Après un cambriolage de plus dans son pub londonien, Arber Rozhaja décide que cela suffit. Les voleurs en avaient après l'argent contenu dans le tiroir-caisse de l'établissement, donc il suffit de supprimer le cash.
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Après un cambriolage de plus dans son pub londonien, Arber Rozhaja décide que cela suffit. Les voleurs en avaient après l'argent contenu dans le tiroir-caisse de l'établissement, donc il suffit de supprimer le cash. M. Rozhaja a calculé le volume des transactions qui se faisaient encore en liquide et a été fort surpris du résultat. "Environ 10 à 13% du revenu total est en cash, le reste est payé par cartes" explique-t-il. Ainsi depuis le mois d'octobre, le "Crown and Anchor" est devenu un établissement sans aucun paiement en espèces. Des panneaux ont été disposés devant le pub afin de prévenir la clientèle: "Désolé mais nous sommes à l'âge du digital". Les consommateurs peuvent utiliser leurs cartes de banque, des cartes de crédit et même des payements sans contact de type Android Pay ou Apple Pay, mais plus aucun billet ou monnaie.Quatre pubs de cette chaine d'établissement refusent désormais l'argent cash, quant aux autres, ils seront prêts à tourner le dos aux billets après la nouvelle année. Et finalement, justifie M. Rozhaja, ce qui a été mis en place comme un moyen de réduire, voire d'éviter, les cambriolages, s'est révélé être la bonne décision.Pour le personnel des établissements, l'avantage le plus évident de travailler sans argent liquide est d'éviter de devoir, au moment de fermer leur caisse, compter et recompter des poignées de pièces et de billets. Quant aux directeurs, ils n'ont plus besoin de traverser la ville avec des sommes d'argent à déposer à la banque. De plus, cette décision sonne la fin des coûts supplémentaires que le traitement des transactions en espèces entraîne, selon M. Rozhaja.Il ajoute qu'il y a eu finalement que peu de plaintes de la part des clients, ce changement des habitudes de payement a été accueilli de manière positive en général. Il n'y a eu, en tout cas, aucune baisse significative du chiffre d'affaires de l'établissement. "C'est encore un peu tôt pour faire une analyse complète, souligne-t-il, mais si nous avions fait fausse route, on s'en serait directement rendu compte."Et qu'en est-il ailleurs de par le monde? Il semble que la popularité de l'argent numéraire est en train de décliner un peu partout... Si on prend l'exemple de plusieurs restaurants à New York, eux aussi disent "non" aux payements en liquide. Même principe dans ce nouveau supermarché à Singapour où les robots emballent les courses des clients et où les billets sont inutiles. En Suède, les paiements via smartphones ont le vent en poupe depuis longtemps, et la situation devient préoccupante pour l'argent liquide. Même Ikea a expérimenté avec succès un point de vente sans payement en espèce. En effet, le géant suédois de l'ameublement s'est rendu à l'évidence que de moins en moins de clients (il est question de 1,2 personne sur 1000) insistaient pour payer en cash. "Je suis quand même un peu surpris de constater qu'il n'y a pas plus d'endroits sans argent numéraire", constate Dave Birch, directeur des paiements chez Consult Hyperion, un cabinet de conseils en recherche. Pour lui, il semblerait que certaines entreprises adoptent le "sans cash" plus facilement que d'autres. "J'étais en Australie la semaine passée. Là-bas, le payement par contact est omniprésent. En fait si vous voulez payer autrement, c'est vu comme une bizarrerie" explique-t-il.Se défaire des payements en liquide permet au personnel de passer plus de temps avec les clients et donc d'être plus à leur écoute, ajoute M. Birch. De plus, la caisse enregistreuse (pleine de billets) n'empiète plus sur l'espace de service. UK Finance, une association d'agences, prévoit que les payements cash ne représenteront qu'un cinquième des transactions d'ici 2026. Et rien que l'an passé, 4.735 distributeurs de billets ont disparu selon une étude de Paymentsense.Mais si les payements en liquide perdent du terrain, ils se montrent néanmoins très résistants. Selon une étude menée par le bureau McKinsey, le cash fera partie de notre quotidien pour encore un bon laps de temps. "Certains clients préfèrent le cash pour des raisons de discrétion et de sécurité" souligne une note de ce rapport. "D'autres vivent dans des régions où la couverture du réseau cellulaire n'est pas optimale et où les coupures d'électricité sont nombreuses, ce qui rend les payements en liquide le moyen le plus sûr de payer."Ceci fait écho à une enquête récente, réalisée au Royaume-Uni, en Australie, au Brésil et en Afrique du Sud par la société de change Travelex. Leur enquête a révélé qu'environ un quart des personnes interrogées refuseront toujours de passer aux payements électroniques uniquement, et ce malgré les avancées technologiques et la montée en puissance de ce genre de payements. "Les payements électroniques ne remplaceront pas complètement le numéraire... Les personnes sont heureuses quand un équilibre entre les deux est trouvé" selon Travelex.Dans de nombreux pays d'Europe, le volume des retraits aux distributeurs de billets est en chute libre, mais à certains endroits par contre ce volume augmente.Les entreprises constatent également l'existence de barrières légales et juridiques qui empêchent d'aller vers le "cashless". Par exemple, au mois de juillet, la Banque centrale chinoise a déclaré que les entreprises et les commerçants ne pouvaient pas refuser les payements en espèces de leurs clients. Début décembre, le détaillant chinois Hema s'est même fait taper sur les doigts pour avoir accepté uniquement des payements par cartes et numériques. La Chine est un cas d'étude intéressant.Si les grandes villes acceptent rapidement une nouvelle technologie et que l'influente classe moyenne est heureuse de se diriger vers le "tout digital", selon McKinsey, les milieux ruraux peuvent être considérés comme des marchés émergents en termes de payements digitaux. Plus de 80% des transactions du commerce de détail en Chine sont toujours basées sur des payements en espèces. Il y a également des considérations éthiques. Certains argumentant que les établissements qui exigent des paiements uniquement par cartes appliquent une politique discriminatoire, étant donné qu'ils rendent les possibilités de payer plus difficiles, voire impossibles, pour les clients qui sont sans abris ou du moins qui ne possèdent pas de compte en banque. De telles considérations ont mené, aux Etats-Unis, à des poursuites judiciaires à l'encontre des établissements qui refusent les payements numéraires.Mais ces accusations de discriminations envers les personnes sans ou à faibles revenus ne préoccupent pas M. Rozhaja. Pour lui, il est facile d'avoir une carte bancaire prépayée. "Spécialement à Londres, je ne crois pas qu'il soit possible d'effectuer des achats si vous n'avez pas au moins ce type de cartes" souligne-t-il.Pour Dave Birch, les tensions qui existent autour du problème de payer "avec" ou "sans" argent signifient surtout que les sociétés devraient essayer de mettre en place une infrastructure rentable pour des paiements numériques "pour tout le monde". Donc même si les payements en espèces sont sur le déclin, ils ne sont pas enterrés pour autant. "Une société sans cash n'est pas une société sans argent" conclut Dave Birch. "C'est une société où l'argent n'a plus d'importance économique, et je pense que nous nous dirigeons vers cela."(source : BBC)Traduction: VM