A l'avant-veille de l'entrée en vigueur d'une nouvelle hausse de droits de douane sur des milliards de biens chinois, la mouvante politique commerciale du président américain suscite pourtant de plus en plus d'inquiétudes sur l'avenir de la première économie du monde.

"Nous n'avons pas de problème de tarifs douaniers (nous remettons sur le droit chemin les mauvais joueurs et ceux qui ont des pratiques injustes), mais la Fed pose un problème. Ils n'ont aucune idée de ce qu'ils font", a tweeté le président républicain.

L'hôte de la Maison Blanche s'est en outre insurgé une nouvelle fois contre le niveau élevé du dollar, accusant là encore la Fed de ne "RIEN faire" quand "l'euro chute comme un dingue face au dollar, ce qui leur donne un gros avantage à l'export et pour le secteur manufacturier".

Les craintes que la guerre commerciale sino-américaine nuise à l'économie américaine et pousse le monde vers la récession se sont pourtant répercutées sur les marchés mondiaux cet été.

Cette semaine, les investisseurs ont été relativement apaisés par le ton plus positif des responsables chinois et américains.

Pourtant, les responsables du commerce n'ont confirmé aucun contact téléphonique, ni annoncé de nouvelles négociations. Et, sauf contre-ordre de dernière minute, la hausse des droits de douane va bel et bien être appliquée le 1er septembre, selon un bulletin publié vendredi au journal officiel.

Cette incertitude, qui s'est durablement installée, érode désormais le moral des Américains.

La confiance des consommateurs aux Etats-Unis a enregistré en août la plus forte dégradation depuis décembre 2012, a fait état vendredi l'université du Michigan dans son enquête bimensuelle.

"Les données indiquent que l'érosion de la confiance des consommateurs due aux politiques tarifaires est maintenant bien engagée", a résumé Richard Curtin, l'économiste en chef qui dirige cette enquête.

Investissements

Ces derniers jours, de nombreuses fédérations professionnelles avaient mis en garde Donald Trump contre les effets néfastes des droits de douane supplémentaires sur les produits importés de Chine.

Mais le président a balayé d'un revers de la main ces mises en garde, accusant les entreprises se plaignant des tarifs douaniers d'être dirigées par des incompétents.

"Des entreprises mal dirigées et faibles blâment --et c'est bien vu-- ces petits tarifs plutôt qu'elles-mêmes pour mauvaise gestion... et qui peut vraiment leur en vouloir de faire ça? Ce ne sont que des excuses!", a-t-il tweeté.

Les données de l'association ISM, mesurant l'activité manufacturière dans la région de Chicago, laissent pourtant "toujours entrevoir un ralentissement général de l'activité économique". Malgré un rebond en août, l'activité s'est en effet contractée sur le trimestre.

Richard Curtin estime lui que le niveau général de confiance est pour l'heure toujours compatible avec "des gains modestes de consommation".

Mais il n'exclut pas la possibilité d'un coup d'arrêt de la consommation, traditionnel moteur de croissance aux Etats-Unis.

De leur côté, les entreprises, qui ont de plus en plus de difficultés à se projeter, ralentissement leurs investissements.

Interrogées sur leurs projets pour le reste de l'année 2019, une majorité des firmes interrogées par ISM (63%) prévoient de laisser les projets d'investissements actuels inchangés, tout en soulignant que les incertitudes mondiales demeurent leur principale préoccupation.

Au total, 27% des entreprises interrogées prévoient d'augmenter leurs investissements, mais 10% ont l'intention de les réduire.

Le département du Commerce avait annoncé jeudi que l'expansion de la première économie mondiale avait été révisée en légère baisse au deuxième trimestre, pour s'établir à 2% d'avril à juin.

Ce niveau est resté solide grâce aux consommateurs. Mais l'administration Trump avait aussi fait état d'une baisse des investissements des entreprises (-0,6%).

La hausse attendue ce weekend des tarifs douaniers sur les produits en provenance de Chine pourrait entamer un peu plus la confiance des consommateurs et peser sur l'économie, a résumé vendredi dans une note Gregory Daco, économiste chez Oxford Economics.