L'initiative du président Macron, qui avait été victime de fake news pendant la campagne présidentielle, est en revanche un signe que des Etats dits démocratiques sont de plus en plus l'objet d'une tentation totalitaire. Jusqu'ici, seuls les Etats autoritaires poursuivaient de manière systématique les diffuseurs de " fausses nouvelles ", définies en général comme celles qui déplaisent au pouvoir en place. Certaines de ces " fausses " nouvelles deviennent parfois, subitement, " vraies " lorsqu'elles permettent de limoger un dirigeant en disgrâce.
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L'initiative du président Macron, qui avait été victime de fake news pendant la campagne présidentielle, est en revanche un signe que des Etats dits démocratiques sont de plus en plus l'objet d'une tentation totalitaire. Jusqu'ici, seuls les Etats autoritaires poursuivaient de manière systématique les diffuseurs de " fausses nouvelles ", définies en général comme celles qui déplaisent au pouvoir en place. Certaines de ces " fausses " nouvelles deviennent parfois, subitement, " vraies " lorsqu'elles permettent de limoger un dirigeant en disgrâce. Cette question n'a en réalité rien de nouveau, si ce n'est qu'Internet et singulièrement les réseaux sociaux permettent une propagation beaucoup plus rapide des informations, vraies ou fausses. Ce n'est pourtant pas parce qu'elles circulent de cette manière, que les fake news sont plus crédibles ou davantage susceptibles de fausser une élection. L'allégation qu'Emmanuel Macron aurait un compte offshore n'a pas intéressé grand monde parce qu'elle n'était accompagnée d'aucun début de preuve. Et il en était de même lorsqu'il y a 25 ans, un journal flamand réputé " de qualité " annonçait à tort que Didier Reynders avait un compte à la KB-Lux. Les fausses nouvelles, volontaires ou involontaires, se retrouvent autant dans la presse professionnelle - d'ailleurs parfois contrôlée ou inspirée par des Etats étrangers - que sur les réseaux sociaux. Et elles n'ont de poids que lorsqu'elles sont accompagnées de preuves. Si celles-ci sont fausses, cela permet des poursuites, sans avoir besoin d'une nouvelle loi. Ceux qui veulent légiférer sur le sujet ont en réalité une piètre idée, très injustifiée, de leurs électeurs dont ils croient à tort qu'ils se laissent influencer par la moindre rumeur. Si les fake news ont circulé pendant la campagne présidentielle américaine, on s'accorde en général à reconnaître que les deux seules informations qui ont pu aider Donald Trump à se faire élire sont l'utilisation, peut-être illégale, par Hillary Clinton d'une adresse mail privée lorsqu'elle exerçait des fonctions officielles, et les méthodes déloyales de la candidate démocrate et de son parti pour évincer Bernie Sanders, son rival à la primaire. Or, ces nouvelles ne sont pas des fake news ; elles ont peut-être été mises au jour avec l'aide de la Russie, mais elles sont l'expression de la vérité. L'électeur sait donc faire la part du vrai et du faux, avec ou sans l'aide de journalistes professionnels. Il est inutile de confier cette tâche à des juges surtout dans le cadre d'une justice sommaire en 48 heures. Et il faut sans doute réduire la propension à charger le pouvoir judiciaire d'intervenir à tout propos. La confiance qu'il inspire légitimement risque de s'étioler si on lui demande sans cesse de prendre position dans des joutes électorales. Mieux vaut laisser courir les fausses nouvelles et faire confiance aux électeurs. Et ne pas prendre le risque qu'en l'absence de preuves suffisantes, un juge refuse de censurer une nouvelle vraiment fausse en lui donnant alors toute l'apparence de la vérité.