Connaissez-vous la notion de " taux de retour énergétique " ? Il s'agit du rapport entre l'énergie produite et l'énergie consommée pour permettre cette production. Plus ce rapport est élevé, plus vous disposez de moyens pour développer d'autres activités et assurer une certaine prospérité. " Ces 200 dernières années, nous avons eu accès à des ressources énergétiques qui offraient des rendements très élevés, explique Jean-François Fagnart, professeur d'économie à l'Université Saint-Louis et chercheur associé à l'IRES (UCL). Mais les conditions d'extraction des ressources non renouvelables sont de plus en plus difficiles, ce qui induit une baisse du taux de retour énergétiq...

Connaissez-vous la notion de " taux de retour énergétique " ? Il s'agit du rapport entre l'énergie produite et l'énergie consommée pour permettre cette production. Plus ce rapport est élevé, plus vous disposez de moyens pour développer d'autres activités et assurer une certaine prospérité. " Ces 200 dernières années, nous avons eu accès à des ressources énergétiques qui offraient des rendements très élevés, explique Jean-François Fagnart, professeur d'économie à l'Université Saint-Louis et chercheur associé à l'IRES (UCL). Mais les conditions d'extraction des ressources non renouvelables sont de plus en plus difficiles, ce qui induit une baisse du taux de retour énergétique de leur exploitation. " La transition vers de nouveaux modes de production et de consommation de l'énergie affectera-t-elle cette évolution ? La dernière livraison des Regards économiques de l'IRES (téléchargeable sur http://www.regards- economiques.be) aborde la question en croisant les regards d'ingénieurs et d'économistes. Les premiers nous invitent à ne pas tout miser sur les progrès technologiques. Les gains en efficacité énergétique se heurteront un jour aux lois de la physique, tandis que la généralisation du renouvelable poussera à produire cette énergie dans des lieux progressivement moins propices, ce qui impliquera ici aussi une baisse du taux de retour énergétique. En outre, la croissance des pays émergents et l'essor du numérique ne permettront pas de réduire la demande en énergie. Avec un taux de retour énergétique en baisse, la production d'énergie réclamera davantage d'investissements et coûtera plus cher. " Le capital mobilisé pour la production d'énergie ne pourra plus l'être pour d'autres investissements, pointe Jean-François Fagnart, l'un des auteurs de l'étude. Cela peut être en partie compensé par une dynamique plus forte des investissements mais cela ne suffit pas dans toutes les configurations. " Et qui dit moins d'investissements dans la production de biens, dit in fine contraction de la croissance. Aggravons encore le scénario avec un effet collatéral sur les métaux nécessaires à la production d'énergie. Les gisements les plus accessibles étant déjà exploités, leur extraction nécessitera plus d'énergie tandis que la production énergétique exigera, à son tour, des équipements intégrant de plus en plus de métaux. Un parfait cercle vicieux. Certes les métaux ont l'avantage d'être recyclables mais, selon les auteurs, " la variété croissante des alliages métalliques rend leur recyclage parfait largement illusoire " alors même qu'un recyclage parfait ne suffirait pas encore à " garantir le découplage entre croissance économique et consommation de métaux ". Il est heureusement encore possible d'éviter le scénario catastrophe. Avant une possible rechute, la croissance, à l'échelle mondiale, se poursuivra durant les années où nous combinons les énergies fossiles (encore relativement bon marché) et la montée du renouvelable. Cette période est, selon Jean-François Fagnart, propice aux " attitudes proactives " en vue de limiter les impacts économiques de la transition énergétique. " Il faut, conclut-il, mettre à profit ces années pour réaliser des investissements significatifs dans les énergies renouvelables. "