En politique, et singulièrement en politique belge, il ne faut jamais dire jamais. Le MR traîne comme un boulet son engagement préélectoral de refuser toute alliance avec la N-VA, et maintenant le cdH clame qu'il ne gouvernera jamais avec le PTB. Les communistes, eux, ont compris le danger des déclarations péremptoires. A peine les sondages les plaçant en deuxième position en Wallonie, devant le PS, étaient-ils publiés, que le parti parlait " responsabilités " et, oui, " gouvernement ". Une manière d'anticiper l'écueil du vote utile que ses adversaires ne manqueront pas de seriner. Dans la foulée, le PTB annonçait la désignation d'un nouveau porte-parole francophone, histoire de montrer qu'il n'est pas juste " le parti de Raoul Hedebouw ". Ce...

En politique, et singulièrement en politique belge, il ne faut jamais dire jamais. Le MR traîne comme un boulet son engagement préélectoral de refuser toute alliance avec la N-VA, et maintenant le cdH clame qu'il ne gouvernera jamais avec le PTB. Les communistes, eux, ont compris le danger des déclarations péremptoires. A peine les sondages les plaçant en deuxième position en Wallonie, devant le PS, étaient-ils publiés, que le parti parlait " responsabilités " et, oui, " gouvernement ". Une manière d'anticiper l'écueil du vote utile que ses adversaires ne manqueront pas de seriner. Dans la foulée, le PTB annonçait la désignation d'un nouveau porte-parole francophone, histoire de montrer qu'il n'est pas juste " le parti de Raoul Hedebouw ". Ce dernier, sans doute le meilleur bilingue du Parlement, se tournera plus vers la Flandre afin de tenter d'y booster son parti. Cela étant, au-delà des positionnements et des exclusives des uns et des autres, il y a la réalité électorale. Le dernier sondage de Dedicated Research nous montre un paysage politique difficilement réconciliable. Le pari de " mouiller " la N-VA dans une participation gouvernementale n'affaiblit guère le parti indépendantiste. Il perd certes quelques plumes, mais pas plus que ses partenaires, et il demeure deux fois plus fort que celui qui le suit. Le statut de ministre a en outre gonflé la popularité de personnalités comme Jan Jambon et Theo Francken. Bref, la N-VA pourra difficilement être mise sur la touche. Prolonger le gouvernement Michel ne serait mathématiquement possible qu'en y ajoutant le cdH. Et encore, de justesse : 77 députés sur 150. Il faudrait donc ramener les socialistes dans le jeu fédéral. Ce qui, pour Bart De Wever, implique le retour du communautaire en vue du passage à un Etat confédéral. Une telle issue ne s'impose qu'après des mois de palabres et de tentatives d'alternatives, y compris en incluant le PTB, probable grand vainqueur du scrutin. La Belgique peut-elle se payer le luxe d'interminables affaires courantes ? Au risque de surprendre, la réponse n'est pas forcément négative. Rappelons que les finances publiques n'avaient pas spécialement dérapé durant les 541 jours qui ont précédé l'installation du gouvernement Di Rupo et que rien n'empêche les exécutifs régionaux, aux prérogatives quand même très larges aujourd'hui, de se former rapidement. De plus, si Charles Michel tient son engagement de retour à l'équilibre budgétaire, tout en parvenant enfin à dégager un compromis pour une réforme de l'impôt des sociétés, l'Etat fédéral pourrait a priori s'offrir une pause dans les réformes. La question risque paradoxalement d'être plus délicate au niveau régional. La vraie question posée par ce sondage n'est en effet pas celle de la survie du gouvernement Michel mais plutôt celle de l'alliance privilégiée en Wallonie : PS et Ecolo oseront-ils courir le risque d'une alliance wallonne très à gauche avec le PTB ? Non et ils accentueront la rupture avec l'électorat de gauche et le monde syndical. Oui et ils effraieront nombre d'entreprises et d'investisseurs, tout en compliquant encore la formation d'un gouvernement fédéral, le niveau de pouvoir où reste logé l'essentiel de la sécurité sociale. Quadrature du cercle. Cela étant, ces dilemmes ne se poseront concrètement qu'après le scrutin du printemps 2019. Entre-temps, il s'écoulera deux ans et une campagne électorale. Et si les partis y consacrent tant d'argent, c'est que les campagnes peuvent faire évoluer les votes. Leur défi : convaincre les "prafistes", ceux qui n'en ont plus rien à faire, de choisir un autre mode d'expression que le coup de pied dans la fourmilière.