Pour ceux qui voudraient comprendre pourquoi 40% du Parlement italien est désormais composé de représentants d'un parti anti-système - le "Mouvement 5 étoiles" (M5S) qui organisait, il n'y a pas si longtemps, des journéesVaffa("va te faire f...") afin d'exprimer tout le mépris qu'il avait pour la classe politique -, et de représentants de la très à droite Ligue du Nord, il suffit de regarder l'évolution de l'économie de la péninsule depuis 20 ans.
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Pour ceux qui voudraient comprendre pourquoi 40% du Parlement italien est désormais composé de représentants d'un parti anti-système - le "Mouvement 5 étoiles" (M5S) qui organisait, il n'y a pas si longtemps, des journéesVaffa("va te faire f...") afin d'exprimer tout le mépris qu'il avait pour la classe politique -, et de représentants de la très à droite Ligue du Nord, il suffit de regarder l'évolution de l'économie de la péninsule depuis 20 ans.Depuis 1999, le PIB en volume (à prix constant) a à peine grappillé 10 %. L'inflation en revanche a progressé de 40 % détruisant donc autant en pouvoir d'achat, le chômage est resté supérieur à 10 % et la dette publique, qui culmine à 2.250 milliards d'euros, pèse plus de 131 % du PIB. Et c'est à ce pays, ainsi qu'à la Grèce, que l'Europe a imposé la plus grande charge en matière d'accueil des immigrants... Aujourd'hui, alors que les vainqueurs des élections cherchent laborieusement à se rassembler autour d'un projet politique improbable, les marchés financiers, bizarrement, restent de marbre. Certes, un morceau important de la dette italienne est détenu par la Banque centrale européenne et par des institutionnels (fonds de pension, assureurs) qui ne peuvent pas vendre leurs positions. Mais il y aurait pourtant de quoi s'inquiéter. Les partis qui pourraient former le prochain gouvernement veulent abolir la réforme des retraites, baisser les impôts et accroître les dépenses publiques dans l'aide aux jeunes chômeurs et aux familles (pour les M5S) et dans l'aide aux entreprises et à l'agriculture (la Ligue). De quoi donner des boutons aux instances européennes, des instances que ces deux forces politiques méprisent au plus haut point. Peter Carl Mogens, ancien directeur général de la DG Commerce, résume la situation dans une carte blanche publiée par Les Echos : " l'Italie, c'est plus grave que le Brexit ". Et si les marchés la jouent " cool ", les autorités internationales le sont moins. Elles ressentent urgemment le besoin de bâtir des digues. La Banque centrale européenne poursuit une politique monétaire plus accommodante que les fondamentaux de l'Eurozone ne l'imposent afin de soutenir ce maillon faible de la zone euro. Mais jusqu'à quand le fera-t-elle ? Mario Draghi s'en va en effet à la fin de l'année prochaine. Le président français Emmanuel Macron fait le forcing pour renforcer les institutions de la zone euro. Mais Berlin fait la sourde oreille. Et la patronne du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, émet l'idée de lancer un fonds " pour les jours pluvieux ". Chaque Etat membre de la zone y contribuerait à hauteur de 0,35 % de son PIB et le fonds pourrait être activé en cas de mauvais temps. Cependant, l'idée d'instaurer une solidarité financière continue de hérisser un club de pays du Nord, emmené par les Pays-Bas, opposés à ces mesures qui inciteraient les pays du " club Med " à dépenser sans compter. En termes de gabegie, pourtant, on a vu ce que ce que la désolidarisation avait donné lors du " sauvetage " de la Grèce. Or aujourd'hui, on parle de l'Italie, un pays dont la dette est 10 fois plus importante. Si, pour bénéficier de l'aide européenne, Rome devait se voir imposer la même Troïka qu'Athènes, il y a fort à parier que la zone euro éclaterait. Et oui, alors, l'Italie serait pire que le Brexit. Les conditions pour de nouvelles turbulences de la zone euro réapparaissent donc. Il ne s'agit pas de jouer à se faire peur, mais de combattre une forte probabilité de crise. Instaurer de nouveaux fonds de secours, renforcer ceux qui existent déjà et achever la construction institutionnelle de la zone seraient de sages décisions. Une plus sage encore constituerait à aider à relancer l'économie italienne, dont la lenteur désespère les jeunes sans emploi, dont la seule satisfaction consiste à voter pour Beppe Grillo et son parti de " va te faire f... ". Dix ans après la crise, il serait temps d'en tirer les leçons.