La lecture du texte, intitulé "Pour un libéralisme engagé" fait en revanche douter de la pertinence des deux termes utilisés : malgré l'usage constant du terme "les libéraux", par un parti qui, s'affirmant réformateur, a abandonné depuis longtemps la lettre L dans son cigle, l'affirmation libérale y est plus que terne. Quant à l'engagement, il permet difficilement une différenciation avec les autres partis.
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La lecture du texte, intitulé "Pour un libéralisme engagé" fait en revanche douter de la pertinence des deux termes utilisés : malgré l'usage constant du terme "les libéraux", par un parti qui, s'affirmant réformateur, a abandonné depuis longtemps la lettre L dans son cigle, l'affirmation libérale y est plus que terne. Quant à l'engagement, il permet difficilement une différenciation avec les autres partis. On apprend ainsi à la lecture d'une centaine de pages, que le parti poursuit un projet "pluraliste et moderne", qu'il se veut "rassembleur", qu'il est "tourné vers l'avenir", qu'il veut " agir pour les générations futures", qu'il combat "le terrorisme", qu'il défend "l'Etat de droit", qu'il veut un "juste Etat", la " loyauté fédérale", ou encore "la liberté de la créativité", et aussi " le bien-être des animaux". Il est probable que les parlementaires de tous les autres partis belges sont unanimement prêts à soutenir ces positions plus que consensuelles du MR. Dans un des pays les plus taxés au monde, on aurait pu s'imaginer qu'au MR, parti qui se proclame le défenseur des travailleurs indépendants, et, notamment, des cadres et des entreprises, une préoccupation particulière aurait été accordée aux questions d'ordre fiscal. En Belgique, les entreprises, les travailleurs et les épargnants, notamment, ne cessent de se plaindre de l'importance excessive des impôts, qui n'ont jamais cessé d'augmenter, même avec un ministre des Finances MR pendant une douzaine d'années, et un Premier ministre MR aujourd'hui. Pourtant, le Manifeste ne consacre que les deux tiers de la page 73 à "un système d'imposition juste et efficace". Encore faut-il relever qu'à aucun moment il ne présente comme un objectif des " libéraux" la réduction globale des impôts. S'il évoque timidement une réduction des charges fiscales et sociales qui pèsent sur le travail, c'est pour envisager tout de suite leur compensation par "d'autres sources de financement". Pour ce parti, le fait que l'Etat s'approprie la moitié de ce que produisent les gens et en dépense encore plus ne semble pas être un problème et ce n'est en tout cas pas dans ce domaine qu'il se montre "réformateur". On ne se soucie guère d'une réduction de l'imposition sur les sociétés, ni de celle des droits de succession, malgré la non-indexation des barèmes depuis 1936. Pas un mot non plus sur la situation de plus en plus difficile des épargnants, pour lesquels le précompte mobilier a été doublé, passant de 15 à 30 % depuis 2012, avec une présence constante du MR au gouvernement fédéral. L'explication de ce désintérêt pour le sort fiscal des Belges n'est évidemment pas à trouver dans un oubli, mais dans un choix doctrinal fondamental, qui est exprimé dans une petite phrase, à la page 21 du Manifeste : il y est affirmé que "les libéraux ne veulent donc pas moins d'Etat, mais mieux d'Etat". Il ne s'agit donc pas de réformer pour modifier le rôle de l'Etat et son emprise oppressante sur la vie des citoyens, mais seulement pour le rendre, par-ci, par-là, un peu plus efficace. Comme le fait le gouvernement actuel, le Manifeste du MR fait siens les principes de l'Etat providence, création purement social-démocrate, ne veut rien privatiser, et entend défendre la sécurité sociale, publique, telle qu'on la connaît. Son "engagement" consiste à défendre le " modèle social", celui collectivisé que nous connaissons, en essayant de le rendre un peu plus efficace, sans doute pour qu'il subsiste un peu plus longtemps. Conservateur, le Manifeste ne veut donc rien changer, aux mécanismes essentiels du système. L'Etat restera donc, pour ceux qui persistent à s'appeler "les libéraux", à être "la grande fiction par laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde", comme le disait l'économiste Frédéric Bastiat. Les jeunes qui voudront créer des entreprises auront compris que s'ils veulent échapper à l'emprise d'un Etat à la fois paternaliste et maternaliste, il leur faudra vivre dans la Grande-Bretagne d'après le Brexit ou tenter leur chance, avec ou sans conviction, dans l'Amérique de Donald Trump.