui en conclut que " les entreprises se sont efforcées d'améliorer leurs résultats à l'exportation via une baisse relative des prix à l'exportation ". Ces différences d'analyse s'expliquent d'une part par la temporalité : la fédération patronale observe l'ensemble de la période quand d'autres voient plutôt le fait que, sur la dernière année, la courbe des prix évolue à la hausse alors que celle des coûts est à la baisse ; et d'autre part, par le type de produits : les exportations de biens ont progressé plus vite que chez nos voisins (c'est " clairement l'impact positif des mesures en faveur de la compétitivité " prises par le gouvernement Michel, dit la FEB) mais les exportations de services plombent la moyenne belge. Et quand bien même la baisse du coût du travail n'aurait pas été totalement répercutée dans les prix, elle n'a pas filé pour autant tout droit dans la poche des actionnaires. Les gains sur les marges ont ainsi facilité les embauches et la création de 224.000 emplois sur la législature. " Cela signifie que chaque pourcentage de croissance économique a généré près de 0,8 % de croissance de l'emploi dans le secteur privé, insiste la FEB. Cette intensité de travail exceptionnellement élevée (la normale étant de 0,4 à 0,5 %) peut être attribuée, dans une large mesure, à l'évolution relativement favorable du coût de la main-d'oeuvre. " Par ailleurs, les entreprises ont aussi relancé les investissements, dont la valeur a augmenté de 21 % sur la période. Ces investissements visaient surtout l'innovation, la digitalisation et le verdissement, c'est-à-dire l'avenir de notre économie. Ils ont pu être menés de front avec de vives créations d'emplois grâce à " l'évolution relativement modérée des coûts salariaux ", précise la FEB. " Les réductions de charges sur le travail ne sont pas utilisées par les entreprises pour remplir les poches de leurs actionnaires, mais pour poursuivre leur croissance en créant de l'emploi et en investissant dans l'avenir ", conclut la fédération patronale.