Est-ce que l'OCDE ou une autre institution internationale n'aurait pas un poste de direction ouvert pour un membre du CD&V mécontent ? Car avec le vice-Premier ministre Kris Peeters, ou par extension l'ensemble du CD&V, on ne va nulle part. De caillou dans la chaussure du gouvernement Michel, Kris Peeters s'est transformé ces derniers jours en boulet. L'exigence de ramener un trophée fiscal sous la forme d'un impôt sur la plus-value sur les actions menace de paralyser la politique de réforme du gouvernement fédéral. Cela hypothéquerait la prospérité de ce pays, car le travail est encore loin d'être terminé. Ce gouvernement a une dernière chance de mettre de l'ordre dans le ménage belge avec des gants de velours et à son propre rythme.
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Est-ce que l'OCDE ou une autre institution internationale n'aurait pas un poste de direction ouvert pour un membre du CD&V mécontent ? Car avec le vice-Premier ministre Kris Peeters, ou par extension l'ensemble du CD&V, on ne va nulle part. De caillou dans la chaussure du gouvernement Michel, Kris Peeters s'est transformé ces derniers jours en boulet. L'exigence de ramener un trophée fiscal sous la forme d'un impôt sur la plus-value sur les actions menace de paralyser la politique de réforme du gouvernement fédéral. Cela hypothéquerait la prospérité de ce pays, car le travail est encore loin d'être terminé. Ce gouvernement a une dernière chance de mettre de l'ordre dans le ménage belge avec des gants de velours et à son propre rythme. Sur papier, cela paraissait plutôt prometteur, il y a deux ans. Le pays recevait un cabinet de centre droit attentif aux réformes nécessaires et avec une politique plus propice à la croissance au premier plan des priorités. La N-VA a troqué, pour au minimum cinq ans, ses desiderata communautaires contre une politique de relance socio-économique, ce qui, pour la Flandre, est une réforme de l'Etat en soi. Le choix de la N-VA a permis au MR de former un 'gouvernement kamikaze' fédéral en tant que seul parti francophone. Pour l'Open Vld, qui avait l'habitude de gouverner avec le PS, ce nouvel élan fut une bouffée d'oxygène.Le CD&V a complété l'équipe, mais avec quel agenda ? Une opposition interne a-t-elle été lancée, rapidement déjà, afin de pouvoir démontrer que la N-VA n'est également pas capable de réformer ? Le CD&V veut-il jouer la conscience de gauche de ce gouvernement pour se profiler auprès de l'électeur ? Ou le parti s'est-il trompé en choisissant Marianne Thyssen comme commissaire européenne et Kris Peeters comme vice-Premier ministre ? Le fait est que le gouvernement Michel a perdu beaucoup de temps et d'élan du fait que les démocrates-chrétiens traînent les pieds. Ces deux dernières années, le gouvernement a tout de même pu mettre quelques balises. La compétitivité des sociétés a été renforcée, aidée par la création d'emplois, mais il subsiste un handicap salarial de 10% par rapport aux principaux partenaires commerciaux. La réforme des pensions mérite des applaudissements, mais elle ne suffit pas pour rendre le vieillissement de la population payable. La réduction du déficit budgétaire laisse encore à désirer, mais la qualité du déficit s'est améliorée. En comparaison avec le gouvernement Di Rupo, l'accent se trouve beaucoup plus sur les économies que sur les augmentations d'impôt. Mais la réforme des finances publiques évolue particulièrement lentement. La proportion des services publics dans les dépenses de l'Etat et la pression fiscale restent, certainement en comparaison avec les pays voisins, particulièrement élevées et ne diminuent que lentement.La réforme de l'impôt des sociétés est l'un des grands chantiers à venir du gouvernement Michel. Le système à taux nominal élevé, adouci par un grand nombre de possibilités de déduction, est, sous la pression de l'Europe, bon pour la casse. A la place, il faut un taux nominal diminué, à financer par un élargissement de la base imposable. Les plans se trouvent à un stade avancé, et c'est dans ce cadre que le CD&V a remis sur la table, lors des débats budgétaires du week-end dernier, de manière relativement inattendue, un impôt sur la plus-value. Pour le CD&V, une réforme de l'impôt des sociétés, en ce moment, ne peut pas se faire sans un impôt sur la plus-value.Mais cette condition est particulièrement difficile à accepter, surtout pour les partenaires flamands de la coalition. Céder à ce chantage ouvrirait grand la porte à ce type de manoeuvre. Sans compter que l'impôt sur la plus-value, tel qu'actuellement sur la table, est tout simplement une monstruosité: mauvais pour l'économie et pour les caisses de l'Etat. Les investisseurs ne se laisseront pas plumer comme ça. Ils adapteront leur comportement, mettront leur argent sur des comptes d'épargne ou dans un bien immobilier improductif, alors que l'économie a surtout besoin de capital à risque.Le fait que l'impôt sur la plus-value est surtout le fruit d'une politique de poker-menteur, et qu'il ne cadre pas dans une grande réforme fiscale réfléchie, apparaît dans les étranges modalités de cette taxe. Dans la première proposition du CD&V par exemple, l'impôt sur la plus-value s'appliquait à toutes les actions, mais après le lobbying des vraies grandes fortunes, seules les actions cotées en bourse sont restées dans le viseur. Comment un tel impôt, qui respecte les grandes fortunes et qui fait surtout payer les petits investisseurs, peut-il s'inscrire dans le concept de 'fiscalité équitable' ? Un mystère bien gardé par le CD&V. Il y avait pourtant un deal sur table, et le CD&V, faute de mieux, s'était senti contraint de laisser faire. Les collègues s'étaient mis d'accord sur une augmentation du précompte mobilier à 30% en échange de la suppression de la taxe sur la spéculation et de la réforme de l'impôt des sociétés. Et en ce moment, donc, c'est insuffisant pour le CD&V. Le parti joue au poker-menteur en misant l'ensemble de l'économie belge. Voilà une scène peu reluisante.Le parti qui au cours des prochains jours sera le premier à baisser le regard et à céder, devra battre en retraite, la queue entre les jambes. Il est possible que le CD&V parie aussi sur le fait que le Premier ministre Michel cèdera pour maintenir son gouvernement, car un impôt sur la plus-value n'est pas d'une importance politique stratégique pour le MR. Les investisseurs visés se trouvent surtout en Flandre. Il est toutefois possible que personne ne cède, et que Michel, plus tard dans la semaine, se rende chez le Roi pour remettre la démission de son gouvernement. Ce serait regrettable si la politique de relance devait, déjà maintenant, atterrir sur une voie de garage, mais la question est de savoir si, avec ce CD&V, une politique de relance est encore possible ces deux prochaines années. Kris Peeters, ou plus précisément le président du CD&V Wouter Beke, doit d'urgence jouer cartes sur table.