Nous avons lu ou entendu une rafale d'interviews plus percutantes, à travers lesquelles les éminences libérales défendent résolument la politique du gouvernement fédéral. Et en redemandent même pour la prochaine législature.
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Nous avons lu ou entendu une rafale d'interviews plus percutantes, à travers lesquelles les éminences libérales défendent résolument la politique du gouvernement fédéral. Et en redemandent même pour la prochaine législature. Le Premier ministre avait annoncé ce changement de ton, dans son interview parue fin décembre dans Trends-Tendances. Dans sa foulée, Olivier Chastel - dont la passivité a été récemment critiquée par Hervé Hasquin - est sorti de sa réserve présidentielle pour défendre avec vigueur la réforme de l'impôt des sociétés face aux critiques de l'Union des classes moyennes ; Sophie Wilmès ose enfin s'exprimer au-delà de son strict carcan budgétaire, une évolution indispensable si elle veut, comme on le dit, briguer demain la présidence du parti ; Denis Ducarme rebondit sur le dossier des migrants, dans l'espoir que la popularité de Theo Francken (oui, il est aussi applaudi que haï, tous les baromètres de popularité le confirment) et de sa politique " ferme mais humaine " rejaillisse un peu sur le MR. Manifestement, le mouvement réformateur a lancé le sprint. Pourquoi si tôt, à plus d'un an de l'échéance législative de mai 2019 ? La réponse s'appuie d'une part sur l'embellie économique et, d'autre part, sur la nouvelle configuration politique en Wallonie. Le Premier ministre peut désormais afficher fièrement une série de résultats, en termes de création d'emplois et de baisse de la pression fiscale. Bien sûr, on peut toujours nuancer ou relativiser certaines statistiques, mais la tendance économique est clairement positive et le MR ne manquera plus une occasion de le rappeler. Il le fera d'autant plus volontiers que, du fait de la composition très déséquilibrée de la coalition fédérale, il est le seul parti francophone à pouvoir revendiquer ces bons résultats. Nous devrions ainsi voir fleurir dans les prochains jours la comparaison des fiches de salaires avant et après le tax shift. Cette phase de bilan était très vivement attendue par les militants, qui ont besoin d'arguments chiffrés pour contrebalancer le côté " repoussoir " de la N-VA auprès d'une bonne partie de l'opinion francophone. Notons d'ailleurs que, par ricochet, les sorties nationalistes sur la limitation dans le temps des allocations de chômage ou la fin des prépensions offrent au MR la possibilité de bien affirmer qu'il n'est pas aux ordres de l'hôtel de ville d'Anvers. Un solide écueil subsiste toutefois sur ce plan : le pacte énergétique et les investissements qu'il implique pour réussir la sortie du nucléaire en 2025. La conclusion ou non de ce pacte sera un bel indicateur quant à la capacité des trois partenaires de la N-VA à infléchir les injonctions de Bart De Wever. L'autre explication du sprint libéral, nous la devons à Benoît Lutgen et à son coup de poker de juin dernier. Le gros défi des réformateurs lors de la formation du gouvernement fédéral était de redevenir fréquentable par au moins un partenaire francophone, afin de pouvoir retrouver les exécutifs régionaux. C'est chose faite, et même durablement faite au vu de l'animosité actuelle entre le PS et le cdH. Plus besoin dès lors de manier parfois la chèvre et le chou pour ne pas trop froisser un allié potentiel. Les libéraux peuvent donc passer à l'offensive. Et cela n'a plus rien de kamikaze.