Conforme aux attentes, ce chiffre permet à la première économie européenne de retrouver son rythme de croissance du début d'année dernière, avant le recul de 0,2% puis la stagnation du produit intérieur brut aux troisième et quatrième trimestres.

Il contraste avec l'ambiance morose des derniers mois, marquée par une cascade d'indicateurs décevants et de révisions à la baisse des prévisions de croissance pour l'Allemagne, élève modèle brutalement rétrogradé en boulet de la zone euro.

"Ce n'est pas le Retour des morts-vivants", ironise Carsten Brzeski, économiste chez ING, pour qui la "panique" récente autour de l'économie allemande était largement "exagérée".

Ce "bon démarrage" pour l'année fait au contraire "naître l'espoir que 2019 soit moins mauvaise que redouté", renchérit Jens-Oliver Niklasch, de la banque régionale LBBW.

Le gouvernement allemand mise pour l'heure sur 0,5% de croissance cette année et le Fonds monétaire international sur 0,8%, soit un net coup de frein par rapport aux 2,2% de 2017 et 1,4% l'an dernier.

- Menace protectionniste -

Si l'Office fédéral des statistiques ne détaillera que le 23 mai les composantes du PIB, il évoque une croissance tirée par la demande intérieure, soit exactement la dynamique constatée depuis plus d'un an.

Aidés par les hausses de salaire et un chômage historiquement faible, les ménages allemands ont accru leur consommation tout en stimulant le bâtiment, pendant que les entreprises investissaient dans les équipements, signale Destatis.

A l'inverse, la dépense publique a un peu régressé et la demande extérieure a envoyé "des signaux mitigés", sur fond de ralentissement mondial et de tensions protectionnistes.

Certains facteurs qui avaient pesé sur l'économie fin 2018 ont disparu, à commencer par la sécheresse sur les grands fleuves, qui a perturbé les livraisons fluviales, et la désorganisation du secteur automobile face aux nouvelles normes européennes antipollution.

Mais le rebond actuel pourrait être alimenté par des raisons tout aussi temporaires, avertit Florian Hense, de la banque Berenberg, dont un hiver doux, favorable à la construction, et les congés tardifs de Pâques.

Surtout, les perspectives immédiates demeurent "suspendues aux pourparlers commerciaux entre Chine, Etats-Unis et Union européenne". L'hypothèse de taxes américaines sur les importations de voitures est particulièrement inquiétante pour l'Allemagne.

- Spectre japonais -

Plus largement, exhorte Carsten Brzeski à l'unisson de nombreux économistes, le soulagement conjoncturel "ne doit pas tourner à la complaisance" en dissuadant l'Allemagne de faire évoluer son modèle, combinant puissance industrielle et orthodoxie budgétaire.

"De fait, l'économie a toujours besoin d'investissements supplémentaires, à la fois privés et publics", aussi bien dans les infrastructures et le numérique que dans la formation, martèle l'analyste d'ING.

Ce sujet reste au coeur d'une bataille feutrée entre le ministre des Finances Olaf Scholz et une partie des milieux d'affaires, partisans d'un rôle restreint de l'Etat, et l'ambitieuse politique industrielle prônée par le ministre de l'Economie Peter Altmaier.

L'Allemagne vieillissante est de plus en plus ouvertement hantée par la crainte "de descendre en deuxième division des nations économiques", à l'image du Japon depuis les années 1990, comme l'écrivait cette semaine le magazine Der Spiegel.

Plus que par les péripéties macroéconomiques, l'actualité allemande est scandée par les déboires de ses fleurons industriels, de Volkswagen à Bayer en passant par Thyssenkrupp, alors que le pays n'a su créer aucun géant récent de la tech, à la différence de la Chine et des Etats-Unis.

En retard sur ses objectifs climatiques, le pays doit de surcroît organiser la sortie du charbon promise avant 2038, un chantier colossal et coûteux, après avoir déjà renoncé à l'énergie nucléaire.