Ces affirmations mériteraient peut-être d'être nuancées, surtout lorsqu'on sait que ledit " seuil de pauvreté " ne correspond pas à un niveau de vie déterminé, mais à une proportion du revenu médian de la population. Cela signifie que lorsque ce revenu médian augmente, le nombre de personnes se trouvant sous le seuil de pauvreté augmente aussi, sauf si leur revenu a bénéficié d'une croissance égale à celle du revenu médian. Des personnes dont les revenus stagnent sans diminuer se retrouvent ainsi sous le seuil de pauvreté, sans le savoir et sans avoir rien perdu.
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Ces affirmations mériteraient peut-être d'être nuancées, surtout lorsqu'on sait que ledit " seuil de pauvreté " ne correspond pas à un niveau de vie déterminé, mais à une proportion du revenu médian de la population. Cela signifie que lorsque ce revenu médian augmente, le nombre de personnes se trouvant sous le seuil de pauvreté augmente aussi, sauf si leur revenu a bénéficié d'une croissance égale à celle du revenu médian. Des personnes dont les revenus stagnent sans diminuer se retrouvent ainsi sous le seuil de pauvreté, sans le savoir et sans avoir rien perdu. Mais y a-t-il vraiment une justification à ce que l'Etat intervienne pour réduire les inégalités de revenus ? Les individus sont différents et font des choix différents. Ils bénéficient de qualités qui leur sont propres, qu'ils décident d'exploiter ou non, d'une manière ou d'une autre, les uns dans le but d'acquérir des revenus, les autres pour tenter de recueillir d'autres satisfactions. Ils sont libres de leurs choix et en sont responsables. Ces inégalités entre les individus ne portent pas seulement, et peut-être pas essentiellement, sur les revenus ou la fortune. Le destin fait que certains vivent plus longtemps que d'autres, ont une vie plus heureuse que d'autres, à revenu égal ou même inférieur, sont doués ou non pour les arts, les sports et les sciences, et en recueillent des satisfactions très différentes. Ces différences résultent pour l'essentiel de la génétique, de l'environnement, ou tout simplement de la chance, et dans une certaine mesure de leurs choix personnels. Personne n'envisage de " réduire les inégalités " dans tous ces domaines, où, pourtant, elles sont pour une large part imputables à des éléments qui ne sont pas l'usage par l'individu de ses libertés. La société accepte ces inégalités, peut-être parce que tout simplement il est impossible de les modifier, sauf dans un régime étroitement totalitaire. En revanche, dès qu'il s'agit d'inégalité de revenus, la plupart des forces politiques considèrent qu'il existerait un devoir de l'autorité de les réduire par la contrainte, c'est-à-dire en percevant, à charge des uns, des impôts ou des cotisations, pour en faire bénéficier les autres, choisis par le pouvoir. On notera que les modes de redistribution ainsi choisis ne correspondent pas toujours à une distribution des riches vers les pauvres puisque les dépenses de l'Etat profitent par exemple et en vrac, aussi aux entreprises subsidiées, aux amateurs d'opéra, ou simplement à ceux qui utilisent des transports publics. Ces bénéficiaires ne sont pas nécessairement à cataloguer parmi les moins nantis. Paradoxalement, en voulant corriger les inégalités de revenus, on touche à une inégalité qui résulte, non pas uniquement, mais pour une plus large part que les autres, de choix personnels effectués par les individus, qui ont choisi ou non une profession plus lucrative, qui ont travaillé plus ou moins longtemps, avec plus ou moins de créativité et d'efficacité. Mais ces différences attisent peut-être plus que d'autres l'envie de ceux qui, en toute liberté, ont fait des choix qui les amènent à gagner moins d'argent. Il faut se rendre compte que, comme l'ont montré le philosophe libéral Friedrich Hayek, mais aussi le philosophe socialiste allemand Peter Sloterdijk, les modes de redistribution remplacent un système libéral où chacun perçoit des revenus en fonction des actes qu'il a librement accomplis, par un système socialiste où les revenus sont distribués par l'autorité, en fonction de ses propres choix. Cela revient à utiliser des " moyens politiques " plutôt qu'à permettre à chacun de bénéficier de ses " moyens économiques ". Est-on vraiment sûr que ces moyens politiques seraient plus justes que de faire dépendre les revenus de chacun de ses choix personnels et de ses possibilités économiques ? Peut-on vraiment dire que parce qu'ils sont élus, nos gouvernants seraient " meilleurs " pour décider de ce qui est juste et plus aptes à choisir ce à quoi chacun a droit ? C'est là toute la question de la légitimité de la redistribution, qui est sans doute admise trop facilement par nos partis politiques, quels qu'ils soient. Sans doute parce qu'ils ont chacun une clientèle à servir.