"L'accord n'est pas encore mort" et l'UE veut donner à l'Iran "une possibilité de revenir sur ses mesures en contravention avec ses engagements", a affirmé le chef de la diplomatie britannique Jeremy Hunt à son arrivée pour une réunion avec ses homologues de l'Union.

"L'Iran a pris de mauvaises décisions en réaction à la mauvaise décision des Etats-Unis de se retirer de l'accord et d'imposer des sanctions dont la portée extraterritoriale touche de front les avantages économiques que le pays pouvait retirer de l'accord", a déploré le Français Jean-Yves Le Drian.

"Nous souhaitons que l'Iran revienne dans l'accord" et respecte ses engagements, a-t-il insisté.

Les Européens déplorent la décision de Téhéran de produire désormais de l'uranium enrichi à au moins 4,5%, un niveau prohibé par l'accord. Ils veulent croire que cette décision est réversible. Mais Téhéran attend des Européens des "mesures pratiques, efficaces et responsables" pour sauver l'accord.

Il est "irréaliste" d'attendre que l'Iran "revienne aux conditions qui prévalaient avant le 8 mai 2019" sans que les Européens fassent "la preuve de leur volonté politique et de leur capacité" à permettre que l'Iran "bénéficie en pratique" de l'accord, a averti le porte-parole des Affaires étrangères Abbas Moussavi dans un communiqué.

Les Européens espèrent quant à eux convaincre les Iraniens de leur volonté de les aider avec l'utilisation de l'Instex, un mécanisme de troc créé pour contourner les sanctions américaines en évitant d'utiliser le dollar. Les achats iraniens en Europe seront compensés par des achats européens pour un montant équivalent en Iran.

Dix pays de l'UE se sont engagés à utiliser cet instrument et des pays "non membres de l'UE" vont également rejoindre cette initiative, a annoncé Helga Schmid, l'ajointe de la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini. Mais deux grands pays de l'UE, l'Italie et la Pologne, manquent pour crédibiliser cet instrument, a déploré un diplomate européen de haut rang.

La situation est complexe: l'extraterritorialité des sanctions américaines a abouti au retrait d'Iran des entreprises européennes et le commerce s'est effondré, selon le résumé d'un diplomate européen.

L'Iran ne peut plus exporter son pétrole, et est ainsi privée de l'essentiel de ses revenus. Les exportations de pétrole sont tombées de 1,5 million de barils par jour à 700.000 barils par jour, ce qui est insuffisant pour maintenir une économie viable, souligne-t-on de source européenne.

"Nous ne reconnaissons pas l'extraterritorialité" des lois américaines imposée par Washington, a tempêté l'Espagnol Josep Borrell, désigné pour remplacer l'Italienne Federica Mogherini à la tête de la diplomatie européenne si sa nomination est approuvée par le Parlement européen.

"Nous faisons tout ce qui est possible pour que l'accord nucléaire avec l'Iran soit maintenu, mais nous savons que c'est très difficile à cause de l'attitude des Etats-Unis", a-t-il insisté.

- Désaccord avec Washington-

L'Espagne a officialisé lundi sa participation à l'Instex, et espère "que cet instrument va permettre des échanges commerciaux", a souligné M. Borrell.

Toutefois, a-t-il averti, il faut "éviter la politique du moins pour moins, parce que c'est la voie vers la rupture définitive de l'accord". "Les décisions des autorités iraniennes ne sont pas définitives", a-t-il soutenu.

"Si l'Iran arrive à posséder l'arme nucléaire, d'autres pays de la région vont l'acquérir et la situation va devenir très dangereuse", a pour sa part averti Jeremy Hunt. "L'Iran n'est pas encore en mesure de développer une arme nucléaire et nous voulons que le Moyen-Orient reste sans armes nucléaires".

Le Britannique a ainsi pris acte des divergences avec Washington: "nous considérons les Etats-Unis comme notre allié, mais des amis peuvent parfois être en désaccord et l'Iran est une de nos rares occasions de désaccord", a regretté M. Hunt.

Il est candidat à la succession de Theresa May à la tête du parti conservateur britannique et au poste de Premier ministre. Il est opposé à Boris Johnson, très proche du président américain Donald Trump.

L'Iran pourrait revenir à la situation d'avant 2015

L'Iran pourrait revenir à la situation qui prévalait avant la conclusion en 2015 de l'accord international sur son programme nucléaire, a déclaré lundi le porte-parole de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA).

"Si les Européens et les Américains ne veulent pas agir conformément à leurs engagements, nous aussi, en réduisant nos engagements, nous contrebalancerons cela et reviendrons à la situation d'il y a quatre ans", a indiqué Behrouz Kamalvandi, cité par l'agence officielle Irna.

En riposte à la décision américaine de sortir unilatéralement en mai 2018 de cet accord conclu le 14 juillet 2015, l'Iran a commencé à s'affranchir progressivement de certains de ses engagements pour forcer ses partenaires à agir pour sauver ce pacte.

"Ces mesures ne sont pas prises obstinément. Elles le sont pour donner une occasion à l'autre partie de revenir à la raison et de remplir ses obligations", a dit M. Kamalvandi, alors que les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne sont réunis à Bruxelles pour tenter de sauver l'accord.

Conclu entre Téhéran et le Groupe des Six (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne) après des années d'efforts, l'accord prévoit une limitation du programme nucléaire iranien en échange de la levée des sanctions internationales contre l'Iran.

Mais le rétablissement des sanctions extraterritoriales punitives américaines contre Téhéran après le désengagement de Washington menace l'accord en privant l'Iran des retombées économiques qu'il en attendait.

L'Iran demande depuis des mois aux Etats encore parties à l'accord de l'aider à contourner les sanctions, en particulier la possibilité de vendre son pétrole et de sortir son système financier de l'isolement auquel l'astreignent les sanctions américaines.

Depuis la sortie des Etats-Unis de l'accord, l'Iran a menacé à plusieurs reprises de l'abandonner également si ses "intérêts" ne sont pas garantis.