Certes, une part non négligeable de la hausse actuelle de l'inflation est attribuable à la hausse des prix pétroliers. Pour être précis, la différence entre le prix actuel du pétrole (52,4 euros/baril en moyenne en janvier 2017) et son niveau il y a un an (29,5 euros/baril) atteint des sommets. Or, c'est cet écart qui compte en matière d'inflation.
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Certes, une part non négligeable de la hausse actuelle de l'inflation est attribuable à la hausse des prix pétroliers. Pour être précis, la différence entre le prix actuel du pétrole (52,4 euros/baril en moyenne en janvier 2017) et son niveau il y a un an (29,5 euros/baril) atteint des sommets. Or, c'est cet écart qui compte en matière d'inflation. Ce phénomène pourrait même persister dans les prochains mois, sachant que certains prix de l'énergie réagissent avec retard aux fluctuations sur les marchés mondiaux en raison des contrats programmes. Ainsi, malgré la différence de prix du pétrole brut évoquée ci-dessus, le prix du mazout de chauffage est toujours 8,3 % inférieur à son niveau d'il y a un an. Le gaz pour le logement, dont le prix suit fondamentalement celui du pétrole, est également encore inférieur à son niveau de janvier 2016 (-2,1%). On peut donc s'attendre à ce que ces composantes de l'indice des prix, et donc de l'inflation, maintiennent une pression haussière sur celle-ci dans les prochains mois. Il ne s'agit pas ici d'une spécificité belge, puisque la hausse passée du prix du pétrole impacte toutes les économies, poussant l'inflation à la hausse. Voilà donc pour l'explication " classique " et " politiquement correcte " de l'inflation élevée en Belgique, contre laquelle on ne peut finalement rien faire. Si ce n'est qu'elle est loin d'être suffisante. Pour preuve, la Belgique est le troisième pays de la zone euro ayant l'inflation la plus élevée, derrière l'Espagne et l'Estonie. L'Allemagne, au dynamisme économique autrement plus fort qu'en Belgique, se contente de 1,9 % actuellement et la moyenne européenne se situe à un modeste 1,8 %. Comment alors expliquer l'exception belge ? Il faut d'abord remonter à la fin de l'année 2015, lorsque différentes taxes et tarifs ont été adaptés : la TVA sur l'électricité est repassée de 6 % à 21 %, le minerval des études supérieures a bondi en Flandre, une nouvelle taxe sur l'électricité a été appliquée en Flandre, les accises ont été augmentées et j'en passe. Dès cette période, l'inflation belge a commencé à dévier par rapport à la moyenne européenne. La mécanique des chiffres étant ce qu'elle est, l'impact de ces décisions sur l'inflation aurait dû disparaître un an plus tard, c'est-à-dire à partir du dernier trimestre de 2016. Il n'en a pourtant rien été. En effet, dans le même temps, d'autres hausses ont pris le relais. Certaines sont assez classiques, comme la hausse du prix de l'alimentation en eau (+5,5%), du tabac (+5,8%) ou de l'électricité encore et toujours (+19,4%). D'autres sont plus surprenantes. De manière non exhaustive, citons la hausse des services postaux (+13,5%), celle des services de téléphonie (+6,4%) ou encore des hôtels, cafés et restaurants (+3,4%). En bref, l'inflation élevée n'est pas, en Belgique, le seul fait d'un effet temporaire des prix de l'énergie. Une dynamique d'inflation plus fondamentale s'est installée, ce qui n'est en fait pas vraiment une surprise. Ce n'est pas la première fois qu'un choc ponctuel se traduit après un certain temps par une dynamique plus large d'inflation. Cela repose, comme par le passé, des questions dérangeantes sur l'économie belge : y a-t-il suffisamment de concurrence ? Et surtout, quel est le rôle des mécanismes d'indexation (dont l'indexation automatique des salaires fait partie) dans cette mécanique de diffusion ? Cette question avait été traitée en juin 2012 dans un dossier édité par la Banque nationale, sans que cela n'ait donné lieu à un vrai débat objectif. Ce nouvel épisode de déviation durable de l'inflation en Belgique par rapport aux autres pays européens ranime pourtant la nécessité d'en discuter. Cela ne veut pas nécessairement dire qu'en particulier il faille supprimer purement et simplement l'indexation automatique des salaires. Ce mécanisme est au contraire largement reconnu comme contribuant à la cohésion sociale et à de moindres inégalités. Mais il a aussi ses défauts et des alternatives peuvent être proposées dans certaines circonstances (un choc temporaire par exemple) pour éviter de devoir, comme le gouvernement précédent, bidouiller la méthodologie de collecte des prix pour artificiellement empêcher l'indice santé de progresser.