Un second point commun est la conséquence directe du premier: de part et d'autre de la frontière - et malgré qu'ils soient portés par des gouvernements d'orientation politique opposée - ces projets enflamment les syndicats.
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Un second point commun est la conséquence directe du premier: de part et d'autre de la frontière - et malgré qu'ils soient portés par des gouvernements d'orientation politique opposée - ces projets enflamment les syndicats.Pourquoi ? Parce que ces réformes tendent à individualiser la relation entre employé et employeur, ce qui est contraire au fondement même du syndicalisme, visant à défendre collectivement les intérêts des travailleurs. "Plus forts ensemble", telle est la logique. Et le secrétaire général de la FGTB, Marc Goblet, prévient : "Les travailleurs vont se rendre compte que l'intérêt qu'ils peuvent trouver dans un système individualisé va se retourner contre eux. En définitive, ils seront seuls face à l'employeur et seront soumis à ses contraintes".Du côté du patronat, la vision est évidemment tout autre. Interrogé par nos confrères de L'Echo le week-end dernier, l'entrepreneur français Charles Beigbeder avait ces mots : "Dans certains pays, le curseur a été poussé trop loin en faveur de l'employé ; une évolution qui a fini par se retourner contre lui et qui se traduit aujourd'hui par une montée du chômage".Qui croire ? Quel système se retourne(ra) contre l'employé ? Le chômage est-il la conséquence d'une surprotection des travailleurs, qui constitue un frein à l'embauche, ou d'une mauvaise répartition du travail, à la faveur des plus qualifiés ? C'est cette dernière thèse que soutiennent les syndicats, qui plaident dès lors pour une réduction collective du temps de travail.Il n'y a pas de réponses univoques à ces questions. Si le travail était une commodité, les forces du marché feraient en sorte d'ajuster au maximum l'offre à la demande : les travailleurs mettraient leurs compétences et leur temps à la disposition des employeurs à un prix jugé optimal par les deux parties. Dans nos sociétés, le travail sous contrat d'indépendant est ce qui se rapproche le plus de cette vue théorique. A l'inverse, le salariat, parce qu'il implique un lien de subordination entre employeur et employé, a été avec le temps assorti de mesures compensatoires (limitation du temps de travail, délais de préavis, congés payés, etc.) qui rigidifient le marché, son fonctionnement n'étant plus lié uniquement à des critères strictement économiques mais également sociaux. Rendre le marché (un brin) plus flexible permettrait donc d'ajuster un peu mieux, et un peu plus vite, l'offre à la demande.Ceci étant, le chômage ne peut pas être la seule conséquence de cette rigidité : il résulte aussi assurément de la conjoncture, c'est-à-dire du déséquilibre entre demande et offre de travail. L'ennui, c'est que cette situation varie fortement d'un secteur à l'autre : réduire le temps de travail de tous ne résoudra donc certainement pas le problème général. Dans les secteurs où la demande excède l'offre, cela permettra peut-être de mettre davantage de gens au travail (à quel prix ? ), mais dans les autres où l'on peine déjà à trouver de la main-d'oeuvre qualifiée, cela aura pour conséquence directe de ralentir l'activité.Une réforme qui profiterait à tous serait évidemment facile à vendre. Le défi est de savoir si elle profitera au plus grand nombre, sans pénaliser outre mesure la minorité. A ce stade, étant donné que les principes de mise en oeuvre de la flexibilité voulue par Kris Peeters ne sont pas connus, c'est très difficile d'en juger. Les syndicats dénoncent un système dans lequel la flexibilité, poussée à l'extrême, serait aux seules mains des employeurs et où les travailleurs ne sauraient pas, en se levant le matin, s'ils auront du travail ou non... C'est pousser le bouchon un peu loin. En décrétant a priori deux journées de grève nationale, les syndicats donnent l'impression de vouloir se protéger eux-mêmes. Car l'individualisation de la relation de travail est avant tout une menace... pour le syndicalisme.